Volvic : pourquoi les bouteilles plastiques restent un problème environnemental et sanitaire insoluble

Des bouteilles d'eau minérale Volvic sont exposées dans un supermarché à Nice, en France, le 9 janvier 2023.
REUTERS - ERIC GAILLARD

Des bouteilles d'eau minérale Volvic sont exposées dans un supermarché à Nice, en France, le 9 janvier 2023.
REUTERS - ERIC GAILLARD
Le verdict est sévère pour le géant de l’agroalimentaire Danone, propriétaire de la marque d’eau minérale Volvic : ce lundi, la firme a été jugée coupable de « pratiques commerciales trompeuses » par le tribunal judiciaire de Paris pour avoir mentionné sur ses bouteilles d’eau qu’elles étaient « neutres en carbone » ou « 100 % recyclables ». Contacté par l’AFP, Danone a indiqué faire appel.
L’affaire émane d’un recours déposé par l’association française de consommateurs CLCV (Consommation, logement, cadre de vie). Par ailleurs, une autre plainte déposée par 13 associations (dont CLCV), membres du Bureau européen des unions de consommateurs, vise depuis 2023 Coca-Cola, Nestlé Waters et, là encore, Danone, pour des « pratiques commerciales trompeuses » concernant la recyclabilité des bouteilles. L’instruction est toujours en cours.
Au-delà de l’issue de ces procédures, ces affaires remettent au centre du jeu cette question : pourquoi la bouteille plastique, en tant qu’emballage, pose-t-elle autant de problèmes sur les plans environnemental et sanitaire ?
La première raison est directement liée à la condamnation en première instance de Danone : les bouteilles en plastique ne sont techniquement pas du tout recyclables à 100 %. Car le « PET », le type de plastique utilisé pour fabriquer ces contenants, n’est, par nature, pas un matériau circulaire parfait. S’il peut être en partie recyclé, il perd à chaque fois en qualité, ce qui le rend impropre à une réutilisation à l’infini.
Concrètement, à chaque recyclage mécanique, les chaînes de polymères du PET se raccourcissent, ce qui altère les propriétés du plastique. Par ailleurs, le procédé implique obligatoirement des pertes de matière liées à la collecte, au tri ou encore au lavage.
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Cette faiblesse structurelle explique en partie pourquoi les bouteilles en PET ne sont recyclables que deux à trois fois dans une qualité convenable. Mais aussi pourquoi, dans l’Union européenne, seulement 30 % des bouteilles usagées en PET servent à fabriquer de nouvelles bouteilles.
L’autre problème est la pollution environnementale engendrée par les emballages en plastique en général. Les chiffres sont là : selon différentes études, au niveau mondial, environ 22 % des plastiques sont rejetés dans la nature, notamment dans les océans.
Ce qui équivaut, en moyenne, au déversement de 15 tonnes de plastique chaque minute, soit la contenance d’un camion poubelle. Où part le reste ? La moitié du volume mondial de plastique est enfouie dans des décharges, 19 % sont incinérés et seulement 10 % sont recyclés.
Pour revenir aux bouteilles en plastique, un autre fait est également problématique : leur empreinte carbone. Pour donner une idée, l’ADEME estime que l’eau du robinet est 2 000 fois moins émettrice de CO₂ que l’eau en bouteille. En cause : les émissions liées au transport, mais aussi le carbone émis par les hydrocarbures à partir desquels le plastique vierge est produit.
Et le problème est loin d’être résolu puisque l’utilisation du plastique pour les emballages ne fait qu’augmenter dans le monde. Selon l’OCDE, en 1950, environ 2 millions de tonnes de plastique étaient produites sur la planète. Un chiffre qui est monté à 475 millions de tonnes en 2022. Les nouvelles projections vers 2060 montrent que le milliard de tonnes pourrait être atteint.
Cette croissance en continu alerte de nombreuses ONG, qui enjoignent les gouvernements à stopper la production de plastique à usage unique. L’Union européenne s’est d'ailleurs fixé cet objectif d’ici à 2040. En France, si la loi Agec de 2020 impose de diviser par deux le nombre de bouteilles en plastique d’ici à 2030, le nombre de bouteilles vendues dans le pays stagne toujours et les ventes d’eaux embouteillées ont même progressé de 3,3 % en 2025.
Enfin, ces dernières années, la science a mis en lumière le problème sanitaire des bouteilles d’eau en plastique. Une étude publiée en 2024 par des chercheurs de l’université Columbia estime qu’en moyenne, un litre d’eau en bouteille contient 240 000 fragments de plastique. « Soit cent à mille fois plus que précédemment rapporté », précise le rapport. Autre information importante : 90 % de ces fragments étaient des nanoplastiques (particules de moins d’un micromètre).
Si les conséquences sur la santé humaine ne sont pas encore consolidées, une étude de l’Inrae indique déjà des effets négatifs potentiels sur la flore intestinale. Car les nanoplastiques peuvent franchir certaines barrières biologiques naturelles du corps humain, en s’infiltrant dans la circulation sanguine et, in fine, dans certains organes.