C'est l'histoire d'une vanne de 150 kg qui n'a fait rire personne et qui a clairement « climatisé » la salle Jupiter, le centre de contrôle du Centre spatial guyanais (CSG) pour les lancements où plus de 100 personnalités venus de France étaient présentes. Tout était pourtant réuni pour le succès lundi du premier vol commercial d'Ariane 6 avec à son bord le satellite espion CSO-3 pour le compte de l'armée de l'air et de l'espace.
La vanne dysfonctionnelle en question fabriquée par un sous-traitant d'ArianeGroup, qui a bien cassé l'ambiance et la fête qui devait suivre le lancement, a provoqué l'arrêt de la chronologie (décompte) à moins de 30 minutes du lancement après plusieurs essais pour tenter de la « débugger » quelques dizaines de minutes précédant le H0, le moment où le lanceur aurait dû décoller. « Les essais ont été convergents et nous ont monté qu'elle avait un comportement anormal », a précisé le président exécutif d'Arianespace David Cavaillolès au cours d'un briefing à Kourou plusieurs heures après l'arrêt de la chronologie.
« Une anomalie a été détectée au niveau des équipements, au sol dans le pas de tir. Il y a un ensemble de tuyaux qui permettent d'avitailler le lanceur (premier étage, ndlr) et de le remplir en ergols (oxygène liquide, hydrogène liquide). Sur l'un de ces tuyaux, une vanne s'est avérée dysfonctionnelle. Quand on lui donnait un ordre, qui correspondait au cahier des charges, cette vanne devait réagir d'une certaine façon avec un seuil de tolérance. Cette vanne n'était pas dans le seuil de tolérance», a-t-il détaillé.
« La seule bonne décision était d'interrompre la chronologie (décompte, ndlr) jusqu'à permettre de comprendre le dysfonctionnement et de le traiter », a expliqué le président exécutif d'Arianespace. D'autant que le satellite d'observation devait décoller à une heure extrêmement précise (13h24) et pas une seconde après pour être mis à poste sur l'orbite polaire à 800 km d'altitude. Quelques dizaines d'experts d'Arianespace ainsi que les fournisseurs sont mobilisés et sont en train d'investiguer sur les caprices de la vanne qui arrivent au plus mauvais moment en Guyane où le carnaval entre dans sa phase la plus chaude (mardi gras et mercredi des cendres). Celle qui est la plus prisée par les Guyanais, qui prennent à ce moment-là des vacances.