Liz Truss en passe de succéder à Boris Johnson à la tête du gouvernement britannique

Deux mois après le retrait du Premier ministre Boris Johnson, les Britanniques vont enfin savoir ce lundi qui va lui succéder. L'issue du vote, ouvert aux quelques 200.000 membres du Parti conservateur, laisse peu de place au suspense tant la cheffe de la diplomatie Liz Truss est en avance dans les sondages face à l'ancien ministre des Finances Rishi Sunak. La ministre de 47 ans deviendra sauf coup de théâtre la quatrième Première ministre britannique depuis le référendum du Brexit en 2016, la troisième femme à ce poste après Margaret Thatcher et Theresa May dans l'histoire du Royaume-Uni. Après la fin du vote des adhérents vendredi soir, l'annonce du successeur de Boris Johnson, poussé à la démission après une série de scandales et de mensonges, est prévue à 13H30 heure française. Une nomination qui intervient dans un moment chaotique. Dès cet automne et surtout cet hiver, la conjoncture va encore aller en se dégradant. Tous les signaux d’alerte de l’économie britannique virent au rouge vif, entre la flambée du coût de la vie et le mécontentement social qui monte. A plus long-terme, la feuille de route post-Brexit du pays reste à tracer. Décryptage.
Liz Truss.
Liz Truss. (Crédits : DR)

Donnée favorite dans les sondages face à Rishi Sunak au fil de l'été, les comparaisons entre Liz Truss et Margaret Thatcher n'ont pas tardé à fleurir sous la plume des journalistes britanniques. On peut débattre à loisir des traits communs entre la Dame de fer, statue indéboulonnable du panthéon conservateur, et celle qui s'apprête à devenir la nouvelle première ministre du Royaume-Uni. La similitude la plus frappante se trouve ailleurs. Elle tient à la situation comparable du pays au moment de leurs prises de fonction respectives à 43 ans d'intervalle.

En mai 1979, Margaret Thatcher avait hérité d'un pays submergé par l'inflation à 10%, bloqué par d'interminables grèves ouvrières. Le tout dans un contexte international de tensions entre l'Occident et l'URSS qui s'apprêtait à envahir son voisin l'Afghanistan à Noël. 43 ans plus tard, le Royaume-Uni est à également confronté à une hausse des prix de 10%. Les préavis de grève se multiplient et tous revendiquent des hausses de salaires. Quant aux relations entre les Britanniques et les Russes, elles sont aussi glaciales qu'au temps de la Guerre froide depuis que Vladimir Poutine a décidé d'attaquer l'Ukraine le 24 février dernier.

58% en situation de précarité énergétique en janvier

Avec ses incalculables conséquences économiques, la guerre en Ukraine n'en finit plus - entre autres - de creuser le budget des ménages européens. Les Britanniques ne font pas exception, frappés par les mêmes maux que leurs voisins... en pire. A commencer par l'énergie dont les tarifs sont propulsés au sommet. La facture d'énergie des ménages va bondir en moyenne de 80% en octobre, avec un plafond légal des tarifs relevé de 1971 à 3.549 livres par an. Ces prix insoutenables devraient plonger 58% des Britanniques dans une situation de précarité énergétique en janvier prochain d'après l'université d'York.

Comment Liz Truss compte-t-elle garantir que ces 45 millions de personnes se chauffent pendant l'hiver ? Rien n'est très clair. « Liz Truss n'a annoncé aucune mesure concrète contre la crise de l'énergie. Elle promet un budget d'urgence mais exclut un plafonnement du prix du gaz et de l'électricité. De même, il n'y a eu aucune proposition de Truss ou de Sunak sur une éventuelle refonte du marché de l'énergie, jusqu'ici très peu régulé », constate Sophie Loussouarn, professeure de civilisation britannique à l'université Jules Verne d'Amiens.

Pas de ligne économique claire

Pourtant, l'explosion des cours de l'énergie apparaît comme le principal moteur de l'inflation. La flambée annuelle des prix dépasse les 10% en juillet outre-Manche. Et l'incendie n'est pas prêt de s'éteindre. La Banque d'Angleterre avance le chiffre de 13% en octobre quand Goldman Sachs évoque un pic à 22,4% en début d'année prochaine. Contrairement à son opposant Sunak qui en faisait son premier objectif, Liz Truss entend endiguer l'inflation mais n'en fait qu'une priorité parmi d'autres. A égalité avec la relance de l'économie alors qu'un scénario de récession en fin d'année paraît de plus en plus crédible.

La colère autour de l'augmentation des prix ne lui laissera pas le temps de temporiser. Les mouvements de grève s'empilent ces dernières semaines chez les cheminots, le fret, les postiers, les employés des télécoms. Dans cette nation peu coutumière de la contestation sociale intempestive - en tout cas moins que son voisin français -, la presse décrit les mois de juillet et d'août 2022 comme l' « été du mécontentement ». Un clin d'œil au célèbre « hiver du mécontentement » de 1978 à 1979. Aujourd'hui, l'inquiétude autour du coût de la vie est sur toutes les lèvres et les pancartes. En première ligne, les syndicats exigent des gains de salaire pour compenser les pertes de pouvoir d'achat. Ces blocages syndicaux se conjuguent avec des mouvements plus spontanés comme « Don't pay uk ». Cette pétition citoyenne affirme le droit de ne pas payer en octobre ses factures d'électricité et de gaz devenues inabordables pour une majorité de foyers.

