Assurance vie : "Le modèle binaire fonds euros ou unités de compte a vécu", affirme le régulateur

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(Crédits : CC0 Creative Commons/Pixabay.)
Pour l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France, les assureurs doivent faire preuve d'inventivité pour élargir leurs gammes de produits d'assurance vie, tout en prenant en compte la situation personnelle de chaque épargnant.

À l'occasion de sa conférence de presse annuelle, ce jeudi 24 octobre, le gendarme des banques et des assureurs s'est exprimé sur la question de l'avenir des fonds euros, qui prend de plus en plus d'ampleur chez les assureurs proposant des contrats d'assurance vie. "L'offre binaire fonds euros ou unités de compte a vécu", a déclaré, sans détour, Patrick Montagner, premier secrétaire général adjoint de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France.

Pour rappel, une personne détentrice d'un contrat d'assurance vie peut choisir de placer son épargne de deux manières : en fonds euros ou en unités de compte (UC, dans le jargon du secteur). La première option est peu risquée. Il s'agit de placements majoritairement investis en dette souveraine, autrement dit dans des emprunts d'État. Le capital initial et les intérêts y sont garantis, indépendamment de l'évolution de la conjoncture économique et financière. Mais dans un contexte de taux durablement bas, voire négatifs, les garanties sur le capital et sur les intérêts proposées par les fonds euros deviennent un vrai casse-tête pour les assureurs.

Lire aussi : Assurance vie : comprendre la différence entre les fonds euros et les unités de compte

La rentabilité des assureurs mise sous pression

La seconde option des UC, elle, est plus risquée. En effet, ces placements ne donnent aucune garantie au bénéficiaire sur le capital et sur les intérêts. En contrepartie de cette prise de risque, les rendements, sur une longue durée, peuvent être plus élevés et donc intéresser les épargnants impactés par une baisse durable du rendement moyen des fonds euros, qui s'établissait en 2018 à 1,8% selon les chiffres de la Fédération française de l'assurance (FFA).

Ces dernières semaines, plusieurs assureurs, dont Generali France, Allianz France, Aviva France et AG2R La Mondiale, ont déclaré qu'ils prévoyaient ou songeaient à durcir les conditions d'entrée dans les fonds obligataires à capital garanti qui pèsent sur leur rentabilité pour inciter les épargnants à privilégier les placements en unités de compte.

Des assureurs plus inventifs

"Le tout UC n'est pas une solution. Le tout fonds euros non plus. Nous nous attendons à ce que les assureurs offrent une gamme de produits plus large et non binaire avec des prises de risques encadrées. Nous appelons les assureurs à faire preuve d'un peu plus d'inventivité", a déclaré Patrick Montagner.

"Le fonds euros n'est pas forcément le meilleur conseil à donner à l'épargnant quel qu'il soit. Les situations de placements de l'épargne doivent tenir compte de la situation personnelle de chaque épargnant, c'est-à-dire : quel est son niveau global de patrimoine ? Quelles sont ses attentes ? Et quelle est sa place sur la courbe de vie ?", a-t-il poursuivi.

Les assureurs peuvent-ils imposer des placements en UC aux épargnants ? "Les déclarations [des assureurs, Ndlr] sont très largement à modérer en fonction de la situation contractuelle. Il faut savoir si nous avons affaire à un nouveau contrat ou à des versements libres sur des anciens contrats", a-t-il souligné. Et de mettre en garde : "Tout ce qui est prévu au contrat est prévu au contrat".

Un arbitrage complexe

Le régulateur n'est pas non plus contre l'idée de limiter la souscription de nouveaux contrats en fonds euros au-delà d'un certain montant. "Ce n'est pas une idée absurde", a estimé Patrick Montagner. Selon lui, ce serait une façon de protéger les assurés actuels.

"Si vous amenez des contrats de 10, 20, 50 ou 100 millions d'euros sur le fonds euros, cela veut dire que cet afflux net de liquidités de nouveaux contrats est investi aux conditions du moment et donc dilue les rendements des assurés passés qui, eux, ont contribué à accumuler la richesse qui sera distribuée. Il y a un arbitrage qui n'est pas simple", reconnaît-t-il.

Quel est le bon modèle à la fois soutenable pour les assurés et les assureurs ? Est-ce que cela nécessitera des changements de régulation ? Ce sont des questions qui restent pour le moment encore en suspens. Pour l'ACPR, l'enjeu consiste aussi à fournir une information complète sur les "sous-jacents" qui se cachent derrière les unités de compte, qui sont un concept juridique et non un placement. La composition de sous-jacent peut ainsi changer selon le profil de risque de l'assuré. "Il faut trouver la meilleure façon d'avoir une information qui soit compréhensible par un assuré lambda qui n'est pas spécialiste des marchés financiers", conclut Patrick Montagner.

