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ÉconomieInternational

Marché du travail : l'égalité femmes-hommes ferait bondir le PIB mondial de 3,9%

Photo de Audrey Fisne

Audrey Fisne

Publié le 15 juin 2017 à 17:04 - Mis à jour le 16 juin 2017 à 09:04

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Si 70% des femmes dans le monde souhaitent travailler, elles ne sont que 49% à être actives sur le marché du travail. Une situation injuste mais surtout irrationnelle lorsque l'on sait qu'en respectant l'égalité professionnelle, le PIB mondial grimperait de 3,9%. L'Organisation internationale du Travail décrit, dans son rapport, les difficultés auxquelles se heurtent les femmes.

(Article publié le 15 juin à 18h et mis à jour à 19h04)

Force est de constater que l'égalité des sexes est loin d'être atteinte. Premier constat, mais pas des moindres, l'accès au marché du travail reste plus complexe pour les femmes, qu'il s'agisse d'occuper un emploi ou même d'en chercher un. En 2017, le taux d'activité mondial des femmes atteint un peu plus de 49%, soit 27 points de moins que les hommes (76%). Et ceci n'est pas prêt de s'améliorer l'année prochaine, selon l'OIT. Il faut préciser, cependant, que de manière générale, le taux d'activité connaît une baisse, chez les hommes comme chez les femmes depuis quelques années.

Géographiquement, les écarts entre les taux d'activité des femmes et des hommes sont plus importants dans les États arabes, en Afrique du Nord et en Asie du Sud, où ils dépassent les 50 points de pourcentage.

[Les écarts entre les hommes et femmes présents sur le marché du travail (ayant un travail ou en cherchant un) dans le monde. Crédits: OIT.]

Pour expliquer les difficultés plus importantes pour les femmes d'accéder au marché du travail, il faut prendre en compte des normes sociales et des contraintes socio-économiques qui les freinent. En tête, on retrouve l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, le statut marital et le manque de transport.

"La situation de l'emploi pour les femmes en 2017 n'est pas assez bonne. Une amélioration pour l'emploi des femmes est une responsabilité partagée", a déploré le président de l'OIT Guy Ryder lors du sommet sur le monde du travail, ce jeudi 15 juin.

Discriminations dans les secteurs et dans la qualité des emplois

Une fois sur le marché du travail, les femmes rencontrent de nouvelles difficultés pour trouver un emploi. Le taux de chômage moyen mondial se situe à 6,2% pour les femmes contre 5,5% en 2017. Une inégalité inquiétante puisque, en tenant compte des indicateurs actuels, les taux devraient rester inchangés jusqu'en...2021 ! Ces dernières années d'ailleurs, si l'écart s'est réduit dans les pays en développement (1,8 point de différence) et dans les pays développés (0,5 point), il s'est accru dans les pays émergents.

« Les femmes risquent de travailler un plus grand nombre d'heures non rémunérées en raison du temps passé à des tâches domestiques et à des activités de soins. »

La qualité d'emploi varie également selon le sexe d'après le rapport de l'OIT. Dans l'emploi rémunéré, les femmes travaillent moins d'heures que les hommes soit parce qu'elles font le choix du temps partiel soit parce qu'il s'agit de la seule possibilité qui leur est offerte.

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Et, le type d'emplois diffère également selon le sexe : 15% des femmes sont travailleuses familiaux (aide-soignant, aides à domicile, etc.) contre 5,5% des hommes. Les secteurs tels que l'éducation, la santé, le travail social puis le commerce de gros et de détail connaissent une surreprésentation féminine. Une ségrégation qui concerne tant les pays émergents que les pays développés. Ceci n'est pas dû à la profession ni au secteur de travail mais s'explique par d'autres facteurs tels que la discrimination ou l'éducation.

Le Parlement européen hausse le ton concernant les retraites

Dernière étape de la vie d'un travailleur, les retraites ne sont pas dénuées d'inégalités : celles versées aux femmes, dans l'Union européenne notamment, sont inférieures à celles des hommes (-40%).

