« New Deal » : quand l'Europe rate son moment rooseveltien
Marc Endeweld
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TOM BRENNER
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Cela fait bientôt dix mois que l'Europe a trouvé un compromis sur un « plan de relance ». Cet accord actant le principe d'une dette partagée au niveau européen avait été arraché aux Vingt-sept au cours de l'été dernier quelques semaines après le début de l'épidémie. La presse avait alors qualifié cette décision d'« historique ». Emmanuel Macron s'en félicitait. Comme un appartement acheté sur plan, les promesses de relance européenne pouvaient apparaitre séduisantes : création d'un fonds commun (avec notamment 10 milliards d'euros pour la transition écologique et 47,5 milliards à la cohésion des territoires de l'Europe), et versement de larges subventions (312,5 milliards) aux pays ayant subi le plus lourd impact. Les principaux bénéficiaires : l'Italie, l'Espagne... et la France.
Et pourtant. Depuis, rien n'a bougé, ou presque. Surtout, rien n'a été versé ! Bref, le plan a été « acheté », mais aucun édifice n'est sorti de terre. De fait, alors que l'épidémie fait encore rage sur le continent européen, bloquant chaque pays à tour de rôle dans d'interminables « confinements » à répétition, les 750 milliards d'euros qui doivent constituer ce « plan » restent pour l'instant un rêve totalement abstrait pour chacune des économies et populations européennes.
Les gouvernants se sont bien gardés de faire étalage de ce retard à l'allumage. Car celui-ci s'explique par l'inertie européenne habituelle : car pour que le plan soit effectif, il est nécessaire que l'ensemble des Etats membres le ratifient. Et à ce jour, c'est près d'une dizaine de pays qui n'ont toujours pas ratifié le traité. Sans compter que chaque pays doit rendre sa copie à Bruxelles avant la fin avril pour présenter la manière dont ils comptent utiliser l'argent promis dans leur relance... Pour l'instant, seul le Portugal a déposé la version finale de son plan de relance et de résilience (PRR) à la Commission européenne. Lisbonne donne l'exemple alors que le pays assure depuis le 1er janvier 2021 et jusqu'au 30 juin 2021 la présidence tournante de l'Union.
Parmi les pays retardataires pour la ratification, on trouve l'Allemagne, l'Autriche, la Pologne, les Pays Bas, la Lituanie, l'Estonie, la Finlande, la Roumanie et l'Irlande. Parmi eux, certains renâclent toujours pour des raisons de fond, comme le premier ministre hongrois Viktor Orban qui n'est pas d'accord avec la Commission sur l'utilisation des 16 milliards qui lui seront versés. Mais le processus en Allemagne était jusqu'à présent bloqué du fait d'un recours contestant le principe d'une dette partagée au niveau européen auprès de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Outre-Rhin, ce dernier obstacle vient d'être levé cette semaine : recours rejeté.
De son côté, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, fait dans la méthode Coué, en rappelant que « pour les premiers paiements puissent être effectués, nous avons besoin que tous les États membres aient approuvé la décision relative au ressources propres. Je suis convaincue que tout sera en place d'ici l'été. » Une apparence volontariste qui se veut une réponse à Emmanuel Macron et Mario Draghi. Le président français et le président du Conseil italien ont en effet affirmé cette semaine, lors d'un entretien téléphonique, « la même volonté de voir rapidement se conclure la ratification du plan de relance européen ».
Marc Endeweld
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