Les Italiens votent massivement contre la réforme de Renzi

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(Crédits : Stefano Rellandini)
Les Italiens ont rejeté massivement dimanche la réforme constitutionnelle portée par le chef du gouvernement Matteo Renzi. Ce dernier a démissionné.

Les Italiens rejettent massivement la réforme de Matteo Renzi, selon les estimations à l'issue de la fermeture des bureaux de vote, ce dimanche à 23 heures. Le « non » au projet de réforme constitutionnelle de Matteo Renzi auquel il a lié son destin politique, a recueilli entre 54 et 58% selon les premières estimations à la sortie des urnes.

Désavoué, Matteo Renzi a annoncé sa démission.

"Mon expérience de chef de gouvernement s'arrête là", a-t-il déclaré, ému, après sa défaite au référendum sur la réforme constitutionnelle, précisant qu'il remettrait sa démission lundi à l'issue d'un conseil des ministres.

La journée de lundi s'annonce très tendue sur les marchés. Marchés financiers et dirigeants européens redoutaient en effet qu'une victoire du "non"ne plonge l'Italie dans de nouvelles turbulences et fragilise son système bancaire, précipitant la zone euro dans une nouvelle crise. "Si le 'oui' l'emporte, l'Italie sera le pays le plus fort en Europe", promettait le président du Conseil, s'engageant à opposer immédiatement son veto au projet de budget européen pour contraindre ses partenaires européens à soutenir Rome dans la gestion de la crise des migrants et des réfugiés.

Limiter les pouvoirs législatitfs

Le texte institutionnel qui a été mis aux voix dimanche proposait notamment de limiter les pouvoirs législatifs du Sénat en lui retirant celui de renverser l'exécutif. Matteo Renzi le jugeait indispensable pour mettre fin à une instabilité chronique. Depuis 1948, l'Italie a connu 63 gouvernements. L'opposition redoutait un recul des contre-pouvoirs démocratiques et espérait aussi obtenir des élections législatives anticipées. Cette réforme constitutionnelle prévoyait aussi une limitation des prérogatives des régions et la suppression des provinces, l'équivalent des départements français.

Une large majorité de la classe politique, de la droite classique aux populistes du Mouvement 5 Etoiles (M5S) ou de la Ligue du Nord, en passant par tous les extrêmes et même des "frondeurs" du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, appellait à voter "non" en dénonçant une trop forte concentration des pouvoirs dans les mains du chef du gouvernement. Cette opposition était également unie dans son désir de chasser Matteo Renzi du pouvoir.

Ayant lié son avenir politique à une victoire du "oui", Matteo Renzi, arrivé au pouvoir en février 2014 sans passer par les urnes, n'a pas ménagé ses efforts au cours des dernières semaines, multipliant les interventions à la télévision, à la radio et sur internet pour tenter de convaincre les indécis, tous les sondages donnant le "non" gagnant.

Le ministre de l'Economie, Pier Carlo Padoan, s'était parallèlement efforcé de rassurer les investisseurs en affirmant au quotidien Avvenire qu'un rejet de la réforme constitutionnelle serait sans conséquence pour les finances publiques.

Fragilité du secteur bancaire

Les préoccupations des investisseurs s'expliquaient avant tout par la fragilité du secteur bancaire italien exposé à 360 milliards d'euros de créances douteuses. Le sort de la plus ancienne banque du monde encore en activité, Monte Dei Paschi di Siena, troisième établissement du pays, est également en jeu. La banque a besoin de lever de nouveaux capitaux à hauteur de cinq milliards d'euros pour avoir une chance de nettoyer son bilan, plombé par 46 milliards d'euros de créances douteuses. Avec le "non" Monte dei Paschi pourrait être contrainte de renoncer à l'opération, ce qui l'obligerait à appeler les pouvoirs publics à l'aide pour tenter d'échapper au dépôt de bilan. Une telle issue risquerait de provoquer une contagion désastreuse par effet de dominos dans le secteur.

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a écrit le 05/12/2016 à 9:21 :
Justement tant que l'on aura peur que les marchés financiers aient peur nous resterons en crise.

Il faut faire ce dont ont peur les marchés pour avancer mais c'est sûr qu'ils font de si bons gros chèques...
a écrit le 05/12/2016 à 8:11 :
Je trouve personnellement dommage pour l'Italie que la réforme constitutionnelle ait été rejetée.
Je pense aussi que Renzi a fait deux fautes politiques:
- celle de proposer cette réforme très tard dans son mandat. Sur de tels sujets, il faut annoncer la couleur avant d'arriver au pouvoir, et organiser le référendum aussitôt au pouvoir. Là les gens votent sur le contenu de la réforme et non avec des objectifs bassement politiques.
- celle de mettre en jeu son mandat. Il est clair que beaucoup de gens ont voté "non" plus pour casser Renzi du pouvoir que pour autre chose. Comme cela s'était passé pour De Gaulle en France en son temps...

Les démocraties occidentales sont malades avec des relents d'isolationnisme, de racisme et de populisme de plus en plus perceptibles. L'Europe risque d'en mourrir avec pour conséquences de grandes zones de turbulences. Mais ne faut-il pas en passer par là, avec toutes les effets désastreux inévitables pour beaucoup de gens, pour mieux rebondir par la suite? Je n'ai pas la réponse...
a écrit le 05/12/2016 à 8:04 :
y a pas que les francais et les grecs qui sont contre les reformes......... du momement que c'est ' paye par personne', ca va......
bon, evidemment, quand l'addition va arriver ca sera autre chose...
a écrit le 05/12/2016 à 7:53 :
Il ne s'agissait que d'une réforme facilitant "la main mise" de Bruxelles sur l'Italie!
Réponse de le 05/12/2016 à 10:40 :
Mais pourquoi de si brillants politiques italiens finissent leur carrière à Bruxelles ? Car ils ont compris que ce pays bouge mieux sur la contrainte extérieure, compte tenu de ses institutions défaillantes.
L'italie en dehors de l'Europe ? Fantasme populiste qui se brisera sur les mêmes réalités que Trump ou L'UK.
a écrit le 05/12/2016 à 7:14 :
François HOLLANDE aussi a constaté qu'il ne représente plus rien. Pourtant il ne démissionne toujours pas et trouve apparemment courageux d'imposer à la France 6 mois de paralysie au sommet de l'Etat.
Réponse de le 05/12/2016 à 8:45 :
Cela aurait été une sage décision mais moi bientôt plus président pense à son camp. Des élections avancées à janvier et la gauche aurait connu une défaite historique, sans doute la pire depuis qu'elle existe.
Réponse de le 05/12/2016 à 12:04 :
Non seulement SARKOZY et FILLON n'ont pas démissionné au vu de leurs résultats désastreux, mais eux, ont aussi le culot de se représenter.

Bilan SARKO / FILLON :
déficit publique FRANCE 2011 = 5.2 % du PIB
déficit public ALLEMAGNE 2011 : 0.9 % du PIB !

Coûts salariaux français qui ont dépensé ceux de l'ALLEMAGNE en 2010.
Déficit sécurité sociale française en 2011 : 20 milliards d'euros !!
Réponse de le 05/12/2016 à 14:19 :
Ces affirmations sont du "n'importe quoi" et par dessus le marché sont hors sujet! Bravo à l'auteur!

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