La région autrichienne de Carinthie proche de la faillite

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Le siège de Hypo Alpe Adria, une banque qui pourrait placer un Land autrichien en faillite.
Le siège de Hypo Alpe Adria, une banque qui pourrait placer un Land autrichien en faillite. (Crédits : Reuters)
Les créanciers de l'ex-Hypo Alpe Adria refuseront sans doute le plan de restructuration de la dette proposé par Vienne. Le Land de Carinthie, garant pour une grande partie de cette dette, pourrait alors se diriger vers une faillite...

Le fait est assez rare. Une collectivité territoriale de la zone euro pourrait bientôt faire faillite. Et cette région est celle d'un pays souvent considéré comme un des plus « sûr » d'Europe : l'Autriche. Ce vendredi 11 mars à 17 heures expirait en effet l'offre de Heta, la structure de défaisance de la banque autrichienne Hypo Alpe Adria (HAA), pour la restructuration de la dette. Et les créanciers pourraient rejeter cette offre, conduisant à une faillite d'un des Länder autrichien, la Carinthie.

Les risques pris par la banque

HAA est, en effet, une ancienne banque de ce Land alpin du sud de l'Autriche. Au tournant du 21ème siècle, ce groupe a connu une rapide croissance, portée par les garanties publiques de la région. A l'époque, Hypo Alpe Adria était la fierté du Landeshauptmann (président de région) Jörg Haider, leader de l'extrême-droite autrichienne à l'ambition nationale démesurée. HAA a acheté massivement des banques dans les Balkans avant d'être vendue à la banque régionale bavaroise BayernLB en 2007. Mais la crise financière a placé la banque au bord de la faillite, au point qu'en décembre 2009, l'Etat fédéral autrichien doit racheter Hypo Alpe Adria.

La mauvaise gestion de Hypo Alpe Adria

La gestion de ce rachat a été assez mauvaise. Vienne n'a pas organisé, comme l'Allemagne pour une autre banque Hypo Real Estate, une « bad bank » pour isoler les risques, pas plus qu'une restructuration de la dette n'a eu lieu. Résultat, la facture a augmenté pour le contribuable autrichien. Ce n'est qu'en mai 2014 que HAA est divisé en deux entités, séparant les activités « saines » qui pourront être revendues et la « Bad Bank » appelée Heta Asset resolution. Vienne oblige alors les créanciers "secondaires" à participer à la baisse de la dette.

Le moratoire sur la dette de Heta

Pourtant, le 1er mars 2015, l'Etat fédéral annonce que le coût estimé de la résolution des dettes placées dans Heta est plus élevé que prévu. La hausse du franc suisse augmente la facture de 7,6 milliards d'euros, soit 2,3 % du PIB autrichien. Le ministre fédéral des Finances, Hans Jörg Schelling, décide de stopper l'hémorragie. Il annonce que l'Etat fédéral ne veut plus payer. L'autorité autrichienne des marchés financiers, la FMA, prend alors le contrôle de Heta et décide d'un moratoire sur sa dette jusqu'au 31 mai 2016. Aussitôt, des discussions pour parvenir à une restructuration de cette dette sont engagées.

Le problème des garanties de la Carinthie

La difficulté de l'opération concerne la dette garantie par la Carinthie qui s'élève à 10,2 milliards d'euros. Si Heta ne les rembourse pas, c'est bien le Land lui-même qui devra honorer ces créances. Or, la Carinthie, Land de 560.000 habitants, dispose d'un budget de 2 milliards d'euros pour un PIB de 17 milliards d'euros. Il ne pourra donc pas faire face à ses obligations et sera déclaré en faillite. C'est ce scénario que l'Etat fédéral a cherché à éviter en proposant de réduire de 75 % le montant des créances de Heta. Vienne a même proposé, dans une dernière offre, aux créanciers d'investir ces 75 % dans des titres de dettes fédéraux pour retrouver, après 18 ans, leur capital.

