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ÉconomieUnion européenne

République Tchèque : un oligarque controversé favori des élections

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 19 octobre 2017 à 11:32 - Mis à jour le 19 octobre 2017 à 12:13

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[Portrait] Le milliardaire Andrej Babis, président du mouvement populiste ANO, est donné favori dans les sondages pour les législatives des 20 et 21 octobre. S'il remporte les élections, cette victoire pourrait lui permettre d'échapper à ses nombreux déboires judiciaires liés à des affaires de détournements de fonds publics.

Malgré les soupçons de fraude qui planent au-dessus de lui, le richissime Andrej Babis est pressenti pour remporter une victoire aux législatives tchèques de vendredi et samedi. Souvent comparé à Donald Trump par le magazine américain Forbes, cet entrepreneur de 63 ans, qui a fait une grande partie de sa fortune dans le domaine de l'agroalimentaire et de la chimie, est le second homme le plus riche du pays. L'arrivée au pouvoir de cet oligarque pourrait donner un souffle nouveau à l'eurosceptiscisme déjà bien implanté dans ce pays, comme le souligne le politologue Josef Mlejnek interrogé par l'AFP.

"Une partie des électeurs, politiciens et journalistes sont enclins à présenter ces élections comme une sorte de plébiscite sur Babis. Mais ce qui est le pire et le plus dangereux, c'est que le thème de la crise migratoire et la critique de l'UE gagnent de plus en plus de terrain".

Le pays est dirigé depuis 2013 par une coalition gouvernementale composée du parti social-démocrate (CSSD), dirigé par le ministre de l'Intérieur sortant Milan Chovanec, le parti ANO de Andrej Babis et l'Union des chrétiens démocrates, emmenée par Pavel Belobradek. La dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut CVVM annonce que ANO pourrait remporter 30,9% des suffrages, très loin devant le parti social-démocrate (11,1%) et le Parti communiste de Bohème et Moravie (11,1%) rappelle l'institut Robert Schuman.

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(Le président tchèque Milos Zeman à l'assemblée générale des Nations-unies à New York en septembre dernier. Crédits : Shannon Stapleton/Reuters.)

Issu d'un milieu favorisé

Né en septembre 1954 à Bratislava en Slovaquie, le jeune Babis est inscrit à l'école primaire à Paris et suit un enseignement dans le secondaire à Genève en Suisse. Cette scolarité suivie à l'étranger a été possible grâce à son père, "un cofondateur du commerce extérieur slovaque", selon lui. Par le travail de son père, il va bénéficier d'une ouverture sur l'étranger. Ce type de personnel était autorisé à voyager et à vivre dans des pays étrangers contrairement à beaucoup de citoyens à l'époque.

"Je faisais de petits boulots depuis l'âge de 15 ans, je distribuais du lait, je déchargeais des colis, je travaillais sur des chantiers", se souvient-il. Diplômé d'économie, il se lance lui aussi dans le commerce extérieur et franchit régulièrement le rideau de fer avant la chute du régime totalitaire en 1989. Il prend également sa carte au Parti communiste pour pouvoir travailler dans une PZO (entreprise faisant du commerce extérieur). Représentant commercial au Maroc de 1985 à 1991, il regagne son pays, divisé en 1993 en deux Etats indépendants, et commence à bâtir son empire économique.

Un redoutable homme d'affaires

Le milliardaire tchèque est à la tête d'un empire industriel et médiatique. En 1993, il décide de fonder avec quelques partenaires le groupe Agrofert. Deux ans plus tard, il commence à acquérir des firmes spécialisées dans la chimie et l'agriculture. Après de multiples acquisitions et plans de réorganisation, Andrej Babis est devenu, en 2013, le premier employeur privé du pays (80.000 salariés) et également le premier contribuable fiscal individuel, rappelle Le Monde. En février dernier, il annonce qu'il se sépare officiellement du géant agroalimentaire et chimique qu'il contrôlait à 100% alors qu'il était à ce moment ministre des Finances.

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"Pour satisfaire à la loi (...), j'ai décidé, en tant que seul actionnaire, de placer les actions de mes deux sociétés, Agrofert et SynBiol, dans deux fonds fiduciaires."

En parallèle, Andrej Babis a construit un véritable groupe médiatique. Il a dans un premier temps lancé un journal hebdomadaire avant d'acquérir le groupe de presse Mafra composé entre autres de deux quotidiens et de plusieurs radios. Son appétit pour la presse et les médias va lui valoir le titre de "Berlusconi Tchèque" par plusieurs journalistes de son pays.

Une ascension politique récente

Son entrée officielle dans le monde politique est assez récente. En 2011, il fonde le mouvement ANO (pour Action des citoyens mécontents, mais qui signifie aussi "oui " en tchèque). Ce sursaut tardif provient d'un mécontentement lié aux mensonges proférés par les politiques et veut faire de la lutte contre la corruption, un combat personnel. "ll ne supportait plus d'entendre les politiques mentir et la gabegie qu'ils entretenaient" souligne le journal du soir. D'abord intéressé pour rester dans l'opposition, il obtient 18,6% des suffrages aux législatives anticipées de 2013. Avec ce score, il participe à une coalition gouvernementale à partir de janvier 2014 avec les sociaux démocrates CSSD et les chrétiens-démocrates KDU-CSL. Il obtient même le poste de ministre des Finances. Accusé de concentrer les pouvoirs sur le plan politique et économique, il fait l'objet de plusieurs enquêtes.

Une mise en examen pour détournements de fonds

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Le 9 octobre dernier, l'homme d'affaires a annoncé sa mise en examen. "J'ai reçu une décision sur l'ouverture de poursuites judiciaires dans une pseudo-affaire. (...) J'ai immédiatement fait appel de cette décision", dit-il dans un texto relayé par sa porte-parole. La mise en examen d'Andrej Babis, qui évoque un complot de ses adversaires politiques, était attendue depuis la levée de son immunité parlementaire le 6 septembre dernier. Il est soupçonné d'avoir dissimulé, il y a une dizaine d'années, qu'il était propriétaire d'une ferme ultramoderne baptisée "le Nid de cigognes", ce qui lui aurait permis de bénéficier de subventions européennes réservées aux petites entreprises. Jaroslaw Faltynek, numéro deux du parti et ancien dirigeant de firmes du groupe d'Andrej Babis, a lui aussi été inculpé. Mais comme le président d'ANO est pratiquement assuré d'obtenir un mandat parlementaire, son immunité devrait à nouveau être accordée. La prochaine législature devra donc lever à nouveau cette protection pour permettre la poursuite des procédures.

Grégoire Normand

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