Brexit : la Cour suprême inflige une défaite historique à Boris Johnson l'obligeant à rétablir le Parlement

 |   |  810  mots
Cette décision de la Cour suprême constitue une défaite majeure pour Boris Johnson qui, depuis son arrivée au pouvoir, a essuyé échec sur échec concernant sa stratégie de sortie du Royaume-Uni de l'UE à tout prix le 31 octobre.
Cette décision de la Cour suprême constitue une défaite majeure pour Boris Johnson qui, depuis son arrivée au pouvoir, a essuyé échec sur échec concernant sa stratégie de sortie du Royaume-Uni de l'UE à tout prix le 31 octobre. (Crédits : Reuters)
Les onze juges de la plus haute juridiction britannique ont jugé à l'unanimité "illégal, nul et non avenu" l'avis de Boris Johnson demandant à la reine Elizabeth II de suspendre le Parlement pendant cinq semaines, jusqu'au 14 octobre, à deux semaines du Brexit. Sitôt connue la décision de la Cour, les députés de la Chambre basse ont repris leurs travaux mercredi dès la fin de matinée, tandis que la Chambre des Lords se réunissait dès ce début d'après-midi.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est engagé à contrecoeur à respecter la décision de la Cour suprême, qui lui a infligé mardi une défaite historique en jugeant illégale sa décision de suspendre le Parlement à l'approche du Brexit, déclenchant de nombreux appels à la démission.

"Je dois dire que je ne suis pas du tout d'accord avec ce que les juges ont établi. Je ne pense pas que ce soit juste mais nous irons de l'avant et bien sûr le Parlement va revenir", a déclaré Boris Johnson aux médias britanniques à New York, où il assiste l'assemblée générale de l'ONU.

Sitôt connue la décision de la Cour, le président de la Chambre basse du Parlement, John Bercow, a annoncé que les députés reprendraient leurs travaux mercredi à 11h30 (10h30 GMT). La Chambre des Lords se réunira à partir de 15 heures (14 heures GMT).

Les onze juges de la plus haute juridiction britannique ont jugé à l'unanimité "illégal, nul et non avenu" l'avis de Boris Johnson demandant à la reine Elizabeth II de suspendre le Parlement pendant cinq semaines, jusqu'au 14 octobre, à deux semaines du Brexit.

Volonté de museler le Parlement

Cette suspension a entravé son fonctionnement, a conclu la présidente Branda Hale, énonçant d'un ton calme un réquisitoire sans concession contre cet ajournement.

Selon des spécialistes, le fait que la Cour ait estimé que le débat ne relevait pas uniquement de la sphère politique crée un important précédent dans ce pays dépourvu de constitution écrite.

La Cour a suivi l'argumentaire des adversaires de Boris Johnson, qui l'accusaient d'avoir suspendu le Parlement pour museler l'opposition et sortir le Royaume-Uni de l'UE le 31 octobre, même sans accord de divorce.

Lui n'a eu de cesse de répéter que la suspension du Parlement était justifiée afin de préparer et présenter ses priorités politiques nationales après son arrivée au pouvoir fin juillet.

"Les députés doivent être courageux et demander des comptes à ce gouvernement sans scrupules", a réagi Gina Miller, une militante anti-Brexit qui est à l'origine d'un des recours examinés par la Cour suprême. Elle avait déjà obtenu en justice de forcer l'exécutif à consulter le Parlement sur le processus de retrait de l'UE.

Cette décision de la Cour suprême constitue une défaite majeure pour Boris Johnson qui, depuis son arrivée au pouvoir, a essuyé échec sur échec concernant sa stratégie de sortie du Royaume-Uni de l'UE à tout prix le 31 octobre.

Il a répété mardi avoir bon espoir de pouvoir conclure un accord de divorce avec Bruxelles, même si les dirigeants européens ne partagent pas son optimisme.

Mais il a de nouveau exclu de reporter le Brexit de trois mois si aucun compromis n'est trouvé, à l'encontre d'une loi votée dans l'urgence avant la suspension du Parlement, dans la nuit du 9 au 10 septembre, afin d'éviter des conséquences potentiellement chaotiques pour l'économie britannique.

