Qui sauvera Chengdu, la grande ville de l'ouest chinois à la croissance explosive

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La région du Sichuan abrite la plus grande réserve de pandas du monde. L'équilibre de leur habitat est menacé par l'explosion urbaine de la ville de Chengdu.
La région du Sichuan abrite la plus grande réserve de pandas du monde. L'équilibre de leur habitat est menacé par l'explosion urbaine de la ville de Chengdu. (Crédits : Reuters)
Alors que PSA vient d'inaugurer sa nouvelle usine automobile à Chengdu, nous découvrons une immense mégalopole aux ambitions internationales. La ville tente de concilier croissance folle et préservation de son patrimoine environnemental, notamment le très précaire équilibre naturel de la plus grande population de Pandas du monde.

Quelle idée d'aller construire une usine automobile à Chengdu ! La capitale du Sichuan est plus connue pour ses Pandas et son poivre au léger goût de clou de girofle que pour son industrie automobile. Cette ville que l'on trouve aux confins de la Chine intérieure, à 1.800 km de Pékin, semble être la dernière grande métropole avant le très inhabité plateau tibétain. Celui-ci se trouve à quelques centaines de kilomètres seulement, à l'échelle du pays, autant dire à quelques encablures.

Une ville "aérée" d'autoroutes urbaines

C'est en arrivant sur place que l'on découvre que cette métropole n'est pas seulement une grande ville de plus comme la Chine en compte tant, mais d'une agglomération gigantesque qui nourrit des ambitions dantesques. Difficile de ne pas la confondre avec Pékin : d'imposantes autoroutes, des buildings sur des dizaines voire des centaines de kilomètres. On retrouve la même architecture d'immeubles et la même configuration urbaine. En centre-ville, les grandes artères sont "aérées" par ces larges quatre voies et ces innombrables bouchons !

Et signe que Chengdu a accédé au statut d'agglomération au niveau national : ses magasins de luxe. Impossible d'échapper à la plus chinoise des marques françaises, Louis Vuitton, qui illumine, avec sa grande façade scintillantes, un immense carrefour. D'ici, on pénètre sur un grand boulevard consacré aux grandes griffes qui rivalisent d'imagination pour faire briller leur enseigne ! Mais il faut aller ailleurs pour contempler le plus spectaculaire édifice de la ville : le Global Center ! Un gigantesque, probablement le plus immense en termes de superficie, édifice du monde. 500 m de largeur, et 100 m de hauteur, près de 1,7 million de mètres carrés, le Global Center pourrait être à Chengdu ce que la Tour Eiffel est à Paris ! Ce complexe offre hôtels, galeries commerciales, mais également patinoires, on y trouve même une plage et des torrents artificiels pour faire du rafting.

Une ville de la taille de l'Ile-de-France

14 millions d'habitants, et d'une superficie égale à l'Ile-de-France, Chengdu est tout sauf une grande ville de province ! Et elle le sera de moins en moins dans les années à venir quand on voit la vitesse à laquelle la ville continue de se construire. Certains jours d'éclaircies, il est possible d'apercevoir une nuée de grues qui, au loin, contemplent le ciel pollué de Chengdu. Une agglomération chinoise comme une autre ?

Chengdu n'est pourtant pas la plus connue des villes chinoises, et elle passe largement derrière Pékin ou Shanghai. Cela n'a pas empêché la municipalité de la capitale du Sichuan d'échafauder un plan de développement très ambitieux : devenir le hub industriel et logistique qui doit relier l'Occident à la Chine. En somme, une nouvelle route de la soie... Rien que cela !

