Axa désinvestit le secteur du tabac

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Dans le communiqué, l'Allemand Thomas Buberl, futur directeur général du groupe, reconnaît que cette décision a un coût mais notre conviction est claire : le coût humain du tabac est dramatique, son coût économique est énorme.
Dans le communiqué, l'Allemand Thomas Buberl, futur directeur général du groupe, reconnaît que "cette décision a un coût mais notre conviction est claire : le coût humain du tabac est dramatique, son coût économique est énorme". (Crédits : REUTERS/Shannon Stapleton)
L'assureur français va vendre pour environ deux milliards d'euros d'actions et d'obligations liées au secteur du tabac

L'assureur français Axa a décidé lundi de se débarrasser de ses propres actifs liés au tabac, qui pèsent environ 1,8 milliard d'euros, une grande première dans le secteur de l'assurance saluée par des défenseurs de la lutte contre le tabagisme et des promoteurs de l'investissement durable.

"La poursuite de nos investissements dans des entreprises de l'industrie du tabac n'a plus de sens", a expliqué l'Allemand Thomas Buberl, qui prendra les rênes du groupe dès septembre. Axa, dont l'ensemble des primes santé s'est élevé à "près de 12 milliards d'euros" en 2015, est le "premier assureur global" à faire ce choix, a affirmé à l'AFP un porte-parole de l'entreprise.

Un assureur santé et "investisseur responsable"

Le groupe, qui se présente comme un "assureur santé et investisseur responsable", souhaite jouer un rôle dans la "prévention" et "soutenir les efforts des gouvernements" de la planète pour enrayer le tabac et ses effets désastreux sur la santé, selon un communiqué.

"Cette décision a un coût, mais notre conviction est claire: le coût humain du tabac est dramatique, son coût économique est énorme", écrit M. Buberl dans ce document.

Retrait du charbon

Axa, qui avait annoncé le retrait de ses investissements dans le secteur du charbon à hauteur d'environ 500 millions d'euros, il y a tout juste un an en vue de la COP21, va cette fois encore plus loin dans sa politique d'investissement responsable.

La compagnie d'assurances, qui s'est engagée l'an dernier à tripler ses investissements "verts" d'ici 2020, va "immédiatement céder" les actions qu'elle détient dans des entreprises du secteur du tabac, et dont la valeur actuelle s'élève à environ 200 millions d'euros. Elle va également "cesser d'investir dans des obligations d'entreprises de l'industrie du tabac" et "réduire progressivement son portefeuille d'obligations émises par ces mêmes sociétés, dont la valeur s'élève actuellement à environ 1,6 milliard d'euros".

Effet boule de neige chez les assureurs?

Inattendue, l'annonce a ravi les experts de l'économie responsable, pour qui cette "secousse" pourrait faire boule de neige chez les assureurs. Cette "nouvelle incroyable", "aurait pu être écrite par l'OMS", l'Organisation mondiale de la Santé, réagit Vincent Auriac, président d'Axylia, un cabinet spécialisé en investissement responsable.

Cette annonce intervient trois jours après le démarrage des ventes du paquet de cigarettes neutre, c'est-à-dire sans logo ni couleur distinctive, en France et au Royaume-Uni.

Les spécialistes de la lutte contre le cancer et contre le tabagisme respirent. Les promoteurs de l'investissement responsable saluent eux "la cohérence" entre les engagements et les placements du deuxième assureur européen.

La démarche d'Axa est "une étape clé dans la bonne direction", a souligné Cary Adams, patron de l'Union internationale contre le cancer (UICC).

Le tabac, dont le coût est "estimé à 2.100 milliards d'euros par an", tue 6 millions de personnes par an dans le monde, un chiffre qui devrait augmenter à 8 millions d'ici à 2030, pointe l'organisation.

Une question de "santé publique"

L'industrie du tabac faisait jusque-là l'objet d'exclusions sectorielles, reposant sur des critères éthiques notamment aux Etats-Unis (concernant la religion, le jeu ou l'alcool etc...). "Ce qui est nouveau : c'est l'exclusion en lien avec la santé publique", indique à l'AFP Anne-Catherine Husson-Traore, directrice de Novethic, centre de recherche sur l'économie responsable, filiale de la Caisse des Dépôts.

A terme, cette logique "peut conduire à remettre en cause beaucoup d'activités", dit-elle, citant les préoccupations grandissantes sur l'impact environnemental et social de l'industrie agroalimentaire.

Axa lui-même évoque dans son communiqué les coûts liés à l'alcool et à l'obésité. On est entré dans "une déclinaison du principe polleur-payeur sans que ce soit imposé par les Etats", observe aussi de son côté Vincent Auriac.

Mais comme c'est souvent le cas en matière d'investissement responsable, la décision d'Axa paraît pour certains, sujette à caution. Le cabinet Axylia se demande sur Twitter si la consigne de désinvestissement du tabac concerne également les fonds colossaux gérés par Axa IM, la société de gestion de l'assureur. Si les fonds propres de l'entreprise ne sont plus investis directement dans l'activité du tabac, cette démarche "ne s'applique pas aux actifs gérés pour compte de tiers", a répondu à l'AFP un porte-parole du groupe.

Mais "Axa est l'un des plus gros clients d'Axa IM" et "sur les 700 milliards d'euros que gère Axa IM, 500 constituent les fonds propres du groupe", fait savoir Mme Husson-Traore.

 AFP

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