Appels à la démission VS appel à des élections anticipées

Face aux appels à sa démission qui se sont multipliés dans les rangs de l'opposition, Boris Johnson a aussi renouvelé son appel à des élections anticipées, une option refusée jusqu'à présent par les députés britanniques. Des sondages d'opinion font état d'un regain de popularité des conservateurs depuis son bras de fer avec les parlementaires.

"Nous, au Royaume-Uni, ne serons pas dissuadés (...) de mettre en oeuvre la volonté du peuple de sortir de l'UE le 31 octobre", a-t-il affirmé.

Le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, a souhaité qu'il devienne "le Premier ministre le plus éphémère de tous les temps". Plusieurs députés ont aussi dit vouloir faire tomber le gouvernement, qui ne dispose plus de majorité.

 "Un jour merveilleux pour la démocratie britannique"

Devant la Cour, parmi la cinquantaine de manifestants présents, la fonctionnaire retraitée Maureen O'Hara a estimé "super de voir que même le gouvernement doive rendre des comptes". Pour Naomi Smith: "C'est un jour merveilleux pour la démocratie britannique".

Il n'est pas inhabituel pour un dirigeant au Royaume-Uni d'ajourner la session parlementaire pour présenter son programme de politique nationale. En outre, le Parlement ne siège traditionnellement pas pendant quelques semaines en septembre, lors des congrès annuels des partis.

Mais cette suspension, en raison notamment de sa longueur, avait suscité une vague d'indignation dans le pays du parlementarisme, déclenchant des manifestations ainsi qu'une offensive judiciaire.

La Cour suprême avait été saisie après deux décisions divergentes: l'une, rendue par la Haute cour de Londres, avait considéré qu'elle n'avait pas à trancher sur une décision politique, l'autre, rendue par la justice écossaise, avait jugé "illégale" la suspension.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/09/2019 à 10:30 :
Belle leçon de démocratie, que cette décision de la cour suprême.
A force d'essuyer des revers, Bojo va peut être dévoiler ses dernières cartes avec une alternative crédible au backstop qui sait...
Sinon droit ds ses bottes, il ne démissionnera pas.
Réponse de le 26/09/2019 à 13:26 :
"une alternative crédible au backstop"
En existe-t-il une sinon une indépendance économique de l'Irlande du Nord qui s'associerait à l'UE ?
a écrit le 25/09/2019 à 10:18 :
"Corbyn demande des excuses de Johnson à la reine et au peuple" https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN1WA0Q4/corbyn-demande-des-excuses-de-johnson-a-la-reine-et-au-peuple.html

Arrêtez de perdre du temps avec tout ce cinéma vous voyez bien que rien n'est sérieux dans tout cela, laissez donc ce travail ordurier aux orduriers que sont les médias de masse, il y a tellement d'informations importantes en ce moment que vous pouvez laissez les buzz sous perfusion de côté...
a écrit le 25/09/2019 à 1:15 :
je comprends rien, même aux européennes le parti du Brexit a gagné les élections, cela ne suffit-il pas ?? OUI les anglais veulent sortir de l'EUROPE, eh bien le plus tôt sera le mieux pour nous tous : nous pourrons voir si c'est bien ou mal pour tout le monde !!
Réponse de le 25/09/2019 à 8:26 :
Mais les européistes qui redoutent tellement l' effet démonstratif puis domino ne l' entendent pas de cette oreille, il faut animer le Project Fear à destination des autres européens désireux de les imiter après que les anglais aient démontré le succès du Brexit.
Ce scénario du Projet Peur a donc été planifié et activé dans les médias
subventionnés et la télé des copains un an avant le
vote par le référendum et qui, nonobstant, a vu le Leave l' emporter..!
Réponse de le 25/09/2019 à 15:07 :
Les européens ne sont pour rien dans la situation britannique actuel.
Un accord a été proposé, UK n'en veut pas.
Soit il sort sans accord. Soit il en présente un alternatif.
Après leurs pbms internes, cela les regarde.
Réponse de le 25/09/2019 à 17:07 :
Non, ça ne suffit pas, factuellement, les brexiteurs ont perdu cette élection.

