Ralentie depuis la crise du Covid-19, la productivité européenne est repartie en 2025, rattrapant même celle des États-Unis. Un rebond qui doit se confirmer pour permettre aux Vingt-Sept d’espérer retrouver toute leur compétitivité.
L’Europe est sur la bonne pente. Après des années de stagnation, sa productivité s’est améliorée en 2025 : elle a atteint +1,4 % du PIB réel par heure travaillée, soit un bond de près d’un point sur un an (+0,35 % en 2024), d’après les données d’Eurostat.
De bon augure compte tenu du contexte actuel. « Le redressement de la productivité n’est pas une option, mais un impératif. À défaut, l’UE aura bien du mal à générer suffisamment de richesses (de PIB) pour répondre aux défis qui l’attendent : transition écologique, réarmement, pérennisation des systèmes de santé ou de retraites », estime Jean-Luc Proutat, économiste chez BNP Paribas, dans une récente analyse.
Un écart creusé lors des crises
Il ressort par ailleurs que l’UE a fait presque aussi bien que les États-Unis, après des années de décrochage depuis la pandémie de Covid-19. Outre-Atlantique, la productivité a augmenté de +1,8 % en 2025, selon le département américain du travail, un niveau en légère baisse comparé à l’année précédente (+2,3 % en 2024).
L’écart de productivité entre les deux puissances a donc commencé à se résorber pour revenir aux standards d’autrefois. Car avant la crise liée à l’épidémie de coronavirus, elles faisaient plutôt jeu égal. Du moins, depuis que le bloc européen s’était remis des conséquences de la précédente période de turbulences de la fin des années 2010 – la fameuse crise des « subprimes ».
« La grande récession de la fin des années 2000, puis la pandémie de Covid-19, marquent les deux principales étapes du décrochage vis-à-vis des États-Unis, un peu comme si les effets d’hystérèse – les séquelles laissées par les deux chocs – n’avaient concerné que l’Europe », relève Jean-Luc Proutat.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Ces décrochages s’expliquent par des réactions différentes aux crises des deux côtés de l’Atlantique. Aux États-Unis, les présidents successifs de ces quinze dernières années – de Barack Obama à Joe Biden en passant par Donald Trump – ont déployé de grandes lois pour protéger ou renforcer les secteurs qu’ils jugeaient stratégiques. Un «quoi qu’il en coûte» qui n’a pas été aussi poussé à l’extrême en Europe.
Reste qu’en sortant autant le carnet de chèques, les États-Unis se sont davantage endettés que l’Union européenne. « L’exercice atteint peut être ses limites : en 2025, les intérêts payés par les administrations publiques américaines équivalaient à 4,7 % du PIB, le ratio le plus élevé depuis 28 ans », indique Jean-Luc Proutat. Suscitant l’inquiétude des marchés, « plus prompts » désormais à questionner le statut de valeur refuge du dollar.
De son côté, le bloc européen « dispose encore de marges de manœuvre budgétaires », souligne l’économiste, qui y voit un signe d’espoir pour l’avenir. « C’est loin d’être anecdotique au regard du "mur" d’investissements qui se présente », ajoute-t-il, évoquant les chiffres du rapport Draghi : entre 750 et 800 milliards d’investissements annuels seraient nécessaires pour répondre aux enjeux du numérique, de compétitivité et de transition écologique.