Les Alpes françaises, seul hôte pressenti des JO 2030 : et maintenant ?

Seule candidature retenue par le Comité international olympique (CIO) pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030, la France entre désormais dans la phase dite de « dialogue ciblé ». Une étape majeure qui va tracer les priorités en matière d’investissements, d’infrastructures et de sécurité. Ces points essentiels vont structurer le dossier final, étudié en juillet prochain par le CIO. Et, surtout, dessinent les enjeux à relever, comme ceux des liaisons ferroviaires à renforcer entre les Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Sud, mais aussi des solutions d’énergie propre à faire émerger, dont l’hydrogène. Autant de défis pour une candidature qui se veut la plus durable possible.
(Crédits : Reuters)

C'est la victoire d'un travail d'équipe qui place les Alpes françaises comme seul hôte pressenti pour l'organisation des JO d'hiver 2030. L'annonce ce jour du CIO confirme ce que disait le dossier : les Alpes françaises ont su faire la différence privilégiant le jeu collectif. Et ce autant sur le plan économique, politique que sportif, en s'appuyant sur l'héritage existant, sur la bonne entente entre Renaud Muselier et Laurent Wauquiez, respectivement présidents des Régions Sud et Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi sur une candidature incluant dès les premiers pas, le sport olympique et paralympique. La lettre de soutien rédigée par le Président de la République, Emmanuel Macron et que La Tribune a pu consulter, a clairement constitué une valeur de réassurance, contribuant à renforcer fortement la candidature tricolore. Le CIO a, pour sa part, rappelé l'expérience reconnue de la France dans l'accueil de grands événements.

Une loi d'exception pour accélérer les infrastructures

Si la victoire est évidemment belle, elle signe surtout le début d'une nouvelle aventure. Car c'est une étape toute neuve qui s'ouvre et c'est la plus stratégique. En entrant en dialogue ciblé, les Alpes françaises vont devoir approfondir leur vision et leurs promesses. Désormais les sujets qui vont être travaillés, étudiés, tranchés sont ceux des infrastructures et du financement principalement. Le premier échelon sera franchi dès le mois de janvier par la constitution d'une structure juridique ad hoc qui devrait rassembler l'Etat, les Régions Sud et Auvergne-Rhône-Alpes, ainsi que le mouvement sportif. Une structure qui va ainsi définir la gouvernance et les engagements financiers de chacun. Car les sujets ne manquent pas.

Sur les infrastructures d'abord. Si, certes, la candidature française s'appuie fortement sur l'héritage, notamment d'Albertville et de Nice pour la partie glace, il n'en reste pas moins que le sujet notamment des transports et des liaisons ferroviaires entre les Hautes-Alpes et Auvergne-Rhône-Alpes, tout comme celui des ascenseurs valléens ou de la rocade entre Gap et Briançon seront prioritaires. De même, en Provence Alpes Côte d'Azur, la LNV et sa promesse de cadence amplifiée avec un train toutes les 20 minutes, joue un rôle non négligeable. Renaud Muselier l'a dit, « il va falloir désenclaver les Vallées », quand Laurent Wauquiez insiste sur la nécessité de créer des parkings relais pour les automobiles afin de permettre un accès à la montagne par voie d'ascenseurs... Tout cela devrait être permis et accéléré grâce au vote d'une loi d'exception « pour délivrer les infrastructures en temps et en heure », promet Renaud Muselier.

L'appel au financement privé

Sur le budget ensuite. Si sur ce point majeur, Laurent Wauquiez rappelle la sobriété dont la candidature tricolore a fait preuve, « loin du gigantisme et de la gabégie », ne dépensant « que » 100.000 euros en communication quand le budget alloué est habituellement «  l'ordre de 10 millions d'euros », la question du financement est, depuis plusieurs semaines, au centre des questionnements. Sur ce point, David Lappartient, le président du Comité national olympique et sportif le redit, la volonté est d'aller chercher principalement des fonds privés. Et de profiter, dans le bon sens du terme, des JO 2024, 17 partenaires étant disposés à rempiler pour 2030. Parmi les partenaires premium des jeux de Paris 2024, se trouvent notamment les groupes Accor, Carrefour, LVMH, EDF, mais aussi Sanofi. Dans la liste des partenaires dits cette fois « officiels », s'ajoutent Air France, ArcelorMittal, CMA CGM (actionnaire de La Tribune), ou encore Danone. Une cinquantaine de grands groupes a également manifesté sa volonté de mécénat.

