LA TRIBUNE : En tant que ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, que signifie votre présence à Kourou pour le premier vol commercial d'Ariane 6 ?
PHILIPPE BAPTISTE : Le spatial est un enjeu majeur pour la souveraineté française et européenne ; et cela commence par les lanceurs. Cette brique est absolument essentielle à l'Europe. Ce lancement est à la fois le premier vol commercial d'Ariane 6et il embarque CSO-3, un important satellite d'observation militaire. Ma présence en Guyane souligne l'importance d'Ariane 6, clef de l'accès à l'espace pour l'Europe d'aujourd'hui et de demain. Ariane 6 c'est le lanceur lourd européen, son carnet de commandes est plein alors qu'il arrive sur le marché. Il est là pour un bon moment ! Dernier message pour le Centre spatial guyanais (CSG) qui revêt une importance stratégique majeure pour la France et pour toute l'Europe.
Vous avez évoqué l'enjeu majeur qu'est la souveraineté pour la France et l'Europe d'avoir un accès à l'espace. L'arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis est en train de tout bousculer, y compris la politique spatiale américaine avec Elon Musk ? Comment les Européens et les Français peuvent-ils se faire une place dans le spatial de demain face à une hyperpuissance décomplexée comme les Etats-Unis ?
Dans le secteur spatial, cela fait déjà plusieurs années que nous sommes confrontés à SpaceX, à Elon Musk et à ses positionnements parfois très agressifs, rendus possibles par un soutien public massif des Etats-Unis. Ce qui est en revanche fondamentalement nouveau, c'est sa double casquette : à la fois au cœur de l'administration américaine et à la tête de SpaceX. Je m'attends à des coups de boutoirs pour les lanceurs, pour les satellites et pour les télécoms. Sur ce sujet, comme sur les autres, l'Europe doit tenir le cap, fidèle à ses valeurs et fidèle à ses engagements.Je peux vous dire que je m'engage totalement, aux côtés du ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et du ministre chargé é de l'Industrie et de l'Énergie, Marc Ferracci, pour que la France reste fidèle à sa boussole stratégique.