L'innovation européenne à la traîne

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Plus de 9 chefs d'entreprises sur 10 pensent que l'Europe peut mieux faire pour développer l'innovation dans le continent, loin derrière les États-Unis et le Japon, selon une étude publiée mercredi par Ernst & Young en collaboration avec le Centre d'études des politiques européennes (CEPS)

L'Europe est à la traîne en matière de recherche et développement (R&D). C'est ce que révèle une étude publiée mercredi par Ernst & Young en collaboration avec le Centre d'études des politiques européennes (CEPS). Le très célèbre cabinet de conseil a interrogé 680 hommes et femmes d'affaires de quinze États membres sur leur vision de la R&D en Europe. Et leur constat est sans appel : selon eux il reste beaucoup de progrès à faire.

Le marché européen, pourtant le plus important au monde, est en effet loin derrière le Japon et les États-Unis en matière d'innovation. Et la Chine et le Brésil qui se développent à grande vitesse, menacent de faire sortir l'Europe du trio de tête, souligne Ernst & Young. Car malgré la qualité des systèmes éducatifs, indispensable à un secteur de la recherche en pointe, l'Europe doit relever des défis qui impactent son niveau de R&D. Le vieillissement de la population, des systèmes sociaux sous pression ou encore une réticence à ouvrir les frontières aux chercheurs étrangers pèsent sur l'innovation européenne.

Les politiques d'innovation américaine et japonaises plus efficaces

Les chefs d'entreprises interrogés perçoivent nettement ce retard : 69% d'entre eux considèrent que les politiques américaine et japonaise sur l'innovation sont plus efficaces que celles appliquées en Europe qui, par ailleurs, ne correspondent pas encore aux besoins de l'industrie. "Un manque persistant d'harmonisation et d'intégration économiques, incluant la propriété intellectuelle et les industries de réseaux affecte également l'infrastructure de R&D européenne", souligne l'étude.

Pour les chefs d'entreprises interrogés, une marge de man?uvre existe clairement : 91% d'entre eux considèrent que l'Union européenne et les gouvernements nationaux peuvent faire plus pour stimuler la demande d'innovation. Le rôle de l'Europe reste d'ailleurs selon eux mineur, puisque si elles existent bel et bien, les aides européennes sont peu connues des dirigeants d'entreprises. Seuls 27% des hommes et femmes d'affaires interrogés déclarent en effet être au courant des dispositifs mis en place par la Commission européenne pour promouvoir l'innovation.

Ainsi, quelque 82% des chefs d'entreprises interrogés considèrent que l'Europe pourrait améliorer son dispositif visant à favoriser l'innovation, notamment en rendant plus facile l'accès des entrepreneurs aux fonds européens. Ce même pourcentage de dirigeants  considère également que les politiques européennes sont trop dispersées et qu'elles mériteraient une meilleure coordination.

Première chose à faire : harmoniser le marché européen

Et la crise européenne n'arrange rien. "Beaucoup de pays, qui affichent actuellement de piètres résultats macroéconomiques affichent également des mauvais chiffres en ce qui concerne l'innovation", observe le cabinet de conseil, qui cite pour exemple le Portugal dont le niveau d'éducation de la population est plutôt élevé tandis que celui de la R&D est très bas. Israël est en revanche l'exemple de pays ayant ouvert leur économie aux investissements étrangers axés sur l'innovation et qui, avec moins de scientifiques très qualifiés, réussissent pourtant à afficher des niveaux de R&D comparables à ceux du champion du monde de la recherche : la Finlande.

Un "changement de culture" est donc nécessaire pour doper l'entreprenariat en Europe, explique Ernst & Young. Réussir à développer une politique de l'innovation plus efficace en Europe est "essentiel" mais également contrainte par des règles européennes rédigées sans prendre en compte le secteur de l'innovation, regrette l'étude. "Le manque d'harmonisation est un frein à l'investissement étranger et à la création de fonds dans les zones où le financement de l'innovation est une moindre nécessité", conclut le cabinet de conseil. Le mot d'ordre est donc l'intégration. Pour doper la R&D en Europe, il faut avant tout que le marché européen soit efficient, avec des niveaux de régulation harmonisés.

 

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Commentaires
a écrit le 11/05/2012 à 18:45 :
L'innovation européenne à la traîne, pas dans tous les pays, mais la France connaît un effondrement, lire le rapport europa : http://ec.europa.eu/enterprise/policies/innovation/files/ius-2011_en.pdf
a écrit le 11/05/2012 à 17:46 :
Cela commence par un seul dépôt de brevet pour toute l'Europe. Au lieu de s'occuper de s'occuper des disques de stationnement ou des fromages ou de la plantation des vignes, l'Europe devrait s'intéresser à l'essentiel.
Mais ce machin à Bruxelles ne fonctionnera jamais, tant que ne sera pas privilégié l'intérêt de l'Europe et non celui des lobbies.
a écrit le 11/05/2012 à 17:42 :
merci pour ce sujet qui est un de mes grands désespoirs. Je crois que ce n'est pas un problème de moyen mais un problème de culture. Il n'y a pas d'indice qui mesure la culture scientifique et technologique d'une entreprise et pourtant ça serait utile, pour l'actionnaire mais aussi pour attirer les jeunes qu'y veulent s'y engager. On pourrait aussi imaginer de faire entrer des scientifiques dans les conseils d'administration, ils apporteraient un regard différent.
Réponse de le 12/05/2012 à 11:02 :
complètement d'accord, il est temps de faire plus de place aux scientifiques dans les decisions de l'entreprise au lieu d'être toujours guidé par l'esprit commercial au détriment de l'innovation

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