Résultat des européennes en GB (63% d'abstention...).
En voix exprimées:
Parti du brexit : 31%
Lib dem: 20%
Travaillistes: 14%
Parti vert: 12%
Parti conservateur: 9%
Parti écossais: 3%
Autres: 11%

En ajoutant la totalité de voix des conservateurs à celles des brexiters (ce qui se discute): 40%....
Tous les autres : 49% à 60%

Considérant que la moitié des brexiteurs refusent un brexit sans accord, on termine à 20% de brexiteurs absolus, 20% de brexiteurs "si" et 50% minimum d'opposants au brexit parmi les députés euroépéens élus en GB.

Comme aucun accord n'a pu être trouvé entre les anglais et l'UE, il ne reste donc, au moment où j'écris, que 20% des députés européens pour et 80% contre.

Le calcul n'a pas de pertinence vu que tout va se passer maintenant à Westminster et pas à Strasbourg, mais il montre que le brexit n'est pas si majoritaire que celà.
Réponse de le 26/09/2019 à 13:31 :
Le brexit parti est arrivé en tête mais son total de voix (31%) est très inférieur au total des voix des 3 partis explicitement anti brexit que sont les LibDem, les Verts et le SNP, conservateurs et travaillistes étant, eux, plus ambigus sur la question (36%). Ces européennes montreraient plutôt que la balance penche en faveur des anti-brexit.
a écrit le 25/09/2019 à 0:18 :
Le Brexit, une pantalonnade, un mauvais film dont le commun des mortels se contrefout, comme il se contrefout de la politique, de Trump, de la Chine, de l'IA, des Lrem, des gilets jaunes...mais pas des hémorroïdes de Céline Dion.Ah bon! Elle en a? Trop de choses ne "font plus sens" et c'est ce manque de sens qui nous conduit tout droit vers LA catastrophe. Laquelle, je sais pas, mais il y aura une grosse catastrophe qui devrait en principe éradiquer l'humanité....Enfin... l'humanité !!!!
a écrit le 24/09/2019 à 21:09 :
Boris a donc menti à la Reine: jadis il aurait été pendu sur la place publique...le progrès n'a pas que du bon
Ceci dit le match n'est pas fini: si il démissionne, il semble pouvoir obtenir à nouveau une majorité et du coup arriver à son Brexit, quitte à s'acoquiner temporairement avec Farage.
Par contre sa tactique d'UE bashing a fait long feu: c'est flagrant (sauf pour Trump) il n'y a personne de légitime en UK pour négocier avec l'UE.
Quel spectacle ahurissant que ce Brexit saison 3: les rosbeefs se filent des baffes entre eux tous les jours. Et moi qui croyait que c'était une spécialité gauloise.
a écrit le 24/09/2019 à 20:38 :
A force de vouloir faire peur aux autres en veine de désirer imiter les anglais, les européistes sont pris à leur propre piège..
« Au Royaume-Uni, les opposants au Brexit sont en train de faire la même erreur que pendant la campagne du référendum, il y a trois ans. A force de hurler au loup, et d’annoncer une catastrophe économique en cas de sortie de l’Union européenne (UE) sans accord, ils exagèrent tellement leurs arguments qu’ils ne convainquent plus qu’eux-mêmes.»
Upr.fr commentant le "formidable" rétropédalage du Monde du jour..
Réponse de le 25/09/2019 à 9:28 :
tu oublis de dire que les anglais n'ont jamais voulu vraiment de l'Europe uni, juste d'un grand supermarché où ils pouvaient écouler leur produits merdiques (crise de la vache folle, city en folie avec les prêts hypothécaires et les subprimes) et surtout que les partisants de brexit ont menti menti menti et re-menti sur tout pour pousser les électeurs vers le brexit. Toi même je lis ta prose tronquée anti-Europe .... tu ne vaux pas mieux que ce fada dangereux de premier ministre anglais....
a écrit le 24/09/2019 à 20:00 :
Ainsi donc BoJo le clown a imposé à la Reine de signer une suspension illégale du Parlement... Il semble que ce fait, d'une extrême gravité, soit sans équivalent historique. BoJo fait sombrer le Royaume et ses instituions dans le ridicule.
Réponse de le 25/09/2019 à 1:18 :
la Cour Suprême qui ne sont que des ponctionnaires rentiers trop gavés sont aussi dans l'illégalité mais peut importe, quand c'est un ponctionnaire il a tous les droits
a écrit le 24/09/2019 à 19:33 :
Défaite historique ? Ha bon ? Ils sont tous aux ordres de l'UE c'est assez simple, j'imagine le contraire alors là ce serait parfaitement légal ! Tiens bon BOJO si tu peux encore va au bout pour te débarrasser de ces lâches qui n'ont aucunes intentions de quitter l'UE ! les 52% ont le droit de juste se la fermer !
Réponse de le 24/09/2019 à 19:49 :
52¨% de 72% (participation au référendum) soit un gros 37% du corps électoral. Pas forcément suffisant pour légitimer une décision aussi lourde de la sortie de l'UE sans s'assurer d'une façon ou d'une autre que cette option constitue encore, 3 ans après, une option majoritaire.
a écrit le 24/09/2019 à 19:13 :
Le Parlement a été incapable de trouver une solution en trois ans... C'est sur qu'il a besoin de quelques mois supplémentaires pour bien montrer son impuissance... Espérons que l'Union Européenne mettra un terme à cette mauvaise comédie et n'accordera pas encore un délai supplémentaire
Réponse de le 24/09/2019 à 19:54 :
Il n'est pas sûr qu'un nouveau Parlement soit plus en mesure de décider quoi que ce soit. On attendait un raz-de-marée Tory aux dernières législatives anticipées que T. May avait convoquées (sous les acclamations des medias qui ciaient au génie politique), on a vu le résultat où il a fallu aller chercher les agités du bocal du DUP pour constituer une courte majorité. De toutes façons il n'y a guère le choix, le Royaume-Uni étant une démocratie parlementaire, c'est le Parlement qui devra prendre une décision et il aura le dernier mot.
a écrit le 24/09/2019 à 18:09 :
Une preuve de plus que la grande Bretagne est un pays archaïque dans ses institutions : pas de constitution écrite, pas de Conseil d’État, pas suffisamment de sièges assis à Westminster pour tous les députes, pas de premier ministre de religion autre que Anglican, une reine sénile qui est maintenant hors de son rôle ... Enfin, heureusement que la Cour Suprême réagit, un peu tardivement, face à un menteur patenté qui a pris le pouvoir en fermant tout simplement le parlement ...
Et ces gens là osent répéter que la CE n'est pas démocratique !
Réponse de le 24/09/2019 à 18:39 :
"pas suffisamment de sièges assis à Westminster pour tous les députes"