Des trains de marchandises jusqu'en Europe

Nouvelle route de la soie, c'est justement le nom de ce projet titanesque mis en place par Xi Jinping, le président chinois. Il est symbolisé par le Yuxinou, une ligne ferrée de transport de marchandises de près de 11.200 kilomètres et qui relie Chongqing (une agglomération de 9 millions d'habitants à 325 km à l'est de Chengdu) à Duisbourg en Allemagne. Il faut entre 13 et 16 jours pour relier les deux points terminaux, contre 36 jours par voie maritime. Plus rapide que les porte-conteneurs, moins chers que l'avion, le Yuxinou permet de desservir la Russie, le Kazakhstan et l'Allemagne. Une autre ligne inaugurée en 2013 permet de relier également la ville de Lodz, en Pologne, entre 12 et 14 jours seulement. Enfin, Chengdu a rénové les infrastructures ferroviaires menant jusqu'à Pékin, réduisant le temps de trajet de 30 à 14 heures. Chengdu veut ainsi se placer au centre de ce nœud ferroviaire et relier l'Eurasie et l'Est de la Chine. Elle regarde d'ailleurs avec bienveillance l'autre grand projet de développement chinois baptisé la ceinture économique du Yangtze (ou Yangtze River Economic Belt), et qui pourrait avoir besoin du hub de Chengdu pour relier le projet de route de la soie.

"Nous avons l'avantage de lier deux grands plans de développement nationaux", a expliqué au Financial Times Liu Xinhui, responsable du ministère local du planning. "Nous sommes la seule ville dans l'ouest de la Chine qui va avoir deux aéroports", a-t-il également souligné. En vérité, Chengdu sera même la troisième ville de Chine à disposer de deux aéroports. L'aéroport actuel devrait accroître ses capacités et atteindre très prochainement les 50 millions de passagers, tandis qu'un second aéroport, d'un coût de 10 milliards d'euros, doit voir le jour en 2020.

L'ancien "trou paumé" à la pointe de l'industrie

Mais la ville qui naguère était synonyme de "trou paumé" dans l'esprit des Chinois de l'Est, ne veut pas se contenter d'être une zone de transit de marchandises, elle se rêve en capitale industrielle du grand ouest chinois. Elle attire ainsi l'industrie automobile, mais pas seulement, l'aéronautique, la chimie... D'après le Financial Times, les investissements à Chengdu ont explosé ces dernières années. Elles sont passées de 50 milliards de yuans (6,6 milliards d'euros) en 2008 à près de 300 milliards de yuans (40 milliards d'euros) par an. Le PIB de la capitale est passé de 200 milliards de yuans en 2005 à plus de mille milliards de yuans en 2015.

Dans ce fracas industriel et urbanistique, la ville de Chengdu tente toutefois de préserver son patrimoine culturel, mais également environnemental qui reste des atouts touristiques majeurs. Ainsi, il est possible de visiter des jardins, ou des monastères antiques. Des palais médiévaux sont également encore debout. A deux heures de route à Leshan, les touristes pourront admirer un immense Bouddha de 71 m de haut taillé à même la roche.

Sauver le panda, mascotte de la ville

Enfin, le défi de Chengdu sera évidemment de protéger sa réserve de Pandas, la plus importante du monde avec 1.600 individus, soit 80% de la population mondiale. L'enjeu a été reconnu par l'Unesco qui a classé le sanctuaire des pandas géants du Sichuan. Pour les touristes, il existe toutefois trois centres où les touristes peuvent les observer, voire même caresser les plus jeunes d'entre eux. Le panda est un vrai symbole de la ville qui en fait allègrement commerce à travers des produits dérivés. Il est vendu dans tous les produits commerciaux de la ville, les boutiques souvenirs ne vendent que des peluches à l'effigie du célèbre ursidé déclinées à l'infini. Il y a donc urgence à sauver l'animal. Pour cela, la ville tente de créer une ceinture verte autour de l'agglomération afin de contenir la folle croissance urbaine et ainsi préserver les zones naturelles où vivent les Pandas du Sichuan. Il faudra néanmoins déployer des trésors de volonté politique pour apprivoiser la pression immobilière, les impératifs de développement économique, l'étalement industriel... Au nom de la préservation d'un patrimoine environnemental unique au monde. Chiche ?

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Commentaires
a écrit le 17/09/2016 à 20:31 :
oui merci
a écrit le 17/09/2016 à 12:14 :
merci pour cet article intéressant.

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