La France est paradoxale

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Dans ce « ù », l'accent représente Paris, ville-monde, et son port (Rouen-Le Havre). L'Île-de-France reste la région la plus jeune de France.
Dans ce « ù », l'accent représente Paris, ville-monde, et son port (Rouen-Le Havre). L'Île-de-France reste la région la plus jeune de France. (Crédits : Décideurs en région)
A quoi ressemblera la France dans quinze ans ? Deux regards sur un pays paradoxal...

La France crée Blablacar, pas Uber. Elle crée Vente-privee.com, pas Amazon. Elle crée le Drive (point de retrait après achat sur Internet), pas la livraison par drone. Blablacar, car la densité de population est finalement faible en France, 116 habitants au km2. Le Drive, pour la même raison. Vente-privee.com à l'origine pour les marques haut de gamme, voire de luxe.

La France crée en fonction de ce qu'elle est. Les spécificités de la France vont se retrouver dans la manière dont elle imagine le climat de demain et les technologies urbaines. Que sera la France de 2030, dans quinze ans ?

Qu'est-ce qui va conduire la création dans les années à venir ? Je propose les deux regards qui font de la France un pays paradoxal dans l'économie d'aujourd'hui et surtout de demain.

Paris échappera à la montée des eaux et aux grosses pollutions

D'abord, en 2030, la croissance de la population se fait en forme de « ù » sur les régions atlantiques et les régions méditerranéennes, Corse et Rhône-Alpes incluses. Plusieurs régions seront déclinantes, de l'Auvergne à la frontière belge.

Dans ce « ù », l'accent représente Paris, ville-monde, et son port (Rouen-Le Havre). L'Île-de-France reste la région la plus jeune de France. Elle attire les étudiants de nos régions et du monde entier qui, vers 30 ans, retournent dans leurs régions d'origine.

Paris est cher et le sera encore plus. Elle est l'une des rares capitales mondiales à ne pas être un port marin, donc elle échappera à la montée des océans, comme d'ailleurs aux grosses pollutions, conservant un romantisme d'antan. Elle attirera.

France des villes, France des champs

Ensuite, en 2030, la France se caractérisera par la croissance des communes périurbaines de 3.000 à 20.000 habitants, aux loyers et prix du logement modestes, au rêve de maison avec jardin et avec une offre sociale (enseignement, santé) minimum. La stagnation de la croissance démographique va handicaper les 14 métropoles. Certaines (Lyon, Toulouse, Marseille...) profiteront d'un effet « halo » lié à la saturation de Paris.

Pour caricaturer encore, il va s'affirmer une France des villes (Paris), et une France des champs. Elle sera loin de ce que l'on a appelé « Paris et le désert français » (Jean-François Gravier, 1947). Bien au contraire, la France des 36.000 communes et des 365 fromages va affirmer sa subtilité, son originalité et sa créativité.

Dans quinze ans, la France des champs, attentive à sa qualité de vie, côtoiera la France des villes, de Paris, attentive à la mondialisation. C'est cette dualité, parfois ambiguïté, qui abordera la ville et le climat de demain. Autant dire que sur le plan créatif, c'est très riche.

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L'AUTEUR

Philippe Cahen est prospectiviste.

Son ouvrage le plus récent : Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

À découvrir aussi : sa contribution à l'ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015.

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Commentaires
a écrit le 27/11/2015 à 12:14 :
Retour vers le futur

Paris dans 15 ans ressemblera au Paris d'il y a 15 ans, en pire là où c'est physiquement possible. Mais ça crée de l'emploi : combien de fonctionnaires bien-pensants a-t-il fallu embaucher pour ânonner ces truismes ?
a écrit le 27/11/2015 à 12:05 :
La France est devenue paradoxale quand elle n'a plus voulu être un paradoxe mondial et c'est résolue a singer ceux qui l'entoure en abandonnant sa souveraineté!
a écrit le 27/11/2015 à 11:45 :
Très compliqué la prospective. Il me semble que celle ci ne prend pas du tout en compte les problèmes énergétiques et leur cout croissant (pétrole et électricité, surtout s'il y a une explosion du nombre du parc électrique). Il ne fait aucun doute que la raison principale du retour des trentenaires dans leur région, c'est le coût du logement qui à Paris est prohibitif, difficile pour beaucoup de fonder une famille à Paris ou en banlieue. Avec le réchauffement climatique il est également difficile de connaître le climat qu'il fera dans le sud (plus de sécheresses, de vagues de chaleur difficiles à supporter pour des personnes agées et de tempêtes violentes), peut être que celle ci à cause de retraites plus maîgres privilégieront du foncier moins cher et un climat devenu plus doux dans certaines régions boudées aujourd'hui. Qu'adviendra t'il de Montpellier, Nice, Cannes et autre villes de bord de mer avec la montée des eaux et les expropriations certainement nécessaire qui viendront avec? Enfin concernant la croissance des zones péri-urbaines, tout dépend de la distance par rapport au centre ville et aux transports en communs. Avec une remonté des prix de l'essence il y a fort a parié que certains regretteront de s'être éloigné de la ville et de leur dépendance à la voiture. On le voit déjà dans une ville comme Toulouse ou la ville n'a cessée de s'étendre plutôt que de se densifier, des problèmes d'infrastructures avec un nombre grandissant de bouchon. Certaines personnes travaillant à Toulouse ou Blagnac font 100km (A/R) pour aller travailler, beaucoup de petites communes à 30 voir 40km de la ville, où fleurissent des pavillons tout neufs, ont des habitants qui travaillent à Toulouse ou Blagnac.
Réponse de le 28/11/2015 à 12:52 :
Tout à fait d'accord avec @jo sur tout le développement.
Pour la première phrase : "compliqué de faire de la prospective" : la prospective ne prévoit pas le futur, c'est l'affaire des gourous. La prospective ouvre les possible et surtout les impossibles. Mon "jeu" est aussi de démontrer l'inverse.

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