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ÉconomieUnion européenne

Brexit : David Cameron et Jeremy Corbyn tentent de mobiliser leurs camps à deux jours du référendum

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 21 juin 2016 à 16:02 - Mis à jour le 22 juin 2016 à 06:52

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Les dirigeants des deux premiers partis du pays ont appelé à voter en faveur du maintien dans l'UE, mais dans des termes différents. Chacun a déjà une pensée dans les combinaisons délicates de l'après-référendum.

A deux jours du vote des Britanniques sur le maintien dans l'Union européenne (UE), les deux dirigeants des deux premiers partis du pays, le premier ministre David Cameron pour les Conservateurs, et Jeremy Corbyn pour les Travaillistes, ont appelé à voter pour le statu quo. Depuis l'assassinat de la députée travailliste Jo Cox jeudi 16 juin par un militant d'extrême-droite, les sondages ont identifié une tendance à la remontée du vote favorable à l'UE. Les écarts demeurent cependant très réduits, les indécis nombreux, et les sondages contradictoires.

Si l'enquête par téléphone d'ORB donnait une avance de 7 points à 53 % pour le vote « Remain » (maintien dans l'UE), celle de Yougov, réalisée en ligne, donnait encore 2 points d'avance au vote « Leave » (sortie de l'UE) à 44 % contre 42 % (avec 14 % d'indécis). Enfin, le sondage Survation, donne 1 point d'avance au vote pro-UE à 45 % contre 44 % et 11 % d'abstention. Tout est donc encore possible, et les deux dirigeants se sont donc efforcés de convaincre leurs troupes.

David Cameron : un dernier discours très « conservateur »

David Cameron a ainsi prévenu que le vote de jeudi sera « irréversible ». « Il n'y aura pas de retour en arrière », a-t-il ajouté. Le premier ministre a mis en garde contre les conséquences économiques en prévenant qu'il y avait un « immense risque pour les familles et les emplois britanniques » devant une « récession à court terme » et une « décennie d'incertitude ». Mais il a aussi beaucoup insisté sur les questions de sécurité, affirmant que l'adhésion à l'UE « aide le gouvernement à préserver la sécurité des Britanniques ». Il a ensuite joué sur la corde patriotique : « Nous ne sommes pas une vieille nation comme les autres. Nous sommes un pays particulier, un pays dont la langue, les valeurs et l'influence sont ressenties partout dans le monde. Si je sentais que notre maintien dans l'UE nous diminuait, je vous demanderais de voter pour la quitter. »

David Cameron a donc tenté de séduire les électeurs avec les thèmes typiques du parti conservateur : la grandeur britannique, la sécurité, l'économie. Son but est d'arracher les suffrages des indécis de droite tentés par le discours en faveur du Brexit de certains Tories. Car, au-delà de l'enjeu majeur de l'adhésion à l'UE, David Cameron joue aussi ce jeudi la maîtrise de son propre parti et, in fine, son maintien au 10, Downing Street.

A gauche, Jeremy Corbyn tente de mobiliser

De son côté, le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a tenu un discours très différent au Musée d'histoire populaire de Manchester. Lui aussi défend le maintien dans l'UE, lui aussi met en garde contre les conséquences économiques du Brexit, mais in fine son argumentaire est différent. Il s'agit de « défendre les droits des travailleurs et de protéger les emplois ». Pour lui, le danger est un « Brexit dirigé par les Conservateurs » qui conduirait à une réduction encore plus forte de la protection des salariés, cette fois libérée du cadre communautaire européen.

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Jeremy Corbyn n'a pas caché qu'il « n'est pas un amoureux de l'UE », mais il prétend faire une « décision rationnelle ». Très clairement, son idée est de « changer l'UE ». « Nous devons la changer considérablement en quelque chose de plus démocratique, de plus capable de rendre des comptes, de partager notre richesse, d'améliorer nos niveaux de vie et nos conditions de travail sur l'ensemble du continent », a-t-il avancé. Le vote « Remain » est donc pour le leader travailliste, un vote de défense destiné à changer l'UE. Jeremy Corbyn se tourne très clairement vers une autre partie de la population dont le vote sera décisif : les ouvriers, électeurs traditionnels du Labour, fortement tentés par le Brexit.

