Macron, Jupiter ou Mercure  ?

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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. (Crédits : Reuters)
La composition sociologique de la nouvelle assemblée nationale où LREM domine montre un changement de génération mais aussi un profond renouvellement avec de nombreux profils venant de l'entreprise, notamment de la nouvelle économie. C'est à l'image du nouveau président et en partie du gouvernement. Reste à savoir si un tel changement se retrouvera dans la politique concrète qui sera menée.

Quelques chiffres donnent la mesure de la réalité, au moins apparente, du renouvellement de la vie politique qu'illustre le dernier acte de la longue séquence qui nous a occupés depuis un an. Dans l'Assemblée nationale nouvelle élue et qui va siéger cet été, les trois quarts des entrants sont de nouveaux députés (400 sur 577). Cette assemblée compte 224 femmes, un record qui prouve que le combat pour la mixité vaut la peine d'être mené. Sa moyenne d'âge baisse de 5 ans, à 48 ans. Et 46 députés, soit le double de la précédente législature, ont pour caractéristique d'avoir une expérience de dirigeant d'entreprise. Il y a donc bien eu, dans ce printemps électoral, une modernisation, un rajeunissement et un approfondissement de la représentativité du parlement français, avec l'arrivée de candidats certes novices (quoique, beaucoup aussi ont une expérience politique, le plus souvent au PS ou au Modem), mais issus du terrain et de la société civile.

Nouvel "alliage"

Que peut produire ce nouvel « alliage », pour paraphraser le processus théorisé par Emmanuel Macron pour décrire la nécessaire transition entre le neuf et l'ancien qui caractérise les périodes « révolutionnaires » ? Beaucoup de sceptiques diront : « rien du tout », tout cela n'est que de la communication, hyper maîtrisée, de la part du nouveau centre radical intitulé La République en marche doté d'une majorité très confortable : 308 sièges, ce qui lui permettra de diriger le pays sans avoir à nouer d'alliances, même si l'on sait que le Modem (42 sièges) et une partie de la droite (celle qui soutient Macron) votera les réformes à venir... Enfin sauf accident politique ou divisions au sein de la nouvelle majorité, appelé à soutenir un programme aux flous savamment entretenus.

Dans les faits, pourtant, cela change beaucoup de choses. Avec l'arrivée d'une nouvelle génération politique au pouvoir, à la fois au sein de l'exécutif et au parlement, la France entre dans une nouvelle époque. Elle sera moins ENA et plus Essec ou HEC, plus orientée business et on peut l'espérer plus proche des préoccupations concrètes des gens. Certes, les nouveaux députés ne sont pas rompus au travail parlementaire mais cela s'apprend vite et le principal danger, pour les nouveaux venus du monde de l'entreprise, est plutôt qu'ils ne finissent par s'ennuyer ou se lasser de la lenteur du calendrier législatif.

Distances avec la pollution de la vie médiatique

Cela change tout car le nouveau président de la République est arrivé au pouvoir avec une réelle volonté de transformation et de transgression et que cette volonté devra à un moment ou un autre se traduire dans la loi, ou les lois. Emmanuel Macron a ainsi lui-même présenté sa présidence sous les auspices de Jupiter, le dieu des dieux du Panthéon romain, pour redonner du lustre à la statue élimée du Commandeur de l'Elysée. Et de fait, on voit bien déjà les changements dans la façon dont le chef de l'Etat a pris ses distances avec la pollution de la vie médiatique, imposant une vraie différence avec ses prédécesseurs. Mais pour porter ses réformes, dont le taux élevé d'abstention aux législatives a montré qu'elles ne font pas l'objet d'un large plébiscite populaire, le président aura besoin de relais dans l'opinion. Ce sera le défi de ses ministres et des parlementaires que de défendre les textes à venir, à commencer par les ordonnances sur le marché du travail et la réforme de l'assurance-chômage.

La partie s'annonce ardue alors qu'entrent aussi à l'Assemblée des ténors qui ne manqueront pas de s'opposer à la toute-puissance de la République en marche. Avec Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin à gauche de la gauche et un groupe parlementaire France Insoumise, plus Marine Le Pen et ses 8 élus FN à l'extrême-droite, les séances télévisées des débats à l'Assemblée nationale vont de nouveau faire de l'audience... Et c'est d'ailleurs très sain pour le débat démocratique. Crédité d'une majorité écrasante, La République en marche ne dispose que d'une avance confortable pour permettre au gouvernement de conduire le pays, mais sans étouffer les oppositions.

Mercure, dieu du commerce et messager des dieux

Jupitérien à l'Elysée, il faudra donc qu'Emmanuel Macron soit aussi mercurien au parlement et dans sa communication avec l'opinion. Mercure, dieu du commerce et messager des dieux, avec ses sandales ailées, voilà un rôle qui siéra tout aussi bien au président lorsqu'il lui faudra descendre dans l'arène et convaincre. Car Emmanuel Macron est aussi un messager, ou plutôt un passeur entre deux mondes, celui ancien qui tarde à mourir et celui nouveau qui tarde à émerger. Il ne fait pas de doute que la France est à l'aube d'une transition majeure : c'est vrai de son économie qui mute vers les industries du futur, le numérique - Emmanuel Macron veut encourager cette « startup nation »-, avec de nombreuses interrogations à la clef sur l'évolution du travail, mais aussi de sa société qui refuse avec violence les pouvoirs trop verticaux et réclame un nouveau mode de gouvernance, plus collaboratif et participatif.

