A partir de ce jour, les femmes ne sont plus rémunérées pour leur travail cette année

Par Audrey Fisne  |   |  796  mots
Actuellement en Europe, le salaire horaire moyen d'une femme est de 16,3% inférieur à celui d'un homme. Concrètement, lorsqu'un homme cadre gagne 4.380 euros nets, sa collègue perçoit 3.469 euros. Et ce, pour le même poste, avec le même diplôme et les mêmes compétences. (Crédits : Statista*)
L'inégalité salariale persiste en Europe et en France. Illustration de ce fléau : aujourd'hui marque le jour de l'année à partir duquel les femmes ne sont plus rémunérées pour leur travail par rapport à leurs collègues masculins. A 11h44, les femmes sont ainsi appelées à cesser leur activité pour dénoncer cette inégalité.

Près de deux mois avant la fin de l'année, les femmes travaillent "gratuitement". Actuellement en Europe, le salaire horaire moyen d'une femme est de 16,3% inférieur à celui d'un homme. En France, tout temps de travail confondu, les hommes gagneraient en moyenne 19% de plus que les femmes. Cela représente une perte annuelle de 62 milliards d'euros pour l'économie française, d'après un rapport du think tank la fondation Concorde.

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[Capture d'écran du "Guide pour l'égalité femmes-hommes dans les PME" réalisé par le Laboratoire de l'Egalité.]

Ainsi, la journée de l'égalité salariale - cette année, le 3 novembre -, marque le jour à partir duquel les femmes cessent d'être rémunérées pour leur travail par rapport à leurs homologues masculins. Soit, près de deux mois avant la fin de l'année !

"Il s'agit d'une injustice choquante et inacceptable dans l'Europe du 21e siècle. Nous devons de toute urgence réaliser des progrès par rapport à cette situation persistante, qui touche les femmes et nos sociétés à bien d'autres égards : les femmes ont toujours tendance à travailler dans des secteurs moins bien payés, obtiennent moins de promotions et sont sous-représentées dans les postes de direction", ont déclaré à ce sujet le premier vice-président Frans Timmermans et les commissaires Marianne Thyssen et Věra Jourová dans un communiqué.

Déjà relayées, ces inégalités avaient été au cœur de dénonciations, notamment en Islande le 24 octobre 2016 : des milliers de femmes avaient cessé de travailler à 14h38, heure à laquelle elles n'étaient plus payées en comparaison à leurs collègues masculins. Des actions similaires avaient été organisées en France le 7 novembre 2016 à 16h34, heure à partir de laquelle les Françaises travaillaient "bénévolement".

[L'inégalité salariale touche tous les milieux professionnels. Capture d'écran de l'étude de la fondation Concorde.].

Ce 3 novembre, les femmes sont donc invitées à cesser de travailler à 11h44, heure exacte à laquelle elles ne sont plus payées cette année.

#3Novembre11h44 Les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes se creusent en France. https://t.co/6f6GfEpsF3 pic.twitter.com/fpqKGtgfuE

— Les Glorieuses (@Les_Glorieuses) 24 octobre 2017

L'égalité salariale permettrait 168,74 milliards d'euros supplémentaires

Force est de constater que ces inégalités ont été largement relayées et critiquées. Pour autant, un rapport du Forum économique mondial (WEF) estime que l'égalité ne serait pas attente avant 217 ans soit en 2234 !

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Pourtant, les effets sur l'économie française de l'égalité salariale ne sont pas négligeables. D'après la fondation Concorde, le gain des recettes annuelles pour l'Etat s'établirait à 33,7 milliards d'euros(*) tandis que l'augmentation des salaires nets se chiffrerait 33,6 milliards d'euros.

"Une fois l'égalité salariale stricte appliquée, Bercy bénéficierait donc d'un nouveau levier fiscal qui permettra de dégager 168,74 milliards d'euros supplémentaires durant un quinquennat", souligne le rapport.

En complément, l'étude prévoirait, avec la fin des inégalités, une hausse de l'épargne (+6,16 milliards d'euros), de la consommation (+21,98 milliards d'euros), ainsi que 26.000 créations d'emploi supplémentaires par an et une augmentation de l'investissement à court, moyen et long terme.

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Des paroles. Et des actes ?

En énumérant les bienfaits de la réduction des inégalités salariales, on peut ainsi se demander pourquoi les gouvernements français et européens, ne s'activent pas plus assidûment pour pallier le problème. Ce à quoi semble répondre Bruxelles, toujours par les voix de Frans Timmermans, Marianne Thyssen et Věra Jourová :

"Dans quelques semaines, nous présenterons un plan d'action visant à lutter contre l'écart salarial entre hommes et femmes. En novembre, nous accueillerons également un colloque sur 'Les droits de la femme en ces temps troublés' et consacrerons une partie du programme à trouver de nouvelles solutions pour lutter contre l'écart de rémunération. À la même période, le socle européen des droits sociaux sera proclamé au plus haut niveau, réaffirmant que les femmes et les hommes ont droit à la même rémunération pour un travail de valeur égale."

Un premier pas pour des consultations, semble-t-il, mais les actions concrètes restent encore loin d'êtres actées.

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(*) La fondation Concorde détaille les 33,7 milliards d'euros de gain : hausse de la TVA 3,83 milliards + hausse des recettes de l'impôt sur le revenu 5,47 milliards d'euros + hausse des cotisations sociales et patronales 24,43 milliards d'euros.

** Un graphique de notre partenaire Statista