« Enough is enough »

C'est loin d'être le seul mouvement du genre. « "Enough is enough" a été lancé au début du mois d'août 2022 par des syndicalistes, notamment le Secrétaire Général de RMT, Mick Lynch, soutenu par le maire du Greater Manchester, Andy Burnham. Ce mouvement prévoit 50 manifestations contre l'augmentation des prix de l'énergie en septembre 2022. Aujourd'hui, la Fabian Society (cercle de réflexion rattaché au parti travailliste britannique) et 450.000 personnes soutiennent ces protestations dans 70 villes ».

La liste de leurs revendications donne une idée des préoccupations des Britanniques : plafonnement des prix de l'énergie, augmentation des salaires dans le secteur public, augmentation du crédit universel de 80 livres par mois. L'ardoise totale frôle 100 milliards de livres. Résolue à afficher une détermination toute thatchérienne, son modèle jusqu'à la caricature quand elle copie les tenues de l'Iron lady, Liz Truss n'est pas encline à céder à la rue. Elle promet de « limiter la capacité des syndicats à paralyser notre économie » via une loi sur les grèves qui imposerait davantage d'obligation de service minimum. Une proposition populaire auprès de l'électorat conservateur. C'est-à-dire une petite frange de 200.000 personnes majoritairement « aisée, issue du sud du pays qui ressent moins que d'autres la violence de la crise. On parlerait d'une population WASP aux Etats-Unis », pointe Aurélien Antoine, professeur à l'université Jean Monnet et président de l'Observatoire du Brexit.

L'universitaire insiste sur la violence de la crise sociale en Grande-Bretagne, où l'État est nettement moins protecteur que la France. « Le Royaume-Uni ne bénéficie pas des amortisseurs sociaux, fiscaux, des services publics qui permettraient d'atténuer le choc de l'inflation. Par exemple, c'est un miracle que le NHS (service de santé national) ne se soit pas effondré pendant le Covid. Le surplus de décès par rapport au reste de l'Europe est aussi dû à l'agonie des services de santé britanniques », alerte-t-il.

Sunak et Truss, caricatures de Thatcher

Le délabrement des services publics s'ajoute ainsi à la crise énergétique... qui s'additionne à l'inflation. L'équation économique tient du casse-tête. Encore faudrait-il que Liz Truss ait un programme cohérent pour y répondre. « Le débat pour le leadership conservateur a majoritairement porté sur les impôts, thème récurrent chez les Tories. Truss promet de les baisser immédiatement et indistinctement pour toutes les catégories sociales. Sunak et Truss sont d'abord deux ambitieux très intelligents, sans ligne économique très claire. On frôlait parfois la caricature libérale, notamment dans le souci de ressembler à Thatcher », regrette Aurélien Antoine qui note toutefois une différence de programme quant au rétablissement des services publics.

« Sunak apparaissait plus volontaire à l'image des budgets qu'il a porté en tant que ministre des Finances qui étaient parmi les plus "généreux" accordés par un gouvernement conservateur au NHS ou à la police dans les dernières décennies », analyse le spécialiste du Royaume-Uni qui déplore une campagne sans grand fond, autocentrée autour des questions anglaises et pas sur les enjeux de tout le Royaume. A commencer par le Brexit, un dossier loin d'être refermé tant ses implications sont lourdes.

Winter is coming

« Les dirigeants britanniques ont compris que le Brexit ne serait pas un succès et le but est d'en parler le moins possible ou de faire comme s'il était indolore », observe Aurélien Antoine. Toutes les grandes orientations d'avenir restent à définir: savoir s'il faut favoriser les échanges commerciaux avec le continent ou le grand large, comment fixer la frontière nord-irlandaise ou récupérer la licence bancaire de la City pour opérer dans l'UE.

A ce moment précis, le Brexit n'aide probablement pas à apaiser les difficultés du pays mais toutes ne peuvent pas lui être imputées. Les prix à la hausse dans l'alimentation en sont peut-être la conséquence la plus manifeste. Néanmoins, la crise de l'énergie trouve bien davantage son origine dans la guerre en Ukraine.

Toutes ces questions à trancher autour du Brexit vont immanquablement passer au second plan lors d'un automne brûlant. Et surtout d'un hiver tumultueux si les pires prévisions inflationnistes des analystes de la City se réalisent. Liz Truss est avertie. Elle ne connaîtra pas d'état de grâce. Winter is coming.

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Commentaires 5
à écrit le 05/09/2022 à 9:10
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Combien de fois elle a changé d'avis et de partis cette NANA ????? Pôvres Anglais

à écrit le 05/09/2022 à 8:36
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43 ans après Margaret Thatcher elle ne pourra pas utiliser les mêmes recettes et méthodes. Le Monde n'est plus le même, les Anglais d'aujourd'hui ne sont pas ceux des années 80. A suivre.

à écrit le 05/09/2022 à 7:59
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J'envie les anglais pour leur pragmatisme. Leur système d'élection est sans doute meilleur que celui de la France aussi

le 05/09/2022 à 8:51
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une elite qui a menti et trompe les britaniques c'est mieux

le 05/09/2022 à 10:12
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Le système électoral Anglais est un système majoritaire à 1 tour. Le nôtre est à 2 tours forçant les candidats à faire, au vu des électeurs, des ententes pour avoir des chances d’être élu… Le notre n’est pas plus mauvais mais il coute forcément plus ...

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