Régionales en Espagne : la prime au sortant

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Le lehendakari (président basque) sortant Iñigo Urkullu sort renforcé des élections régionales.
Le lehendakari (président basque) sortant Iñigo Urkullu sort renforcé des élections régionales. (Crédits : Reuters)
Les élections en Galice et au Pays Basque ont renforcé les pouvoirs en place. Faut-il y voir un retour à l'ancien système de gouvernement du pays ? Pas vraiment.

« Un vote en faveur de la stabilité. » C'est ainsi que l'éditorial du quotidien madrilène El País résume le résultat des élections régionales qui se sont tenues ce dimanche 25 septembre dans deux communautés autonomes espagnoles, la Galice et le Pays Basque. Et, en effet, après neuf mois de blocage institutionnel au niveau national, avec deux élections qui n'ont pas permis de déboucher sur une coalition, les électeurs basques et galiciens se sont tournés vers les sortants.

Victoire des sortants

Ainsi, en Galice, région de plus de 2 millions d'habitants, c'est le parti populaire (PP), parti conservateur de Mariano Rajoy (lui-même Galicien), qui remporte haut la main l'élection avec 47,53% des voix et 23.000 voix de plus qu'en 2012, soit une hausse de 4,5% et de 1,8 point. Ce résultat assure au président sortant de la Galice, Alberto Nuñez Feijóo, la même majorité absolue que voici quatre ans avec 41 sièges sur 75. Au Pays Basque, le Parti nationaliste basque (PNV) du lehendakari (président) sortant, Iñigo Urkullu, parti autonomiste très conservateur, renforce aussi ses positions en obtenant 37,65% des voix, soit trois points de plus et 14.000 voix de plus qu'en 2012. S'il ne dispose pas de la majorité absolue (29 sièges sur 75), le PNV est en position de force pour conserver la direction de la communauté autonome.

Cette prime au sortant marque donc sans doute un besoin accru de stabilité en pleine crise politique espagnole. Beaucoup d'observateurs politiques à Madrid voyaient dans ce réflexe, un soutien à la position de Mariano Rajoy, le président du gouvernement espagnol. La victoire éclatante du PP en Galice et la volonté de renforcer les partis dominants pourraient ainsi être le signe qu'en cas de troisième scrutin, les électeurs espagnols pourraient renforcer la seule force capable d'emporter une majorité, le PP.

Défaites des « forces montantes »

Les élections de ce 25 septembre sont, d'ailleurs, une amère déception pour les « forces montantes » de la politique espagnole. Les résultats de Podemos et ses alliés locaux sont assez décevants au regard des sondages qui semblent avoir pris l'habitude de les surestimer. Au Pays Basque, Podemos qui était arrivé en tête le 26 juin avec 29% finit troisième avec seulement 14,8%. Quant au parti de centre-droit Ciudadanos, il subit une amère défaite avec aucun siège gagné et seulement 2,02% des suffrages exprimés au Pays Basque et 3,38% en Galice. Bref, beaucoup pourront voir dans ces deux scrutins la première phase d'une nouvelle « normalisation » de la vie politique espagnole. Il est vrai que les électeurs se sont nettement tournés vers des bulletins « connus ». PP en Galice et PNV au Pays Basque sont toujours arrivés en tête des élections régionales.

Le PP renforcé ?

Pourtant, il convient de ne pas tirer trop loin les conséquences de ces deux scrutins. Il n'y a en effet aucun désir de retour à l'ancien système du bipartisme. Si le PP profite à plein de son ancrage dans son bastion galicien, il recule au Pays Basque, région où il est peu populaire. Dans cette région, le parti de Mariano Rajoy perd 1,5 point par rapport à 2012 et 23.000 voix, soit 18% de son électorat. Il perd même 40.000 voix et 4,5 points par rapport au 26 juin. Au final, sur les deux scrutins, le PP ne se renforce donc pas. Du reste, la Galice est la seule région espagnole où le PP dispose d'une majorité absolue aujourd'hui. Elles étaient huit avant 2015 et le PP ne semble nulle part en mesure de reprendre sa domination passée au regard des résultats du 26 juin, y compris dans son ancien bastion de Valence, par exemple. La Galice est donc un peu l'arbre qui cache la forêt.

Effondrement des Socalistes

Mais rien ne traduit mieux la situation d'éclatement de l'ancien système que la nouvelle lourde défaite du parti socialiste (PSOE) ce 25 septembre. En Galice, les Socialistes réalisent leur pire score dans la région à 17,88% des voix et passe sous les 20% pour la première fois depuis 1997. Ils perdent 40.000 voix par rapport aux 20,5% de 2012 et 90.000 voix par rapport au 22,25% du 26 juin. Au Pays Basque, région où le PSE, la version basque du PSOE, a jadis été en mesure de contester la domination du PNV, il termine cette fois en quatrième position. Les socialistes basques ne recueillent que 126.139 voix et 11,94%, ce qui constitue le pire score depuis 1980 au Pays Basque, un recul de 90.000 voix par rapport à 2012 et de 37.000 voix par rapport au 26 juin. Bref, les résultats de ce 25 septembre sont catastrophiques en Euskadi.

