Ariane 6 pourra aussi bien placer des satellites en orbite géostationnaire, à 36.000 kilomètres d'altitude, que mettre en orbite des constellations à quelques centaines de kilomètres de la Terre.
Ce mardi, à 21 heures (heure de Paris), la fusée Ariane 6 s'est élancée dans le ciel depuis la base spatiale de Kourou en Guyane. Un pari réussi pour l'Agence spatiale européenne qui attend beaucoup de cet aéronef d'un point de vue commercial et technologique.
Le compte à rebours final était lancé depuis ce début de semaine. Avec quatre ans de retard, la fusée Ariane 6 s'est élevée pour la première fois mardi au-dessus de la jungle guyanaise, portant avec elle les espoirs de l'Europe de retrouver un accès autonome à l'espace.
« Propulsion nominale, trajectoire conforme à l'attendu », a ainsi annoncé le directeur des opérations, Raymond Boyce avant que l'étage supérieur s'allume sous les applaudissements de la salle.
Dénouement positif
Avec un retard d'une heure en raison d'un problème « mineur » résolu dans la matinée, la fusée de 56 mètres a allumé à 21h00 (16h en Guyane française) ses deux propulseurs d'appoint, et le moteur Vulcain de son étage principal. Ce, avant de s'élever dans un ciel clair et de débuter son vol de 2 heures 51 minutes et 40 secondes.
Un dénouement positif pour cette journée où dès les premières lueurs du jour, le portique mobile, vaste cathédrale de 90 mètres de haut qui abrite la fusée, avait été lentement retiré sous une pluie fine, dévoilant la fusée de 56 mètres.
Ce succès aura aussi fait mentir cette statistique : près de la moitié des premiers lancements de fusées ont été des échecs, comme en 1996 pour la première Ariane 5 (qui n'a pourtant connu que deux échecs en 117 tirs).
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
Une journée qui a bien commencé
Dès 10 heures, un nouveau point météo avait donné le « GO pour remplissage ». D'une durée d'une heure trente, cette opération consiste à remplir les réservoirs de la fusée avec les ergols cryogéniques, soit l'oxygène et l'hydrogène liquides qui alimentent le moteur Vulcain.
Enfermés dans le bunker du centre de lancement, sorte de poste de pilotage de la fusée, plus de 200 experts ont ausculté le lanceur jusqu'à ce qu'il quitte le sol, prêts à interrompre le décompte et à résoudre les éventuels problèmes.
Pour son premier vol, Ariane 6 a emporté 17 « passagers » à son bord : 11 microsatellites d'universités, différentes expériences ainsi que deux capsules de rentrée atmosphériques, qui doivent préparer le cargo de fret spatial, voulu par les Européens pour ravitailler les stations spatiales.
Juillet, mois idéal pour un lancement
Dans une interview accordée lundi à La Tribune, Toni Tolker-Nielsen, directeur du transport spatial à l'Agence spatiale européenne (ESA), a affirmé qu'il n'y avait « aucun problème pour effectuer le 9 juillet le vol inaugural d'Ariane 6 ». Le cadre spatial assurant de la bonne tenue des tests et répétitions affiliés à ce vol inaugural.
Mais, dans le cadre d'un report éventuel du vol, le directeur à l'ESA avait expliqué disposer de fenêtres « de lancement tout le mois de juillet », avec la possibilité de lancer Ariane 6 « jusqu'au 31 juillet ». Et Toni Tolker-Nielsen de prévenir : « Après cette date, nous sommes obligés de faire une pause pour toutes les équipes sur place pour qu'elles prennent quelques semaines de vacances. »
Le nouveau fleuron de l'aérospatial européen
Décidée en 2014, Ariane 6 pourra aussi bien placer des satellites en orbite géostationnaire, à 36.000 kilomètres d'altitude, comme sa prédécesseure Ariane 5, que mettre en orbite des constellations à quelques centaines de kilomètres de la Terre.
Et, enjeu central : la réussite du vol inaugural marque/est censée marquer le « retour » de l'Europe sur la scène spatiale, selon le patron du transport spatial à l'ESA, Toni Tolker-Nielsen. En effet, depuis le dernier vol d'Ariane 5 il y a un an, les Européens ne peuvent plus mettre en orbite par eux-mêmes un satellite. L'invasion de l'Ukraine leur empêche désormais l'accès au lanceur moyen russe Soyouz. Et l'autre fusée européenne Vega-C est clouée au sol depuis fin 2022, après un accident.
A noter également : selon le patron du transport spatial à l'ESA, l'autre défi d'Ariane 6 sera de réussir la montée en cadence des vols, avec un autre en fin d'année, six prévus en 2025 et huit l'année suivante. Par ailleurs, le succès de ce premier vol inaugural sera total avec la retombée réussie dans le Pacifique de l'étage supérieur en fin de mission, à l'issue d'un troisième rallumage du moteur Vinci, principale innovation de la fusée.
Le centre de lancement de la base spatiale de Kourou est en liaison constante avec la « salle Jupiter ». Stratégique, il s'agit de la tour de contrôle où sont centralisées toutes les données de télémesures (les données envoyées à chaque instant par la fusée), les informations de suivi radar ou de communications ainsi que la liaison avec les forces armées déployées en nombre pour assurer la sécurité du lancement. Trois avions de combat Rafale ont notamment été déployés pour dissuader tout aéronef trop curieux.