Guerre en Iran, inflation, dette, mondialisation, IA…, le chef économiste français du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas, livre pour La Tribune son dernier bulletin de santé sur l’économie mondiale, avant de quitter définitivement son poste dans l'institution.
LA TRIBUNE — Le protocole d’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran a fait baisser les tensions sur les marchés de l’énergie, mais des inquiétudes demeurent. Quel peut être l’impact de la guerre en Iran sur l’économie mondiale et l’Europe ?
PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS — C’est un choc d’offre classique lié à la hausse des prix de l’énergie. L’ampleur peut être supérieure aux chocs antérieurs. Il y avait beaucoup d’inquiétude au début des hostilités sur la possibilité d’une crise d’une ampleur inédite des marchés de l’énergie étant donné l’importance des exportations d’hydrocarbures du Golfe Persique pour l’économie mondiale. Ce qui est important, c'est de regarder la durée du conflit et son intensité. Ce choc a fait bondir l’inflation de manière significative. C’est un choc qui ralentit l’activité par la hausse des coûts de production et limite le pouvoir d’achat des ménages.
Ce choc a été en partie absorbé par une réduction des stocks stratégiques et des stocks commerciaux. Cela a permis de limiter l’impact initial de ce choc. Il existe encore beaucoup d’incertitudes sur l’accord, mais si les choses se passent bien, on devrait assister à une normalisation des flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Les marchés ont déjà anticipé la baisse des prix des produits pétroliers. Cependant, si l’accord ne tient pas, les capacités de l’économie mondiale à absorber un nouveau choc sont bien plus limitées car les réserves sont maintenant bien entamées.
Les premiers mois du conflit ont suscité de vives inquiétudes sur la croissance mondiale. Plusieurs économistes ont évoqué un risque de « récession ». Doit-on encore envisager ce scénario pour 2026 ?
Nous n’avons pas envisagé un scénario de récession lors de nos projections en avril, sauf s’il y avait une augmentation bien plus forte de l’inflation et surtout une détérioration importante des marchés financiers.
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