Il faut désormais rendre des comptes

Pour achever sa révolution, Emmanuel Macron va devoir rénover, comme il l'a promis, les institutions et la démocratie, en donnant des pouvoirs à l'opposition, par exemple le contrôle et l'évaluation du budget et des lois, en rénovant le travail parlementaire pour qu'il devienne plus agile et apprenne que désormais, il faut rendre des comptes. Y compris sur son passé, comme l'ont appris à leurs dépens deux ministres du premier gouvernement : Richard Ferrand sur ses affaires immobilières et Sylvie Goulard sur les affaires du Modem n'ont pas pu se maintenir dans un gouvernement qui promet de « moraliser la vie politique » (ou plus exactement de « restaurer la confiance dans la vie publique »). Emmanuel Macron-Jupiter vient ainsi de vivre sa première mini-crise politique. Compte tenu de l'ampleur du renouvellement souhaité par les Français qui l'on exprimé par un « dégagisme » généralisé, ce n'est sans doute pas la dernière du quinquennat...

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Commentaires
a écrit le 30/06/2017 à 13:24 :
Pluton et bientôt Poussières d'astéroïdes.
a écrit le 22/06/2017 à 12:22 :
Jupiter ou Mercure ? non ! plutôt « Iznogoud ». Ce Vizir du calife Haroun El Poussah qui rêvait de devenir calife à la place du calife !
a écrit le 21/06/2017 à 14:07 :
une révolution? une nouvelle époque???? J'ai quand même l'impression qui faut avoir été marqué au fer rouge par le hollandisme pour assortir le macronisme de tels qualificatifs... Une révolution où l'on ne coupe pas de tête, ce n'est pas une révolution... Bon, je n'en souhaite pas, mais il n'est pas souhaitable d'invoquer ces concepts hors de propos. On ne se méfie jamais assez de la force des invocations verbales.
a écrit le 21/06/2017 à 10:31 :
Chat echaude craint l'eau froide. Apres les presidences Sarkozy et Hollande, on voit bien dans l'abstention que les francais veulent juger sur piece et se mefient des programmes qui ne sont soit pas appliques ou bien des projets caches. Beaucoup des media disent que Macron a fait un sans faute, c'est moins vrai pour le gouvernement qui un mois apres sa nomination voit 3 ministres ( 2 de postes regaliens) obliges de demissionner et un autre mis a l'ecart en attente (ferrand). Si on y ajoute les risques qui pesent sur la ministre du travail (suite au voyage de Macron a Las Vegas), ca peut faire 4 ministres qui n'auront dures qu'un mois a cause des affaires, alors qu'on nous annoncait une moralisation de la vie politique! Ca complique aussi les choses par rapport aux equilibres et a l'experience. Laissons le temps au temps mais c'est pas gagne
a écrit le 21/06/2017 à 9:45 :
"Avec Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin à gauche de la gauche"

A gauche de quelle gauche svp ? Le front de gauche est le PS d'avant 1983 tout simplement.

"Mercure, dieu du commerce et messager des dieux"

Est-ce que la chaleur ne vous tape pas trop sur la tête en ce moment ? Comme l'élection de macron est peu crédible d'un point de vue du nombre de votes vous essayez d'en faire un dieu maintenant ?

On est sur un site économique là sans rire ?

Vous ne vous souvenez vraiment déjà plus du tout de Sarkozy dont vous faisiez un dieu également ? Alors qu'au final c'est celui qui a le plus pillé le pays...
a écrit le 21/06/2017 à 8:17 :
Plutôt Icare......!
a écrit le 20/06/2017 à 23:51 :
Cet article évoque une "révolution" en train de s'accomplir, comme si Macron allait mettre en oeuvre le programme de Fillon, dont il s'inspire pour l'essentiel. Je crains fort que la réalité soit tout autre et qu'une part importante des électeurs soit vite déçue. Tout le programme du nouveau président est resté jusqu'à présent bien caché : que savons-nous du sort réservé aux 35 h ? on est dans le flou. Sur les retraites, il renonce à repousser l'âge de départ : comment finance-t-il le déficit? en augmentant massivement la CSG. Sur la réduction de la dépense publique, il prend des engagements a minima : il faudra 20 ans à son rythme pour descendre à un niveau de dépense publique comparable à celui de nos voisins. Concernant le pouvoir de nuisance insupportable de certains syndicats, il commence par programmer 48 réunions avec les "partenaires sociaux" avant de s'engager (hardiment ?...) sur la voie des réformes tant attendues par notre pays !
Je crains fort, mais j'espère me tromper, que tout cela aboutira à des demi-mesures qui ne réformeront pas le pays en profondeur
a écrit le 20/06/2017 à 22:29 :
Étonnant édito. Croire, ne serait-ce qu’une seule seconde que des personnes issues de HEC et autres écoles de commerces vont être autre chose que des élus pro-business, et ainsi plus proches de la vie des gens est, au mieux, imbécile.

Ces individus n’ont comme seul valeur que l’argent, et comme seul but dans la vie de s’enrichir un maximum au détriment des autres. Bref, des pro-business. Mais les milieux d’affaires ne sont pas partageurs. Ils construisent leur « réussite » en exploitant les autres. Les États-Unis en sont le meilleur exemple. Pays le plus riche du monde, et pourtant, pays digne du tiers monde pour les conditions de vie d’un bon tiers de sa population.

Bref, rien de bon pour le pays à attendre de cette assemblée là. Le MEDEF et affidés est aux commandes. La guerre sociale continue de plus belle.
Réponse de le 21/06/2017 à 9:30 :
commentaire de bas étage. C'est en créant de la richesse que les non-HEC comme vous peuvent aussi en profiter alors qu'il n'ont rien initié. Les Etats-Unis en sont aussi l'exemple, où chacun peut avoir une part du gateau. Vous voulez que les riches vous donne tout? mais pourquoi? vous le feriez vou peut etre?
Votre commentaire est bien digne d'un nostalgique communiste.
Allez vivre ailleurs cela vous ouvrira les yeux sur la VRAIE vie

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