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ÉconomieUnion européenne

Italie : Matteo Renzi peut-il encore remporter le référendum du 4 décembre ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 11 octobre 2016 à 14:20 - Mis à jour le 11 octobre 2016 à 14:36

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Alors que le "non" à son projet de réforme constitutionnelle reste en tête dans les sondages, le président du conseil italien lance une offensive pour séduire les Italiens et resserrer les rangs de son parti. Sans trop de succès, pour le moment.

L'urgence est déclarée. Le référendum sur la réforme constitutionnelle proposée par Matteo Renzi le 4 décembre pourrait bien être perdu par le chef du gouvernement italien. Les sondages semblent continuer à donner la victoire au « non », même si le « oui » regagne un peu de terrain et que les indécis sont très nombreux. L'enquête EMG publiée le 10 octobre accorde ainsi 36,3 % d'intentions de vote pour le « non » et 32,3 % au « oui », tandis que les indécis représentent 31,4 % des personnes qui disent vouloir se déplacer. En excluant les indécis, le « non » obtiendrait donc 52,9 % des voix. Les deux camps disposent cependant de fortes réserves de voix potentielles, parmi les indécis et les abstentionnistes (près de 44 % des personnes interrogées).

Certes, Matteo Renzi n'est plus aussi catégorique sur sa démission en cas de victoire du « non » au référendum du 4 décembre. Mais une défaite référendaire poserait certainement la question puisque, jusqu'à début septembre, le président du conseil a tenté de jouer la carte du « plébiscite » personnel. Il lui faut donc éviter à tout prix cette épreuve qui peut tourner à la déroute en cas de nouvelles élections législatives. Pour cela, il a décidé de faire flèche de tout bois en faveur du « oui ».

Le camp du changement contre le camp du passé

Matteo Renzi multiplie les meetings pour convaincre que sa réforme constitutionnelle est un élément clé de l'avenir du pays. La réforme proposée vise à réduire les pouvoirs du Sénat, qui ne pourra plus renverser le gouvernement, et à réduire le nombre de sénateurs qui seront élus non plus au suffrage direct mais par les conseils régionaux.

Le président du conseil s'efforce de présenter cette modification comme un élément clé de la modernisation des institutions du pays. Dans ses discours depuis quelques jours, il tente de présenter le vote « oui » comme celui de la modernité et du changement et le vote « non », comme celui du passé et du maintien des combinaisons qui ont caractérisé la vie politique italienne jadis. « Nous sommes devant un aiguillage et le choix se situe entre ceux qui veulent changer et ceux qui ont peur », a-t-il ainsi proclamé le 11 septembre dernier à la fête de l'Unità, le journal de son parti, le parti démocrate (PD).

Défenseur de l'Italie contre l'Europe

Parallèlement, le chef du gouvernement italien soigne son image de défenseur des intérêts italiens en Europe et de premier opposant à l'Allemagne d'Angela Merkel. Il a ainsi beaucoup raillé les déboires de Deutsche Bank, rappelant les leçons données au printemps à l'Italie sur son secteur bancaire.

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Lors du sommet de Bratislava, l'ancien maire de Florence avait ouvertement boudé la conférence de presse commune entre Angela Merkel et François Hollande, critiquant ces deux dirigeants pour leur manque d'ambition et de solidarité. Pour finir, Matteo Renzi a proposé un budget de relance pour dynamiser une économie qui n'en finit pas de tourner au ralenti et a prévenu qu'il demanderait à Bruxelles de faire preuve de flexibilité au nom de la solidarité avec l'Italie dans le cadre de la crise des migrants. Ce ton ferme vise à convaincre une population devenue très eurosceptique.

Promesses financières

Dernier élément de cette campagne, Matteo Renzi ne se prive pas de distribuer quelques promesses alléchantes, notamment pour les retraités. Il a ainsi annoncé que 6 milliards d'euros seraient consacrés à des augmentations de pensions de moins de 1.000 euros et au retour pour certains salariés de la retraite à 63 ans au lieu de 67 ans, comme l'avait imposé Mario Monti en 2012. Le gouvernement a aussi relancé quelques grands projets que l'on croyait enterrés comme le fameux pont entre la Sicile et la Calabre au-dessus du détroit de Messine. Un projet très important politiquement pour un Matteo Renzi qui peine à convaincre particulièrement dans les régions méridionales, particulièrement oubliées économiquement.

L'union des « tout sauf Renzi »

Malgré toutes ces actions, le « oui » ne semble pas devoir décoller suffisamment. Il est vrai que Matteo Renzi est particulièrement isolé politiquement. L'union des « non » s'est en effet renforcée par une union anti-Renzi qui regroupe non seulement l'opposition eurosceptique de droite, formée par le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo, de la Ligue du Nord de Matteo Salvini et des partis post-fascistes, mais aussi par l'opposition de gauche au PD.

Le président du conseil, dont le parti n'est donné qu'à 30-33 % des voix dans les sondages, ne peut guère compter que sur le soutien sans conviction des centristes et du centre-droit qui ne représentent pas plus que 15 % des intentions de vote et qui ne soutiennent le « oui » qu'à contrecœur et sans enthousiasme. Sa tâche est donc des plus délicates. D'autant que l'opposition interne au PD relève la tête, menée par les anciens du Parti communiste italien comme Massimo d'Alema, ancien président du conseil de 1998 à 2000 et Pier Luigi Bersani, candidat officiel en 2013 pour le PD, écarté après la défaite relative aux législatives.

Sauver l'unité du parti autour du « oui »

Longtemps, Matteo Renzi, qui avait pris en main le parti avant son arrivée au pouvoir, a pensé qu'il pouvait négliger cette opposition qui est davantage institutionnelle que « de gauche ». Voici encore quelques jours, il brocardait Massimo d'Alema comme l'incarnation même de ce passé que les Italiens doivent rejeter en votant « oui » le 4 décembre. Mais, ce lundi 10 octobre, Matteo Renzi a cherché à colmater les brèches. Dans sa volonté de reconquête, il a tenté d'empêcher l'opposition interne d'appeler ouvertement à appeler à voter « non ». Certes, cette opposition risque de peser assez peu dans l'opinion, mais le chef du gouvernement ne peut se permettre, on l'a vu, de perdre la moindre voix. Aussi a-t-il proposé de revenir sur une autre réforme importante de son mandat : la loi électorale pour la chambre des députés, appelée « l'Italicum ».

Concessions inutiles aux « frondeurs »

Cette loi a été votée par les rebelles du PD, mais ils la contestent beaucoup à présent sur deux points : la majorité absolue accordée au parti qui a obtenu au moins 40 % des voix, le ballotage entre les deux premières listes dans le cas contraire et la désignation centralisée des députés sur les listes. Ce lundi 10 octobre, avant une réunion interne au parti, Matteo Renzi a accepté de réviser cette loi, censée donner à la fois plus de représentativité et plus de stabilité au pays et qui, donc, est un élément clé de la nouvelle architecture institutionnelle italienne.

Mieux, le président du conseil s'est dit prêt à « parler de tout » après le référendum. Peine perdue, cependant. Un des principaux « frondeurs », Roberto Speranza, a souligné que ceci était insuffisant et a appelé à voter « non ». Les rebelles veulent un changement immédiat. En réalité, l'opposition interne est trop heureuse de tenir entre ses mains le destin d'un Matteo Renzi dont elle déteste le style de gouvernement et l'emprise sur le parti. Le vote « non » sera, pour eux, l'occasion de fermer la « parenthèse Renzi ».

Matteo Renzi sans ressorts

L'erreur du président du conseil a donc bien été la tentation de personnaliser le référendum qui a naturellement soudé les partisans du « tout sauf Renzi ». Or, le président du conseil a surestimé et sa popularité et celle de la politique de « réformes ». Ces dernières ne séduisent guère des Italiens lassés par une croissance désespérément atone malgré cinq années de « réformes » et « d'efforts » toujours jugés insuffisants à l'extérieur du pays.

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Les Italiens ne croient guère plus aux promesses de leur Premier ministre, pas davantage qu'à sa posture de défenseur de l'Italie en Europe, alors que, depuis deux ans, il a subi sur le terrain européen beaucoup d'échecs comme le sauvetage temporaire de la banque Monte dei Paschi di Siena ou l'impossibilité d'exclure les investissements des critères de Maastricht, but avoué de sa présidence de 2014. Isolé, Matteo Renzi peine donc logiquement à fédérer autour du « oui ». Les conditions d'un désastre politique pouvant, en cas de législatives anticipées, se répandre à l'ensemble de l'UE semblent désormais réunies.

Romaric Godin

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