Les forces alternatives demeurent puissantes

Dans ces conditions, il est difficile de voir dans ce scrutin un retour vers le bipartisme. Les deux grands partis traditionnels ensemble reculent par rapport au 26 juin dernier, surtout, il est vrai, sous l'influence de la lourde défaite socialiste. Reste que ce nouveau recul du bipartisme laisse un terrain libre pour les partis alternatifs. Certes, les scores de Podemos sont décevants, mais ce parti confirme son ancrage et l'existence d'une forte base électorale. En Galice, la coalition En Marea dont il fait partie réussit même à dépasser en voix les Socialistes avec 19,07% des voix, et il réussit donc localement et à un niveau plus faible le fameux « sorpasso » (dépassement des Socialistes) qui avait été raté en Galice comme en Espagne le 26 juin dernier. Au Pays Basque, avec 14,9 % des voix, il confirme ce même sorpasso et l'existence d'un ancrage local, même dans des élections régionales qui ne lui sont pas favorables.

Par ailleurs, dans ces deux régions au fort particularisme, on remarque que les partis nationalistes locaux, quoique en recul, résistent mieux que prévu. Au Pays Basque, la gauche abertzale indépendantiste de EH Bildu perd 3,8 points, mais se maintient devant Podemos en deuxième position avec 21,23% des voix. En Galice, le Bloc Nationaliste Galicien (BNG), que l'on disait moribond reste au parlement malgré un recul de 1,6 point à 8,36%. Dans les deux cas, ces formations sont en forte hausse par rapport au 26 juin.

Le PSOE devant un débat douloureux

Ces deux élections ne sauraient donc confirmer une tendance au retour du bipartisme. Elles indiquent que les partis traditionnels résistent mieux dans leurs bastions au changement d'époque politique et qu'il existe une partie de l'électorat qui sont irrités par le blocage politique. Mais ce dernier devrait persister. Rien dans les deux élections régionales galicienne et basque ne permet de supposer la fin de ce blocage. Mariano Rajoy est plutôt renforcé par le succès du PP en Galice, mais il n'est pas certain que le réflexe en faveur de la stabilité soit suffisant en cas de troisième élection pour lui donner une majorité absolue. D'autant que l'effondrement des Socialistes est confirmé et qu'il s'agit là d'un élément d'instabilité qui, s'il se poursuit, pourrait renforcer les divisions à gauche.

Du reste, il faut s'attendre à un fort débat interne au PSOE sur la stratégie et le positionnement. Or, le parti est très divisé entre ceux qui veulent s'ouvrir aux autonomistes et ceux qui le refusent, entre ceux qui accepteraient au nom de la stabilité de soutenir Mariano Rajoy et ceux qui ne veulent pas en entendre parler. Ce débat est à haut risque pour le dirigeant socialiste Pedro Sánchez, mais aussi pour le parti lui-même qui n'y gagnera sans doute pas en lisibilité. Un congrès vient d'être convoqué ainsi que des primaires en octobre. La crise du PSOE ne fait que commencer et est un moteur de l'instabilité politique espagnole.

Conditions du blocage encore en place

En réalité, les conditions du blocage demeurent et se renforcent même. En effet, la défaite de Ciudadanos pourrait être la défaite de la stratégie de son président Albert Rivera d'être « disponible » pour des alliances tant avec le PSOE qu'avec le PP. Elle pourrait donc l'inciter à être plus exigeant. Le risque pour ce parti est de devenir à la fois trop proche d'un PP dont il a combattu la corruption et trop « opportuniste ». Pour conserver son ambition « régénératrice », Albert Rivera pourrait être tenté de rester à l'écart du pouvoir, ce qui représente potentiellement une capacité de coalition en moins pour Mariano Rajoy.

Surtout, la question catalane reste entière et continue d'empêcher toute alliance à gauche et tout ralliement à droite. Le PNV a ainsi confirmé son « non » à Mariano Rajoy ce lundi 26 septembre. Le PNV n'est pas indépendantiste, mais il réclame la reconnaissance de la « nation basque », ce qui suppose le droit à l'autodétermination. Une reconnaissance que refuse le PP (et le PSOE), soucieux de ne pas pactiser avec les Indépendantistes catalans. C'est cette question qui empêche principalement aujourd'hui en Espagne la constitution d'une majorité en dressant un mur infranchissable entre les nationalistes de droite et de gauche basques et catalans et les partis « espagnols ». Et ce blocage n'a pas été levé ce 25 septembre, bien au contraire. De troisièmes élections, peut-être encore inutiles, semblent inévitables.

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Commentaires
a écrit le 26/09/2016 à 13:11 :
"Au Pays Basque, Podemos (...) finit troisième avec seulement 14,8%."

Oui là en effet de la part des sondages ce n'est plus de la surestimation c'est de l'incompétence.

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