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Brexit : organiser l'Europe à deux vitesses

Photo de Ivan Best

Laurent Warlouzet

Publié le 21 juin 2016 à 08:34 - Mis à jour le 21 juin 2016 à 18:28

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04 juin 2026

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En cas de Brexit, l'objectif principal doit être d'empêcher Londres de conserver une influence sur le système décisionnel de l'UE. Il faudrait donc créer au delà du cœur de l'Europe, une Europe plus large mais strictement commerciale, dont ferait bien sûr partie le Royaume Uni. Par Laurent Warlouzet, historien

« La Révolution est comme une bicyclette, quand elle n'avance pas, elle tombe » aurait dit Che Guevara. Si l'Union Européenne est rarement associée à une réalisation marxiste, le précepte du révolutionnaire argentin est souvent invoqué en cas de Brexit. La sortie de l'UE est censée entraîner une dislocation inéluctable de l'Europe. En fait, le Brexit n'est pas un drame car l'Europe à deux vitesses existe déjà depuis un certain temps.

Dès 1979, les Britanniques sont les seuls parmi les Neuf de la Communauté d'alors à ne pas participer au Système monétaire Européen. En 1984, Margaret Thatcher arrache le « chèque » britannique qui est depuis devenu permanent. Que dire par la suite du Traité de Maastricht, qui consacre l'exception britannique tant pour l'adhésion à la monnaie unique que pour l'application de la Charte sociale ? Les Britanniques ne sont pas les seuls: en 2015, le Danemark a confirmé par référendum sa non-participation à certaines coopérations policières. En sens inverse, l'accord de Schengen a été conclu en 1985 par la France, l'Allemagne et le Benelux, soit seulement cind états qui désiraient aller plus loin que les autres.

L'Europe n'est pas un jardin à la française mais plutôt un maelstrom d'associations à géométrie variable. Aujourd'hui, si l'UE compte 28 membres, l'espace Schengen en regroupe 26 (dont la Norvège et la Suisse situées en-dehors de l'Union), cependant que le Conseil de l'Europe s'étend sur 47 États jusqu'en Azerbaïdjan.

Négocier la sortie

L'enjeu d'un potentiel Brexit réside donc dans l'articulation entre les différentes formes de coopération européenne. La plupart des problèmes économiques à régler ne sont pas insurmontables car Londres aura intérêt à négocier. Les Britanniques ne pourront profiter du marché de l'UE sans ouvrir en contrepartie leur propre marché. De même, les Français résidant à Londres ne sauraient être plus menacés que les retraités britanniques établis en France et en Espagne.

En réalité, le principal enjeu est institutionnel ; il porte sur l'organisation de l'Europe à double vitesse. L'objectif principal doit être d'empêcher Londres de conserver une influence sur le système décisionnel de l'UE, sinon chaque pays sera tenté de négocier un statut particulier au sein de l'Union, qui se détricoterait ainsi à petit feu. Les Britanniques devront donc être exclus rapidement des institutions européennes, ou à défaut, leur droit de vote devra être suspendu dans de nombreuses matières, ce qui est prévu par l'article 50 du Traité de Lisbonne qui encadre la sortie d'un membre de l'Union. Le problème de la présidence britannique de l'UE, qui tombe fort inopportunément au second semestre 2017, devra être résolu.

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Créer une nouvelle Europe

A moyen terme, le Brexit peut être l'occasion de susciter, à côté de l'UE, la construction une Europe plus large mais strictement commerciale et intergouvernementale. Le ministre britannique de la justice Michael Gove a  évoqué dans The Guardian du 19 avril une « zone européenne de libre échange de l'Islande à la frontière russe ». Certes l'Espace économique européen (EEE) existe déjà mais ce n'est qu'une structure lâche et peu attractive aujourd'hui. Si le Royaume-Uni le rejoint, il pourra constituer un pôle d'attraction pour des pays européens (y compris certains membres de l'UE) désireux de s'en tenir à une coopération strictement économique, sans perspective sociale et politique. La Grande Europe pourra alors s'étendre de l'Islande à l'Ukraine. Cela n'empêcherait pas les coopérations stratégiques et militaires entre le Royaume-Uni et le continent, car celles-ci ne passent de toute façon pas par l'UE, mais par l'OTAN, ou par des coopérations intergouvernementales ad hoc. En parallèle, les membres subsistant dans l'UE pourraient progresser vers un renforcement de leur convergence et de leur solidarité.

De l'audace!

Certes, organiser une telle Europe requiert un minimum d'imagination et de volontarisme. Or, il est souvent avancé que le continent est confronté à une crise si profonde qu'une telle audace serait impossible. C'est manquer de recul historique. Le 9 mai 1950, lorsque Robert Schuman lançait sa célèbre déclaration donnant naissance à la Communauté européenne, l'Europe était sous la menace d'une URSS stalinienne, encore en pleine reconstruction (le rationnement venait tout juste d'être aboli en France) et confrontée à des guerres de décolonisation. Dans les années 1970, au milieu des crises pétrolières, et alors que le terrorisme sévissait dans de nombreux pays européens, des initiatives audacieuses ont été prises par les dirigeants d'alors, en particulier la création du Conseil Européen et du Système Monétaire Européen. Les élections françaises et allemandes de 2017 ne sauraient donc constituer un prétexte pour paralyser le processus de décision européen. Une forte coordination des pays de l'Europe du cœur est indispensable pour organiser cette double Europe.

Laurent Warlouzet

Historien (Université d'Artois), a enseigné les questions européennes à Sciences-po et à HEC

Laurent Warlouzet

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