Pourtant ça bosse dur

Souvenir :
Près de 300.000 "tentatives de connexion à des sites internet répertoriés comme pornographiques" ont été enregistrées entre mai 2012 et juillet 2013 depuis des ordinateurs du parlement britannique, indiquent mercredi des chiffres officiels. Ces chiffres ont été communiqués par le parlement, en réponse à une demande formulée par le site britannique du Huffington Post et relayé par son homologue français.
Selon ces données officielles, le plus grand nombre de connexions a eu lieu en novembre 2012 avec 114.844 tentatives d'accès à ces sites pornographiques et avril 2013 avec 55.552. Ces tentatives de connexions chutent drastiquement à 15 en février 2013 ou 397 en juin 2013. Interrogée par le Huffington Post, la porte-parole du parlement n'a pas fourni d'explication à ces variations dans le nombre de connexions.
Réponse de le 24/09/2019 à 19:13 :
Réponse à lachose :
haha, bon rappel......depuis on a vu Jacob Rees Mogg s'allonger carrément sur une banquette devant les caméras de TV en plein débat parlementaire et fermer les yeux pour montrer son dédain envers le débat en cours....
C'était pas Raymond Barre qui s'assoupissait à l'heure de la sieste, non c’était une marque volontaire de mépris !
Réponse de le 24/09/2019 à 20:01 :
Franchement, la Reine n'est pas ce qu'il y a de plus déglingué au Royaume-Uni.
a écrit le 24/09/2019 à 17:44 :
Ce n'est que la douzième baffe consécutive pour bojo. Elle est de taille (un aller-retour), mais ça ne change rien à pas grand chose.

On n'a pas avancé d'un pas.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :