Plan de relance : un parcours semé d'embûches pour l'Europe

Les chefs d'Etats des 27 pays de l'Union européenne doivent se réunir ce jeudi 23 avril lors d'une visioconférence pour tenter d'élaborer un plan de relance à l'échelle du continent. Les divisions houleuses au sein du Vieux continent risquent une nouvelle fois de resurgir alors que la récession frappe un grand nombre de pays.
Grégoire Normand

7 mn

La présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen et le président du conseil européen Charles Michel.
La présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen et le président du conseil européen Charles Michel. (Crédits : Reuters)

Montant, financement, dépenses....les tensions et les propositions s'accumulent à quelques heures d'un sommet déterminant. Jeudi 23 avril, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne doivent se réunir par visioconférence pour un conseil européen qui s'annonce périlleux. Lors de discussions préliminaires lundi avec les représentants des Vingt-Sept, la Commission européenne a estimé que la pandémie pourrait pénaliser l'économie européenne à hauteur d'un dixième du revenu national brut (RNB) des Etats membres, c'est-à-dire la richesse cumulée qu'ils produisent chaque année.

Jusqu'à maintenant, les Etats et gouvernements ont surtout planché sur des mesures de soutien aux entreprises et aux salariés pour tenter de traverser cette crise et limiter la casse économique et sociale. Pour les mois à venir, les exécutifs européens vont devoir travailler sur leur stratégie économique afin de relancer une économie à l'agonie. Lors d'un point téléphonique avec des journalistes mardi 21 avril, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a rappelé les principaux enjeux.

"L'avenir de l'Union européenne et celui de la zone euro se jouent dans la réponse à cette crise hors-norme. La réponse doit s'inscrire dans le temps long. Il faut une réflexion sur le modèle économique que nous voulons développer [...] La réponse apportée par l'Union européenne est forte mais reste insuffisante. Il faut répondre au double défi de l'Union européenne, de la course économique et de la course technologique"a-t-il expliqué.

La mutualisation des dettes au centre des divisions

La mutualisation des dettes pourrait être un point d'achoppement majeur dans les débats à venir. Récemment, les gouvernements des principales puissances de l'Union européenne ont fait des propositions pour faire connaître leur position en amont de la réunion. Dimanche, le gouvernement italien de Giuseppe Conte a réitéré son appel à une mutualisation des dettes. Il a de nouveau plaidé en faveur des controversés "coronabonds", des instruments de dette mutualisée entre Etats de l'Union, dans une interview au journal allemand Sueddeutsche Zeitung. Lundi, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez a proposé la création d'un fonds de 1.500 milliards d'euros pour aider les pays les plus affectés économiquement par l'épidémie. Ce fonds serait alimenté par de la dette émise par l'UE et les sommes remises à chaque pays seraient considérées comme des transferts et non comme de la dette, selon le journal El Pais.

Un fonds de 1.000 milliards proposé par la France

En France, le ministre de l'Economie a défendu "un plan de relance simple et massif. Le continent européen avec son modèle social doit être le continent du 21ème siècle. Nous proposons un plan de relance basé sur un point d'équilibre entre les Etats. Il faut prévoir un fonds de relance de 1.000 milliards d'euros et sans doute au delà. Le gouvernement propose une mutualisation des dettes tournées sur l'avenir et non sur le passé. Le fonds de relance doit financer des mesures communes d'investissement". Il estime "qu'aujourd'hui, le débat sur la dette mutualisee a beaucoup progressé . Les réticences sont limitées aux pays du Nord, entre autres pour des raisons de politique intérieure". Sur ce point, les pays du Sud redoutent une nouvelle fois un désaccord des Pays-Bas ou de l'Allemagne.

Plusieurs options de financement sont sur la table. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a plaidé la semaine dernière pour que le budget de l'UE soit le "vaisseau mère de la relance". "Il faudra des investissements massifs pour relancer l'économie et c'est le seul instrument qui bénéficie de la confiance des Etats membres", a-t-elle ajouté. Or, si l'Allemagne et les Pays-Bas sont opposés au "coronabonds", ils ont jusqu'ici refusé d'augmenter leurs contributions nationales au budget à long terme de l'UE. Mario Centeno, le président du conseil européen a évoqué la possibilité de "combiner" les deux solutions : comme le prochain budget de l'UE commence en 2021, le fonds de relance pourrait d'abord être financé par l'emprunt commun préconisé par Paris. Il permettrait de disposer d'une force de frappe dès l'été 2020. Et le budget pluriannuel prendrait la relève en 2021. De nombreux économistes et politiques déplorent régulièrement le manque de moyens budgétaires de l'Union européenne. Le budget de l'UE représente environ 1% de la richesse produite chaque année.

Un sommet sous hautes tensions

Cette réunion à distance des chefs d'Etat pourrait une nouvelle fois alimenter des tensions entre plusieurs groupes d'Etats aux intérêts divergents. Pour le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, "certains Etats vont pouvoir repartir plus rapidement que d'autres au moment de la reprise. L'accroissement des divergences économiques pourrait menacer à terme la zone euro [...] il existe un risque de déclassement européen. Le risque serait d'avoir un appareil technologique et industriel obsolète face à la Chine et les Etats-Unis". Le manque de coordination et les décalages dans le redémarrage des économies pourraient avoir des répercussions ravageuses alors que l'euroscepticisme est désormais bien ancré dans certaines catégories de la population.

Des dépenses à déterminer

Outre les instruments à mettre en oeuvre, les gouvernements devraient également aborder le sujet des dépenses à privilégier lors de ce plan de relance. Là encore, des dissensions pourraient apparaître. Pour la France, le locataire de Bercy a défendu certains types de dépenses. "Il faut des investissements publics dans le secteur sanitaire. Nous voyons qu'il y a un déficit d'équipements (aspirateurs, hôpitaux) dans un certain nombre de pays. Les investissements pour des secteurs en difficulté doivent être prioritaires. ll faut des dépenses communes qui ont un intérêt commun  comme pour le secteur automobile ou l'aéronautique. Enfin, il faut des dépenses d'innovation et de recherche, sinon l'Europe risque de prendre un retard technologique face à la Chine et aux Etats-Unis".

Une récession historique

L'économie européenne affronte actuellement une récession brutale. Dans leurs dernières prévisions, les économistes du FMI anticipent un recul du produit intérieur brut de la zone euro de 7,5% en 2020 contre une hausse de 1,2% en 2019 et 4,7% en 2021 selon le FMI. L'Italie devrait être l'économie la plus sévèrement touchée par la pandémie. L'activité de la péninsule, minée par une productivité atone, une croissance au ralenti depuis des années et des divergences territoriales néfastes, devrait se replier de 9,1% cette année avant de rebondir à 4,8% en 2021. En Espagne, les voyants sont également dans le rouge. L'économie hispanique devrait s'infléchir de 8% avant d'accélérer l'année prochaine à 4,3%. Ces deux pays du Sud de l'Europe ont essuyé un bilan sanitaire et humain désastreux qui devrait avoir des conséquences profondes encore difficiles à mesurer.

En France, l'économie devrait connaître également une terrible chute cette année avec un PIB en recul de 7,2%. Les statisticiens prévoient un rebond de la valeur ajoutée en 2021 de 4,5%. Pour l'instant, les pertes pour l'économie française sont estimées à 120 milliards d'euros pour les deux mois de confinement selon de récents calculs des économistes de l'OFCE. La perspective d'une reprise rapide de l'économie tricolore s'éloigne de jour en jour. Le chef de l'Etat Emmanuel Macron a annoncé la fin du confinement à partir du 11 mai avec encore beaucoup d'options sur la table pour la sortie de crise.

> Lire aussi : Covid-19 : des pertes abyssales pour l'économie française

Pour l'Allemagne, les indicateurs ne sont pas non plus au beau fixe. Le gouvernement allemand, souvent cité en exemple pour sa gestion de la crise, devrait également affronter une récession vertigineuse en 2020. Selon les projections du FMI, le PIB de l'Allemagne devrait s'infléchir de 7% cette année avant d'augmenter à 5,2% en 2021. L'économie outre-Rhin traversait déjà une passe difficile avant la crise. Les moteurs de l'appareil productif tournaient déjà au ralenti avec le coup de frein de la Chine, la guerre commerciale sino-américaine et l'industrie automobile épinglée pour ses tricheries à l'égard des normes environnementales.

Grégoire Normand

7 mn

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Commentaires 32
à écrit le 23/04/2020 à 13:24
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Le modèle social francais est confiné . La France a déjà rejoint les émergents pour toujours . Nous sommes en chute libre et d'autres se frottent les mains de la deconfiture orchestrée par Macron .

à écrit le 23/04/2020 à 5:02
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La fin de l'europe est enterinee.

à écrit le 22/04/2020 à 20:18
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L’unité nationale italienne face au coronavirus ne résiste pas au débat sur les aides européennes L’éventuel recours au Mécanisme européen de stabilité (MES) provoque des tensions entre l’exécutif et l’opposition ainsi qu’au sein même des partis de ...

le 23/04/2020 à 8:49
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Réponse @ UPR : La CE ne se résume pas uniquement à des subventions entre états, mais au bénéfice que nos entreprises et nos exportateurs peuvent en tirer, avec des marchandises et des services, grâce au marché unique...vous l'ignorez complètement. ...

le 23/04/2020 à 19:50
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@Le Loup"avec des marchandises et des services, grâce au marché unique" C' est ce que vous avez déjà avancé comme devant faire avorter le BREXIT, faux puisque les intérêts sont symétriques. Vous finirez bien par dégonfler camarade eur...

à écrit le 22/04/2020 à 19:20
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Une des solutions serait d´introduire 2 monnaies: un Euro fort réévalué de 20% pour les pays du nord de l´Europe ce qui diminuerait les excédents commerciaux de ces pays (source de conflits générés en grande partie par la BCE ), un euro faible qui re...

le 23/04/2020 à 23:13
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Oui,autant retourner aux monnaies nationales quoi.. ça sera quoi vos deux euros bidons ? Des trucs supplémentaires pour faire tenir l'Ue ? Jusqu'a la prochaine fois ou on va avoir d'autres euros supplémentaires car vous vous êtes rendus compte que le...

à écrit le 22/04/2020 à 16:39
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Pas certain qu'avec les Pays-bas, qui s'enrichissent avec l'argent des entreprises de ses partenaires à qui il offre un asile fiscal privilégié, on arrive à quelque chose de positif.

à écrit le 22/04/2020 à 14:30
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J’ignore si les Pays Bas et l’Allemagne ont envie de tirer les autres comme des boulets ? L’Allemagne n’a pas besoin de cette union , les Pays Bas refusent systématiquement tous les plans financiers proposés par l’UE , les Anglais restent sur leur p...

à écrit le 22/04/2020 à 14:26
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On avance, bien sur qu'il faut un plan de relance au plan européen, même si les réunions seront longues, nos dirigeants s'entendent bien et savent aussi que les pays isolés mettent plus de temps à se relever tant fiscalement qu'industriellement. L...

le 22/04/2020 à 18:36
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Bein oui, encore cent ans. On se rencontre, on bâfre, on rote, on pète et les pays de la ZE entrent pendant ce temps en collapsus et on regarde les pays asiatiques et le reste du monde nous faire le doigt. Comme d' hab...

à écrit le 22/04/2020 à 12:42
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Pas semé d' embûches pour l' Europe mais pour l' UE ! L' UE aux mains de l' oligarchie euro-mondialo-atlantiste qui a sucé à la seule France 142 milliards d' euros pour alimenter le MES dans les années 2000 et 42 pour abonde...

le 22/04/2020 à 20:01
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Le MES a été mis en place en 2012, il aurait été bien en peine de coûter 142 Mds dans les années 2000. Mais il et vrai que tout est possible à l'UPR :-) Pour infro, la France abonde 20 % (D: 25%) des 80 Mds de fonds propres du MES.

le 22/04/2020 à 21:15
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@ABC La France a abondé 142 milliards au MES et 42.7 à la BEI très précisément, et le MES c' est 300 milliards d' euros de fonds globaux abondés par les déplumés. La date d' effet est 2012., on est pas à une décennie près,...

le 23/04/2020 à 8:46
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Réponse @ UPR : La CE ne se résume pas uniquement à des subventions entre états, mais au bénéfice que nos entreprises et nos exportateurs peuvent en tirer, avec des marchandises et des services, grâce au marché unique...vous l'ignorez complètement. ...

le 23/04/2020 à 23:41
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@Leloup 8.46 Les bénéfices à en tirer ? Vous riez camarade ? L' UE nous plombe 100 milliards annuels de d' exil et fraude rendus possible par l' article 63 du TFUE. 10 ans c'est 1000 milliards!. Quand à votre théorie du m...

le 24/04/2020 à 17:06
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Reponse @ Gedeon : Et c'est sur le PC portable de l'UPR que vous avez fait ces petites additions avec des chiffres faux, sur un comptoir de bistrot ?

