Pourquoi la République démocratique du Congo occupe une place unique sur les marchés de minerais

La ville minière de Rubaya,en 2025.
LTD/LTD/Moses Sawasawa/AP/SIPA

La ville minière de Rubaya,en 2025.
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Combien de grammes de minerais congolais contient un smartphone ? La question paraît simple, mais la réponse est presque impossible à établir. Entre l’extraction, le raffinage et la fabrication des composants, les matières premières changent de forme, de nom et de pays. Le coltan, par exemple, devient tantale, un élément essentiel des condensateurs des téléphones.
Derrière cette opacité se cache une réalité devenue centrale pour l’économie mondiale : une partie de la transition énergétique et numérique repose sur les ressources d’un pays marqué par les conflits et les rivalités géopolitiques. La République démocratique du Congo (RDC) s’est imposée comme un grenier minéral dont dépend une part croissante de l’industrie mondiale.
Pour en mesurer l’ampleur, il faut se rendre dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba. Là s’étend la Copper Belt, vaste ceinture géologique partagée avec la Zambie, qui concentre certaines des plus grandes réserves de cuivre au monde. Lorsque la RDC ouvre son secteur minier aux investisseurs étrangers au début des années 2000, la Chine identifie rapidement le potentiel stratégique de la région.
Portée par son industrie électronique puis par la demande mondiale en batteries, elle investit massivement dans les mines congolaises. En vingt ans, la production est bouleversée : la RDC passe de moins de 1 % à près de 14 % de la production mondiale de cuivre et devient le deuxième producteur mondial derrière le Chili. Cette montée en puissance s’accompagne d’une recomposition du secteur.
L’anthropologue Benjamin Rubbers note ainsi que « depuis la crise financière de 2008, il y a eu une série de rachats d’entreprises canadiennes ou australiennes par des entreprises chinoises (...). Le seul acteur qui a une importance aujourd’hui et qui n’est pas chinois, c’est le suisse Glencore ».
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Au-delà du cuivre, la RDC occupe aussi une position clé sur le cobalt. Depuis 2020, Glencore fournit notamment Tesla en cobalt extrait de ses mines congolaises. Or près de 76 % de la production mondiale de ce métal stratégique pour les batteries provient du pays. Cette concentration est rare à l’échelle mondiale et confère à Kinshasa un poids particulier sur certains marchés.
En 2025, lorsque les autorités congolaises restreignent leurs exportations pour soutenir les cours, l’ensemble de la filière mondiale réagit immédiatement avec une hausse des prix. Mais cette dépendance s’accompagne d’une fragilité structurelle. Dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, la stabilité ne dépend pas seulement de la production, mais aussi du transport et des conditions de sécurité. Si la Copper Belt est relativement stable, l’Est du pays reste une zone de fortes tensions. Dans le Nord-Kivu, la mine de Rubaya, plusieurs fois passée sous le contrôle de groupes armés, fournirait près de 15 % de l’offre mondiale de tantale.
Plus au nord, l’avancée du M23 et la suspension de la mine d’étain de Bisie en 2025 ont rappelé à quel point un événement local peut perturber des marchés mondialisés.
Pour les industriels, le risque est double : rupture d’approvisionnement et exposition à des minerais dits « de sang », issus de zones de conflit. C’est dans cette logique de « derisking » que les États-Unis renforcent leur intérêt pour la RDC, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. L’objectif est clair : réduire la dépendance à la Chine, sécuriser les corridors logistiques et garantir un accès direct à des minerais devenus essentiels à la compétition industrielle mondiale.