Le Parlement européen, réuni ce mercredi 14 juin, a proposé, lui aussi, un plan d'action pour y remédier. Carrières plus courtes et temps partiel sont les principales causes de ce fléau. « Ces écarts sont inacceptables et devraient être comblés », ont estimé les eurodéputés dans une résolution adoptée à Strasbourg. Le texte stipule que la vie professionnelle des femmes durerait, en moyenne 10 ans de moins que celle des hommes.

« Il faut mettre tout en œuvre pour faire cesser cette situation scandaleuse. [...] Les écarts de pensions reflètent les disparités du passé qui s'expriment tout au long de la vie : temps partiels, arrêts de carrière plus longs et plus fréquents, salaires moindres à travail égal, responsabilité disproportionnée des charges familiales , a relevé l'eurodéputée LR Constance Le Grip. Les femmes sont victimes de tant de petites inégalités qui finissent en s'accumulant par représenter un fossé inacceptable. »

Et si les écarts se réduisaient...

Les bénéfices seraient d'abord économiques. Les responsables du G20 s'étaient engagés, en 2014, à réduire l'écart des taux d'activité entre les hommes et les femmes de 25% d'ici à 2025. D'après le rapport de l'OIT, sous certaines conditions, atteindre cet objectif dans tous les pays permettrait d'augmenter l'emploi mondial de 189 millions de postes ou de 5,3%. Ces créations d'emplois auraient lieu, pour la plupart, dans les pays émergents, plus impactés par les écarts entre les sexes. Mais cela correspondrait à une augmentation de l'emploi de 2% dans les pays en développement et 3,3% dans les pays développés. Le PIB mondial augmenterait par conséquent de 3,9% en 2025.
Au-delà des conséquences économiques, réduire les écarts conduirait également à une amélioration sociale, surtout lorsque l'on sait que 70% des femmes déclarent vouloir occuper un emploi rémunéré.

Pour lutter contre le déséquilibre, des contraintes sont nécessaires

Face à cette discrimination dans le marché du travail, l'organisation internationale du travail lance des pistes. Le but de ces mesures ? Redéfinir les rôles dédiés à chaque sexe et améliorer l'égalité dans les conditions de travail. Dans un premier temps, l'OIT propose d'intégrer dans la législation et dans les processus de négociation collective le principe d'égalité de rémunération pour un travail de valeur égale. Cette mesure reposerait ainsi sur une meilleure transparence salariale et une évaluation non sexiste des emplois ainsi que sur des outils (système de détermination des salaires minimums, négociation collective...).

(Linda Kromjong, secrétaire générale de l'OIT s'est exprimée lors du Sommet sur le monde sur Travail,)

De plus, pour s'attaquer à la ségrégation professionnelle, il semble nécessaire pour l'organisation de commencer par les bases : ainsi lutter contre le sexisme dès l'enfance par le biais de l'éducation et de la sensibilisation, garantir un accès égal aux possibilités éducatives mais aussi soutenir la représentation des femmes aux postes décisionnels. Enfin, jugeant insuffisantes les législations actuelles sur le sujet, l'OIT recommande la mise en place de sanctions dissuasives, de campagnes d'information publiques et la création d'organismes spécialisés en matière d'égalité.

(Myrna Cunningham, membre de l'Instance permanente de l'ONU sur les questions autochtones (United Nations Permanent Forum on Indigenous Issues - UNPFII) a tenu un discours sur les mesures nécessaires pour lutter contre la discrimination.)

Enfin, il semble nécessaire, pour l'OIT, de s'attaquer aux facteurs socio-économiques: introduire de meilleures politiques en faveur de l'équilibre vie privée et vie professionnelle, en incluant la dimension du genre dans la protection sociale, en protégeant les emplois de qualité dans le secteur des soins à la personne - où les femmes sont surreprésentées et "repenser les politiques macroéconomiques de manière à mieux inclure les femmes notamment dans l'économie informelle".

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Adoptant la résolution concernant les retraites des femmes de l'Union européenne, la Commission européenne est, elle aussi, prête à soutenir les efforts « visant à briser le plafond de verre » et à « combattre la ségrégation sur le marché du travail ».

(avec AFP)

Audrey Fisne

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