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ÉconomieUnion européenne

Entrée en scène européenne d'un Président sans étiquette partisane

Photo de Florence Autret

Florence Autret, à Bruxelles

Publié le 22 juin 2017 à 17:28 - Mis à jour le 22 juin 2017 à 19:47

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La défense, le Brexit et le commerce sont au menu du premier rendez-vous du chef de l'Etat français avec ses homologues européens. Une réunion de transition qui ne permettra pas (encore) de tenir la promesse d'une « Europe qui protège ».

Après une séquence politique parisienne pour le moins éprouvante, le chef de l'Etat est arrivé  cet après-midi  à Bruxelles pour le traditionnel sommet européen d'été sur ces mots : « nous entrons dans le concret ». Le leader de La France en Marche ! n'avait participé préalablement à aucun des sommets des partis qui se tiennent traditionnellement dans les heures précédant la rencontre officielle. On l'attendait chez les libéraux, aux côtés du Premier ministre néerlandais Mark Rutte et du Belge Guy Verhofstadt. Il a décliné.

Emmanuel Macron arrive donc dans le jeu européen en tentant de tenir une place à part, à l'écart des partis. Il se présentera avant tout en chef de l'Etat d'un pays dont l'influence a notoirement décliné depuis les mandats du président Chirac. Pro-européen dans le verbe, libéral dans son pays quand il s'agit des réformes économiques, mais demandeur d'une Europe plus active en matière de défense qu'il s'agisse de géopolitique ou de concurrence commerciale, le président français va pouvoir tester ses idées, marquer quelques points... et mesurer le travail de conviction à accomplir, que ce soit pour amener ses homologues sur son terrain ou pour expliquer aux Français qu'ils devront patienter avant de se voir offrir cette « Europe qui protège » que l'Elysée leur promet depuis l'échec du référendum de 2005.

Brexit : le plus dur reste à venir

Le Brexit, voilà un sujet sur lequel, pour le moins, les chefs d'Etat et de gouvernement, Emmanuel Macron compris, pourront afficher un certain satisfecit. Le négociateur en chef de la Commission européenne, Michel Barnier, qui entame déjà son deuxième tour des capitales européennes, a fait jusqu'à présent un sans faute.

Seul point concret à l'ordre du jour de la réunion sur ce sujet : les règles de relocalisation des deux agences de régulation du marché des médicaments et des banques. Les chefs se contenteront d'approuver la procédure de sélection d'un nouveau siège. Les pays ont encore un mois pour soumettre leur candidature. Une certitude : il y aura beaucoup de candidats et le choix, que les Vingt-Sept assurent vouloir formuler à l'automne, sera un exercice diplomatique de haut vol. Il avait fallu six sommets de chef d'Etat pour trancher la localisation de Frontex, l'agence de protection des frontières qui avait finalement atterri à Varsovie.

C'est également à l'automne que les chefs d'Etat devront décider si, oui ou non, les négociations sont assez avancées pour passer à la phase 2 : la préparation d'un accord de libre-échange.

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Mais le Brexit reste un sujet pour le moins glissant, personne ne pouvant prévoir les conséquences possibles des errements du gouvernement britannique. Au point que plusieurs dirigeants, à commencer par le président du Conseil Donald Tusk, ont donné dans la plaisanterie.

 « Certains de mes amis britanniques m'ont demandé s'il était possible d'inverser le Brexit... L'Union européenne est construite sur des rêves impossibles à réaliser... alors qui sait ? Vous pouvez dire que je suis un rêveur mais je ne suis pas le seul », a-t-il déclaré à son arrivée au Conseil.

Défense : avancer vers un vrai « noyau dur »

C'est en matière de sécurité que la tension vers une « Europe à plusieurs vitesses » devrait se faire sentir le plus fort. Le projet de conclusions de la réunion appelle à la création de « coopération structurée permanente », une possibilité inscrite dans le traité de Lisbonne de 2007 mais qui n'a pas trouvé à se concrétiser depuis. Les Vingt-Huit se sont donnés trois mois pour préciser les critères de participation, indique le communiqué publié jeudi soir. Une telle coopération suppose un engagement formel des pays, en termes d'investissement, de mise à disposition de capacité et cela, dans la durée.

Commerce international : changement de ton mais pas de révolution

Le président Macron qui a évoqué l'idée d'un « Buy European Act » pendant sa campagne, est attendu au tournant. Le sujet sera débattu vendredi. Ses homologues, en partie parce qu'ils subissent les mêmes pressions de leurs opinions et de leurs entreprises inquiètes de la concurrence des pays à bas coût, sont prêts à en parler. Emmanuel Macron ne repartira pas les mains vides. Dans sa lettre d'invitation, le président du Conseil Donald Tusk empruntait une rhétorique inhabituelle pour l'Union parlant de « mondialisation incontrôlée ».

Sur les investissements, de manière très claire le texte des conclusions porte aujourd'hui ce que nous souhaitons. Je souhaite que nous puissions, en matière de commerce, là aussi avoir une Europe qui est tout à fait ouverte au libre-échange et à ce que sont nos valeurs, mais qui protège lorsque d'autres ne respectent pas certaines règles. Et donc mention est faite à la fois du contrôle de certains investissements directs étrangers dans des domaines sensibles. Nous demandons à la Commission d'y travailler", a déclaré avec satisfaction le président Macron à son arrivée à Bruxelles.

Mais le projet de conclusions repousse à la fin de l'année toute proposition concrète sur de nouvelles règles de protection des entreprises européennes et des investissements basées sur le principe de la réciprocité.

Le travail restera donc largement à venir. La solidité du tandem franco-allemand qui a tenté de faire bouger les choses cette année, avec le soutien de l'Italie, dépendra à l'avenir de l'équilibre des pouvoirs à Berlin où les libéraux du FDP, possibles futurs alliés de coalition de la CDU après septembre, pourraient se montrer réservés.

La réforme de la zone euro, en arrière plan

Enfin, Paris et Berlin n'ont cessé ces dernières semaines d'envoyer des signaux convergents sur la réforme de la zone euro, la chancelière allemande allant jusqu'à affirmer clairement qu'elle rejoignait les positions de son homologue français sur la création d'un poste de ministre des finances et d'un budget de la zone euro. Mais la concrétisation de ces plans appellera des arbitrages douloureux sur les contreparties en termes de surveillance budgétaire, l'utilisation des fonds. Rien ne sera décidé cette semaine.

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A plus court terme, il faudra gérer la succession de l'actuel président de l'Eurogroupe, l'ancien ministre des Finances néerlandais Jeroen Dijsselbloem, dont le départ pourrait intervenir dès cet été.  Un poste pour lequel le Français Pierre Moscovici, actuel commissaire européen en charge de l'euro, est officieusement candidat. Mais celui qui a été le ministre de l'économie de François Hollande est peu populaire à Berlin et, plus généralement, auprès des gouvernements libéraux ou conservateurs, à Madrid ou La Haye. Sa nomination aurait, certainement, un « coût » politique pour le président Macron. Il y a peu de chance que la question soit tranchée cette semaine.

(Article publié à 19h30, mis à jour à 21h20)

Florence Autret, à Bruxelles

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