à écrit le 22/04/2020 à 12:19
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L'Europe se cherche pour progresser et nul doute qu'elle trouvera les bon tempos pour progresser ensemble , c'est au mileu des problèmes que l'on avance . Nous sommes un vieux continent et nous avons beaucoup appris au cours des vingt siècles précéde...

le 22/04/2020 à 15:17
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Tentative de rassurement ? Avant d'avancé au milieu de vos problèmes,apprenez à les résoudre,ça serait mieux que de les ignorer et se dire "non mais ça va passer",c'est pas en postant votre petit post idéologique du jour que tout va allez mieux,le pe...

à écrit le 22/04/2020 à 12:13
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On verra bien ce qu'il en ressort, mais les divisions sont tellement fortes que je n'ai pas beaucoup d'espoir. Il semble que chaque pays part sur une appréciation nationale de la situation, avec une forte fracture Nord/Sud. Dans un tel cas de figure,...

à écrit le 22/04/2020 à 11:37
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le dérèglement climatique qui vient (sou peu, très peu) va être d'une autre teneur, sa violence ne sera que le miroir de nos reniements d'accepter la réalité telle quelle est, le mieux aujourd'hui : faire des économies, ne rien dépenser hors l'essent...

à écrit le 22/04/2020 à 10:54
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Il faut un plan commun et massif mais en ce qui concerne les obligations européennes cela est dû ressort de l Union et non des états. Comme l'UE n'est pas un état fédéral, cela me semble compliqué....sauf à accepter de se transformer en vraie Union f...

à écrit le 22/04/2020 à 10:51
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cela n'aurait pas été inutile après avoir décidé de tout fermer de réfléchir aux conséquences. Mais c'était trop demander. On met la France à zéro pour 20 000 morts alors qu'il y en a 600 000 chaque année.

le 22/04/2020 à 15:19
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On ne met pas la France à l'arrêt pour 20 000 morts mais pour des centaines de milliers d'infectés et d'une maladie dont on ne connait rien. Encore un singe qui compare le Covid 19 à une "simple grippe" ? Quand vous n'avez rien à dire,ne dites rien,...

à écrit le 22/04/2020 à 10:42
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Vous êtes toujours a confondre cette administration qu'est l'UE de Bruxelles avec l'Europe, c'est vraiment pas sérieux d'écrire des informations trompeuses!

à écrit le 22/04/2020 à 10:10
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Annulation des dettes au prorata de l inflation non subit depuis 20 ans , et qui était nécessairement acceptable dans le traité commun . (2% l an )

à écrit le 22/04/2020 à 9:45
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Pour l'instant les pays du sud la france inclus n'ont donne acune gestion en retour d'aides financiers par les pays nordics l'austria inclus.

le 22/04/2020 à 15:22
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Quand on est doté de capacité intellectuel,on évite de classer l'Europe en 2 zone "Nord-Sud" avec pour seul critère "économique" qui ne veut rien dire du tout,surtout quand on se trimballe "la Belgique" en Europe du Nord,pas vrai ou les pays pauvres ...

le 22/04/2020 à 17:30
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Tous les pays de l'UE sont dans le même bateau avec des fragilités parfois spécifiques le problème est qu'ils ne veulent pas naviguer dans la même direction. Quand à L'Euro nous aurions pu au minimum espérer une monnaie disons parallèle au dollar ce ...

le 22/04/2020 à 18:37
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Ce sont plutot les pays sud d'UE qu'ils ont triches depuis des annees les traites signees et maintenant ils veulent encore l'argent des pays nordics sous le camouflage du coronavirus. Quel honte et un absence absolute de fierte. Vous etes responsable...

à écrit le 22/04/2020 à 8:37
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Nous n'avons plus les moyens d'entretenir cette organisation d'emplois fictifs, de détournement d'argent public, de dumping social et fiscal, débranchons le tuyau.

à écrit le 22/04/2020 à 8:18
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A 27 et fort de différences structurelles historiques c'est mission impossible. Il faudrait revoir les fondations de cette institution hors du temps.

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