Le refus des créanciers

Mais les créanciers ne veulent rien céder. Ils entendent être payés intégralement en temps et en heure et préfère donc aller devant les tribunaux que d'accepter ces conditions. Il est vrai que les négociations se sont mal passées. La Carinthie a refusé de négocier avec les détenteurs de créances et l'Etat fédéral s'est montré ferme sur sa volonté d'imposer un « haircut », une coupe dans le capital de la dette de Heta. Le groupe d'assurance helvétique Uniqa a ainsi affirmé que « ne pas avoir investi dans un haircut. » mais Hans Jörg Schelling a été ferme : il n'y aura pas d'amélioration. L'offre qui expire ce vendredi va donc échouer.

Vers une restructuration sévère

Que va-t-il se passer ? Rien dans un premier temps. La FMA va imposer unilatéralement à partir de juin 2016 une restructuration qui pourrait inclure un allongement de la maturité et un « haircut » de 50 à 55 % selon le quotidien viennois Die Presse. L'idée serait notamment de proroger les premiers remboursements pour retarder la possibilité pour les créanciers de se tourner vers la Carinthie. Mais les créanciers ne tarderont pas à se lancer dans un combat judiciaire pour éviter d'avoir à se déclarer en faillite. Vienne table d'ailleurs aussi sur la possibilité de lever devant les tribunaux la garantie du Land.

La Carinthie en faillite ?

Si néanmoins, la Carinthie est déclarée en défaut, il faudra sans doute nommer un commissaire pour trouver les moyens de rembourser ce qui peut l'être. Le Land sera sans doute contraint à vendre ses participations dans les sociétés et ses biens immobiliers. Les fonds issus de la redistribution fédérale des impôts pourraient aussi être saisis. Des excédents budgétaires pourraient être exigés. En théorie, cependant, les domaines de la santé et de l'éducation devraient être protégés, mais les dépenses courantes pourront être réduites.

Conséquences pour les autres Länder autrichiens

Un tel scénario n'aurait sans doute aucune conséquence sur la notation de l'Etat fédéral autrichien qui, même s'il a refusé de payer en mars 2015 les dettes de Heta et s'il a très mal géré la faillite du groupe, n'est pas, aux yeux des agences, directement concerné. En revanche, les agences auraient la confirmation qu'il n'existe pas de solidarité financière entre les Länder et Vienne. La qualité de la dette des régions autrichiennes devrait donc se dégrader nettement. Et, partant, celle des banques de ces Länder, les « Hypobanken ». Reste à savoir si ces dernières seront capables d'absorber le renchérissement du coût de leur dette.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2016 à 9:27 :
Il est même surprenant que les agences de notation n'aient pas considérées comme un défaut de paiement de l'État autrichien le moratoire sur le remboursement de la dette le 1er mars 2015.
a écrit le 13/03/2016 à 11:56 :
Le "Mécanisme de résolution unique" des crises bancaires va surement beaucoup aider l'Autriche et sa Région à se sortir de cette faillite en faisant payer les créanciers, détenteurs de dettes et actionnaires... L'arroseur arrosé, en quelque sorte, grâce à toute la finesse d'Angela et de Wolfgang réunis. Bon, notre Barnier les a bien aidés...
a écrit le 12/03/2016 à 12:59 :
Donner une responsabilité actuelle à Haider qui est mort en 2008 est peu pertinent. Comme donner une présentation anti-nationaliste et anti-autrichienne non plus pour les teants de "valeurs" et de paix.Le groupe bancaire en question a été repris par force par le gouvernement autrichien dans des conditions très contestables alors qu'il avait été vendu à une banque régionale allemande et que la législation bancaire européïste ne cessait d'évoluer à vue dans les dérives que l'on sait. On ne peut pas dire "achetez des banque et investissez" puis organiser dans la foulée une série de stress-tests qui ruinent toute évolution dans des régions pourtant en plein développement. Demander aux autrichiens de payer les dérives de Bruxelles et de son "parlement" est quelque chose qui n'est pas acceptable. casser la porte pour entrer en force non plus. Il sera donc nécessaire de négocier pour savoir quelle est la chaîne de responsabilité, définissant qui doit payer quoi. Les autrichiens considérés comme riches ont assez payé, Draghi trouvera bien une solution pour réparer comme il se doit les excès de la folie européïste.

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