La BEI veut stopper le financement des énergies fossiles à horizon fin 2020

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(Crédits : Eric Vidal)
Les ONG ont salué l'engagement de la Banque européenne d'investissement, qui doit encore être approuvé par les 28 pays de l'Union. Ce projet serait un revirement total de la politique de la BEI. En 2018, la banque publique de l'Union européenne avait fourni 2,5 milliards d'euros pour des projets dans le domaine des énergies fossiles.

Article publié le 27/07 à 14h42, mis à jour à 18h30 avec les réactions de l'ONG les Amis de la Terre.

La Banque européenne d'investissement (BEI) songe à cesser d'ici fin 2020 le financement d'énergies fossiles, un plan dévoilé vendredi, salué par les ONG mais qui doit encore être approuvé par les 28 pays de l'UE.

Au lendemain d'une canicule sans précédent en Europe, symptôme sans équivoque du réchauffement de la planète, la BEI, bailleur de fonds de l'Union, basé au Luxembourg, a indiqué vouloir "accroître son soutien à la transition énergétique dans l'UE".

Dans une vidéo postée vendredi sur Twitter, l'Irlandais Andrew McDowell, l'un des huit vice-présidents de la BEI, a estimé qu'arrêter de financer les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) était "conforme aux engagements pris par l'Europe lors de l'accord de Paris sur le climat".

Un engagement salué par l'ONG Friends of the Earth

Signé en 2015, cet accord prévoit de contenir d'ici à 2100 le réchauffement climatique "bien au-dessous de 2 degrés par rapport aux niveaux préindustriels" et si possible de viser à "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures" à 1,5 degré. Pour y arriver, il faudrait réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre, dont les énergies fossiles sont à l'origine.

S'il est approuvé par les 28 de l'UE, ce projet serait un revirement total de la politique de la BEI: en 2018, la Banque a fourni 2,5 milliards d'euros pour des projets dans le domaine des énergies fossiles, dont l'essentiel a été consacré aux gazoducs.

Ce projet a aussitôt été salué par la branche européenne de l'ONG américaine Friends of the Earth. "C'est un rayon de lumière dans l'obscurité", a déclaré Colin Roche dans un communiqué.

"Pendant que l'UE et les gouvernements nationaux pataugent et que la planète brûle, la banque publique de l'UE a fait la proposition courageuse, correcte et juste d'arrêter de financer des projets dans le domaine des énergies fossiles", a-t-il ajouté.

"Nous exhortons à présent le conseil des gouverneurs de la BEI (qui rassemble les 28 ministres --généralement des Finances-- des pays de l'UE, ndlr) à approuver ce pas en avant", a-t-il poursuivi.

"Une bonne base de négociation", selon Les Amis de la Terre

"Si le texte est une bonne base de négociation, certaines failles méritent d'être corrigées pour s'assurer que la BEI ne continue pas à financer l'industrie fossile de manière détournée, notamment à travers les financements indirects et le soutien à différentes formes de gaz décarboné", a pour sa part réagi l'ONG les Amis de la Terre dans un communiqué.

"Par ailleurs, le texte risque fortement d'être détricoté par les Etats membres de l'Union européenne en Conseil d'administration", prévient-elle. "La France jouera un rôle clé dans ces négociations. Or, la position initiale de la France transmise à la BEI lors de la phase de consultation restait très floue sur la question du gaz fossile", estime-t-elle

"Ce gouvernement est-il sincère lorsqu'il dit vouloir transformer la BEI en banque européenne du climat ? Si oui, il doit soutenir publiquement la fin du soutien aux énergies fossiles de la banque publique. Ce sera le crash test. Nous attendons des réponses claires de la part de Bruno Le Maire sur cette question", déclare Cécile Marchand, chargée de campagne climat et acteurs publics aux Amis de la Terre, cité dans le communiqué.

Faire de la BEI une banque du climat

"Ces discussions vont commencer en septembre", a précisé M. McDowell, sur Twitter, ajoutant "c'est au conseil des gouverneurs de décider de la politique de la Banque".

Ce virage vert proposé par la BEI survient dix jours après une promesse faite par la future présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen, devant le Parlement européen, de transformer la BEI en une "banque du climat" afin de soutenir une politique plus verte.

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Commentaires
a écrit le 29/07/2019 à 8:41 :
"Les Amis de la Terre"

Auto décrétés donc, à savoir ceux qui sont persuadés de détenir la vérité. Eux aussi comme Greenpeace ont appelé à voter Macron pour sauver la "démocratie" ?

On y arrivera jamais...
a écrit le 28/07/2019 à 10:11 :
Dans les faits, les énergies renouvelables ne servent pas à grand chose.

L'Allemagne a toujours autant de centrales thermiques.

En 2010, la puissance installée était de 23,8 GW de gaz et 49,7 GW de charbon.
En 2019, la puissance installée est de 29,4 GW de gaz et 44,9 GW de charbon.

Comme ces centrales sont utilisées de façon intermittente, elles produisent moins d'électricité mais émettent toujours autant de CO2 car démarrer une centrale thermique, modifier la puissance une centrale thermique augmentent les émissions de CO2 par kwh.

Voilà pourquoi, en 2018, l'Allemagne a mis presque 2 fois plus de CO2 par habitant que la France.
a écrit le 27/07/2019 à 15:43 :
Là il faut que LT développe.

Rien que pour la France la seule TICPE rapporte 37 milliards € dont 13 vont directement au budget de l'état. Mais il y a toutes les taxes induites par le transport, le chauffage domestique etc etc

Vu tout ce qu'on paye comme taxe sur les carburants, j'ai plutôt l'impression que ce sont les entreprises du secteur et les consommateurs qui financent les états, et pas l'inverse. Franchement il faudrait que l'on sache ce qui a été financé, où, combien et pour quoi faire.


Il faut savoir que les entreprises de prospection pétrolière non seulement ne bénéficient d'aucun avantage ou aide financière mais doivent engager des dépenses minimales de recherche dont les montants se comptent en millions . En production c'est pareil. Les producteurs paient des redevances, des taxes et ne bénéficient d'aucune aide d'état.

Relativisons donc 2.5 milliards d'aides à l'échelle de l'Europe, toutes énergies confondues, c'est peanuts. Un coup de com... Si ces aides sont utiles, elles reviendront sous une forme détournée dans les état concernées. Ce n'est pas demain la veille que la Pologne va renoncer au charbon et stopper le financement des organismes de recherche liées à cette activité.

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