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a écrit le 25/10/2019 à 11:53 :
L' enveloppe juridique et fiscale permet de placer son épargne sur différents supports. Soit obligations ou actions. A l'heure des obligations à zéro ou moins il est impossible de dégager des revenus comme avant. Les supports actions peuvent être très diversifiés, France et étranger. Et dans des sociétés très diverses. Le risque est très reparti. Le seul sujet est d'ordre connaissance de l'économie. Notre pays a une culture de statut, de garanties à vie. Difficile pour beaucoup d'imaginer autre chose que la sécurité absolue. Alors que des gestionnaires de qualité peuvent répartir l'épargne gérée sur de très nombreux supports. Et satisfaire leurs clients.
a écrit le 25/10/2019 à 11:39 :
L'assurance vie c'est beaucoup d'opacité. J'ai l'impression que l'assureur ou mon réseau bancaire gagne plus d'argent que moi.
Il y a 20 ans on avait un minimum d'information sur les placement réalisés, aujourd'hui plus rien.
Les unités de compte ça descend plus vite lorsque le marché n'est pas favorable que ça monte lorsque c'est l'inverse.
Quand au partage des bénéfices en fin d'année les assureurs font ce qu'ils veulent. Ils servent les contrats récents a détriment de ceux qui ne sont plus commercialisés.
a écrit le 24/10/2019 à 22:57 :
Par les temps (politique et bancaire) qui courent, l'épargnant est forcé à se muer en un consommateur compulsif, et à dépenser son argent le plus vite possible.

Tout est fait pour bloquer les placements sûrs : taux négatifs sur les emprunts d'Etat, taux des livrets tendant vers zéro, taxation de plus en plus forte sur l'immobilier, accès de plus en plus difficile à l'argent liquide...et bientôt peut-être une restriction sur l'achat d'or physique !

Choisissons d'emprunter les chemins les plus sûrs (et les plus rémunérateurs, ou au moins les moins coûteux) actuellement légaux tant qu'ils existent encore...! Car combien de temps ceux-ci seront-ils autorisés par les gouvernants ?
a écrit le 24/10/2019 à 20:11 :
cet afflux net de liquidités de nouveaux contrats est investi aux conditions du moment et donc dilue les rendements des assurés passés qui, eux, ont contribué à accumuler la richesse qui sera distribuée. Il y a un arbitrage qui n'est pas simple", reconnaît-t-il.

En gros, vous achetez un bien en commun, avec des règles qui permettent a ceux qui mettent plus de prendre tout ou presque par le volume??!!!
Comme la musique en fait, le même modèle.

C'est aussi le modèle du net, alors finalement ne pouvons nous pas donner un nom simple pour ce mécanisme? Il est vrai qu'a présent, ayant constaté sur 2017 et 2018 avoir moins de capital, genre 20% sur fond euros, j'ai eu comme l'impression que mon derrière me chatouillait !!

Alors effectivement, cela dit aussi des mécanismes nécessaires que devra avoir le citoyen pour savoir quoi faire.

J'ai pu assister en bourse a des choses qui fait que j'aime comprendre, mais pas un euro.

Le problème de tout cela, c'est la visibilité de la chose. Ce qui sauve les assurances, c'est l'inertie des générations passées qui ont une vision obsolète pour certains et un regard crédibilisant comme celui sur l'avocat.

Alors le rendement, c'est vrai que c'est une drôle de période lorsque l'on sait les liquidités de la BCE qui finalement permet la dilution des économies de chacun !!!

C'est pour cela que Draghi ne voulait faire un retour sur ses actions......
a écrit le 24/10/2019 à 19:21 :
Les unités de compte, c'est investir (jouer) à la Bourse avec l'assurance (sic!) de se faire plumer. J'ai déjà donné (Merci...) après la crise de 2009. Les UC?... d'accord, mais avec une garantie du capital. Pas possible ? Alors c'est Niet, quitte à accepter des rendements quasi nuls.
a écrit le 24/10/2019 à 19:11 :
le meilleur conseil a donner a un epargnant, c'est de laisser son argent sur son compte courant
ca lui rapporte 0, un peu comme les contrats d'assurance vie qui rapporte 2% avec 2% de frais de gestion, et ca ne risque pas de perdre 40% comme la bourse
( oui les contrats en unites de compte ca perdra aussi 40%, sauf que l'assureur prendra en plus 2.5% de gestion + une commission de surperformance s'il n'a perdu que 35%)
ca ne risque pas non plus des mesures anti bailleurs comme dans l'immobilier ' pour gagner 2% avant impots et csg' ( 0 donc)
et quand les banques devront financer gratuitement la secu et l'etat avec tout le cash des comptes courants, les gens vont retirer leur argent
c'est pour ca qu'on leur explique qu'on ne peut plus retirer de cash et que tout sera electronique ' pour faciliter la vie de tout le monde'
les lois sapin, ca n'a pas ete vote pour rien
Réponse de le 25/10/2019 à 8:14 :
En gros, tu nous expliques la fin du service bancaire, et le fait qu on va prendre l argent des gens comme ça,
Merci mme Irma, mais faut consulter rapidement par contre.

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