La rentabilité des banques françaises encore sous pression en 2019

Par Delphine Cuny  |   |  529  mots
(Crédits : Reuters)
Dans un contexte de taux toujours bas, les analystes de Standard & Poor's anticipent "au mieux" une stabilisation des revenus dans la banque de détail en France. La concurrence et les investissements de transformation vont aussi peser sur les marges.

Pas encore le bout du tunnel. En 2019, les banques françaises devraient voir leurs marges toujours sous pression sous l'effet conjugué des taux d'intérêt bas, d'une concurrence accrue et de coûts d'investissements de transformation, selon l'agence de notation Standard & Poor's.

En banque de détail, « on s'attend au mieux à une stabilisation du produit net bancaire qui dépendra du rythme de remontée des taux », a déclaré Nicolas Malaterre, directeur senior chez S&P Global Ratings, lors de la conférence de presse annuelle de l'agence de notation ce jeudi 10 janvier.

La Banque centrale européenne (BCE) a jusqu'ici répété que les taux d'intérêt resteraient inchangés « au moins jusqu'à l'été 2019. »

En novembre dernier, le directeur général de Crédit Agricole S.A. s'était cependant montré optimiste, estimant que « les caisses régionales comme LCL semblent avoir atteint le point d'inflexion où la baisse des marges d'intérêt est compensée par la croissance des volumes et des commissions »  et « probablement atteint le point bas »  dans la banque de détail.

Les banques françaises doivent aussi composer avec une concurrence très forte, nourrie par l'arrivée de nouveaux acteurs en banque mobile, les startups de la Fintech ou néobanques.

« La capacité à augmenter les commissions sera probablement plus attaquée du fait de la concurrence », a relevé Nicolas Malaterre.

Cette concurrence « pèse également sur les marges de crédit », qu'il s'agisse d'emprunts immobiliers ou de prêts aux PME, les banques ayant dû baisser leurs taux pour conquérir des clients.

Poids des investissements et du réseau

Les banques ont également des investissements importants liés à la transformation numérique et à la réglementation à absorber. Or, les coûts d'exploitation des banques françaises « restent toutefois élevés avec peu de perspectives d'amélioration », souligne S&P Global Ratings dans sa présentation. En effet, les établissements français « ne bénéficient pas de la mise en place des plans d'efficacité qu'elles mettent en place », a ajouté l'expert de S&P. Entre autres en raison de coûts dus à une « implantation plus large que dans d'autres pays européens » des réseaux d'agences et à une dématérialisation des services bancaires plus récente que dans les pays du nord de l'Europe, a développé Pierre Gautier, responsable analytique Europe de l'Ouest.

Le modèle diversifié de banque universelle à la française est cependant un facteur de résistance, les revenus issus de l'assurance et de la gestion d'actifs « atténuant la pression exercée sur les marges d'intérêt et la forte concurrence » a-t-il noté.

Sous pression, les banques françaises subissent un véritable « désamour » de la part des investisseurs : BNP Paribas (-36,6%) et Société Générale (-35,3%) ont signé respectivement l'an dernier la troisième et la cinquième pire performance du CAC 40 (lui-même en repli de 10,95%).

« Il va falloir que tout le monde recalibre ses attentes » a estimé Pierre Gautier.

BNP Paribas ouvrira le bal des résultats annuels dans le secteur le 6 février prochain.

(avec AFP)