Une pensée dans l'après-référendum

Là aussi, l'enjeu post-référendum sera important pour la gauche britannique, dont les partis ont quasi unanimement soutenu le vote en faveur de l'UE alors que, selon les sondages, plus d'un tiers de leurs électeurs est tenté par un vote en faveur du Brexit. Inévitablement, la question des dommages de cette campagne sur la base du Labour va se poser. C'est pourquoi Jeremy Corbyn a insisté sur le respect nécessaire du vote de jeudi. « Quel que soit le résultat, nous aurons à faire avec », a-t-il conclu.

En fait, Jeremy Corbyn a déjà un pied dans l'après-référendum et il a indiqué que si le parlement devait être dissout, pour une raison ou pour une autre, le Labour « se tenait tout à fait prêt ». Ceci fait référence à un scénario qui circule outre-Manche depuis quelques semaines. Après le 23 juin, de nouvelles élections pourraient être nécessaires. En cas de vote « Remain », David Cameron pourrait décider d'une dissolution de la chambre des communes pour asseoir sa position au sein du parti conservateur.

Quelle majorité aux Communes en cas de maintien dans l'UE ?

On voit mal, en effet, David Cameron conserver à un poste aussi sensible que le ministère de la Justice un homme comme Michael Gove dont il a fustigé les propositions irresponsables et le risque qu'ils ont pu faire prendre au pays pendant toute la campagne. Il cherchera aussi à affaiblir Boris Johnson, l'ancien maire de Londres. Or, selon les calculs du Spectator, 137 députés conservateurs sur 306 soutiennent le Brexit. La réconciliation au sein des Tories sera difficile. David Cameron pourrait considérer que sa majorité n'existe plus et décider de retourner devant les urnes pour obtenir une majorité cohérente pro-UE.

Mais si ce scénario semble possible, il serait très risqué. Les Tories sont talonnés dans les sondages par les Travaillistes. Les Conservateurs pro-Brexit devront trouver une « maison politique », ce qui pourrait ôter des voix à David Cameron et donner un coup de pouce au parti souverainiste UKIP. David Cameron pourrait donc essayer de recoller les morceaux avant de se lancer dans l'inconnu. Mais sa marge de manœuvre sera réduite, s'il ne veut plus de pro-Brexit dans son cabinet.

En cas de Brexit, une dissolution inévitable

En cas de vote en faveur du Brexit, la position de David Cameron sera encore plus difficile. Les Conservateurs anti-UE accepteront-ils de confier à l'actuel premier ministre les négociations sur le divorce avec l'UE ? Pas si sûr, car ils ont leur candidat : Boris Johnson qui pourrait bien demander des élections anticipées pour occuper le 10, Downing Street. Certes, David Cameron pourrait s'appuyer sur une majorité pro-UE au parlement, mais comment utiliser une telle majorité pour négocier le divorce, alors même, on l'a vu, que Labour et Tories ont fait campagne pour le « Remain » ? Du reste, Jeremy Corbyn a clairement indiqué en se disant prêt à de nouvelles élections, qu'il n'acceptera pas de « grande coalition ». David Cameron devra alors sans doute dissoudre les Communes pour disposer d'une campagne sur les termes des négociations. Car un vote pro-Brexit ne dirait rien sur ce que veulent les Britanniques concernant les futures relations avec l'UE. Il faudra nécessairement renouveler le débat.

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On le voit, une fois le résultat du référendum connu, quel qu'il soit, s'ouvrira une nouvelle page politique et de nouvelles élections générales semblent une option largement possible. David Cameron et Jeremy Corbyn, dans leurs derniers discours avaient déjà la tête dans cette problématique. Voilà pourquoi l'un et l'autre ont tenté de mobiliser autour du vote « Remain » leurs électorats traditionnels.

Romaric Godin

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