Si elle semble bien engagée, la stratégie financière pourrait-elle s'en trouver bouleversée ? Face au risque de dépassement des coûts lorsque plusieurs candidatures s'affrontent, cette pré-sélection de la seule candidature française s'annonce plutôt positive. Selon l'économiste Wladimir Andreff, président de l'observatoire d'économie du sport, ce schéma disqualifie de fait la montée des enchères, valable lorsque plusieurs villes sont en compétition entre elles. Il en appelle à la théorie de "la malédiction du vainqueur", comme il l'expliquait à La Tribune le 15 novembre dernier : « La ville hôte désignée par le CIO, c'est celle qui a le plus sous-estimé ses coûts, surestimé ses revenus, et quand elle est désignée, ce sont les coûts réels, beaucoup plus grands, qui s'imposent. » Mais le chercheur observe une évolution majeure, depuis les dernières attributions du CIO : « il y a de moins en moins de candidatures, donc moins de surenchères. Et comme le dit la théorie : s'il n'y a pas d'enchères, il n'y a pas de surcoût ». Wladimir Andreff prend l'exemple de Los Angeles, seule en lice pour l'obtention des Jeux d'été 2028 : « LA l'a joué finement et peut, je l'annonce, ne pas dépasser ses coûts, sauf infinitésimales. C'est une évolution ».

Concernant la sécurité, autre point majeur qui sera observé, Christophe Dubi, directeur des JO au CIO, a confirmé qu'il faudra d'ici la fin du mois de mars, « fournir l'ensemble des garanties ».

Le travail d'équipe va donc devoir se poursuivre et la course contre la montre est maintenant enclenchée. Juillet 2024 constitue le prochain round. Entre temps, il va falloir arbitrer, affiner la stratégie comme la dit la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, concrétiser, construire. Presque neuf mois pour donner vie à une candidature française qui servira probablement de nouveau modèle dans l'organisation des grands événements.

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Commentaires 10
à écrit le 01/12/2023 à 10:45
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Avec cette fumeuse histoire des jeux ruineux d'hiver, Wauquiez finira comme Michel Barnier qui n'a même pas été élu par sa propre famille ; Wauquiez est comme Macron, le meilleur tremplin pour LePen

à écrit le 30/11/2023 à 10:12
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Formidable on va avoir les JO d ete et d hiver car aucun autre pays les veux car leurs citoyens peuvent s exprimer (le CIO n a pas considere la candidature suisse aux JO d hiver car ils savaient que les opposant auraient aussitot lance un referendum ...

à écrit le 30/11/2023 à 8:57
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Nous connaissons les risques évidents d’une telle candidature: échec sur l’organisation des JO2024 à Paris (tous les parisiens vont prendre conscience de l’inconfort d’une telle organisation, du bazar que cela provoque, des risques d’attentats, et fi...

le 30/11/2023 à 9:18
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la mégalomanie de nos (mal) élus est sans limite. Souvenez-vous d'Athènes 2004. Quelques années plus tard, crise de la dette grecque. Encore un petit effort, on doit pouvoir arriver à 4000 milliards de dette d'ici la fin du quinquennat !

le 30/11/2023 à 9:30
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Les JO 2024 auront lieu du 26 juillet au 11 août, soit à un moment où l'activité économique est réduite. De plus, il est est probable que beaucoup de franciliens auront anticipé et pris des congés à cette période. Le risque de "bazar" est donc assez ...

à écrit le 30/11/2023 à 8:24
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Une victoire facile sans concurrent , une première victoire pour Laurent Wauquiez, une lourde facture à payer pour les contribuables de ces régions comme se fut déjà le cas avec des impôts locaux excessifs Après comme À Grenoble.

à écrit le 30/11/2023 à 6:18
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Ce qui s'appelle vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tue. Les consequences sur un peuple qui longtemps a cru en la methode du doc Coue. Ou prendre ses desirs pour la realite. Si la nature decide que la neige sera ou pas au rendez-vous ? That's ...

le 30/11/2023 à 8:12
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Mais si y'a pas de neige on va casser des glaciers, installer des canons et des réservoirs et pourquoi pas en faire venir de Dubaï ?

à écrit le 29/11/2023 à 23:52
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La bonne question : est ce qu'il y aura de la neige? Laissons déjà passer cet hiver pour nous faire une idée plus précise de comment la saison va se passer.

à écrit le 29/11/2023 à 22:54
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Trop cool on n'aura pas encore fini d'éponger le déficit de Paris 2024 qu'on remettra ça en 2030 !!! Vous reprendrez bien un petit coup de taxe foncière ?

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