Exportations : l'Allemagne plonge la PME Nicolas Industrie au bord de la faillite

Nicolas Industrie est au bord de la faillite. La PME située dans l'Yonne ne peut honorer une commande destinée à l'Arabie Saoudite en raison de la décision de l'Allemagne de ne plus exporter vers ce pays du Golfe.
Michel Cabirol

3 mn

Les graves difficultés de Nicolas Industrie sont  emblématiques des conséquences de la politique de blocage par l'Allemagne des exportations de matériels militaires vers l'Arabie Saoudite
Les graves difficultés de Nicolas Industrie sont emblématiques des conséquences de la politique de blocage par l'Allemagne des exportations de matériels militaires vers l'Arabie Saoudite (Crédits : Safran)

"Rien n'est trop grand ou trop difficile pour Nicolas Industrie" : une devise qui s'est heurtée durement à la realpolitik de l'Allemagne. Cette entreprise spécialisée dans la fabrication de véhicules de transport lourd capables de tracter jusqu'à 15.000 tonnes dont les booster d'Ariane 5, est aujourd'hui au bord du gouffre. La direction de cette PME, située dans l'Yonne, a dû lancer un plan de restructuration supprimant 72 emplois sur 113. La production va s'arrêter et sera transférée vers l'Allemagne et l'Inde. La double peine pour les employés de cette PME, qui ne peuvent honorer une commande vers l'Arabie Saoudite et dont la production est parallèlement délocalisée... en partie en Allemagne.

Comment en est-elle arrivée là ? Selon des sources concordantes, les graves difficultés de cette PME, dont l'actionnaire allemand est TII Group (Transporter Industry International), sont  emblématiques des conséquences de la politique de blocage par l'Allemagne des exportations de matériels militaires vers l'Arabie Saoudite. Nicolas Industrie avait décroché en tant que sous-traitant de Rheinmetall, un important marché de 120 porteurs de chars destinés au transport logistique de l'armée de terre saoudienne. Aujourd'hui, la PME française ne peut plus livrer ses matériels.

De nombreux blocages

Nicolas Industrie n'est pas la seule entreprise française et européenne à pâtir de la décision de bloquer les exportations d'armes vers l'Arabie Saoudite. L'Allemagne bloque les licences d'exportation de matériels allemands intégrés sur le missile air-air longue portée Meteor, vers l'Arabie Saoudite, qui souhaite armer les Typhoon avec cet armement. Arquus (ex-Renault Trucks Defense) est également contraint de jongler avec les aléas de la politique allemande. Le constructeur de blindés légers rencontre des  difficultés à l'exportation en raison des réticences de l'Allemagne à autoriser des exportations de composants civils en vue d'être militarisés dans certains pays. selon Emmanuel Levacher, cette liste s'est même allongée au-delà de l'Arabie Saoudite et de l'Egypte. Les autorités allemandes ont rajouté l'Indonésie et l'Inde.

"Il faut effectivement harmoniser les conditions d'exportation pour qu'il n'y ait pas de blocage et donc des malentendus entre les deux pays, a estimé le député du Rhône Thomas Gassilloud (LREM) dans une interview à La Tribune. C'est un point qu'il faut traiter rapidement. Les programmes MGCS et SCAF peuvent être des programmes accélérateurs pour aboutir à une convergence entre la France et l'Allemagne".

Quid du SCAF et du MGCS

Inévitablement, ces problèmes export entre la France et l'Allemagne sont d'autant plus cruciaux que Berlin et Paris sont en train de lancer en coopération deux des plus grands programmes européens : le système de combat aérien du futur (SCAF) et le char du futur (Main Ground Combat System). Les deux pays doivent absolument clarifier ce dossier qui est déjà explosif. Interrogées jeudi par La Tribune lors de leur visite de l'usine de Safran à Gennevilliers, la ministre des Armées Florence Parly a expliqué que ce dossier était évoqué entre la France et l'Allemagne tandis que son homologue allemande, Ursula von der Leyen, n'a pas souhaité s'exprimer.

"C'est un sujet évidemment dont on parle énormément puisque tout le monde sait que ce n'est pas possible de s'engager dans des programmes aussi importants et ambitieux si c'est pour la seule satisfaction de nos armées nationales, a convenu Florence Parly. Donc, on doit, d'entrée de jeu, intégrer la nécessité de pouvoir exporter ces équipements. Nous avons naturellement ces échanges et nous allons nécessairement trouver des solutions dont nous avons besoin".

Michel Cabirol

3 mn

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Commentaires 29
à écrit le 15/02/2019 à 9:17
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les PME françaises payent malheureusement au prix fort le désengagement industriel et la perte du savoir faire français commencés dans les années 70.

à écrit le 13/02/2019 à 23:06
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Drôle de morale de préférer le bien-être des salariés au dépens de la poursuite des meurtriers de Kassoghi.

à écrit le 13/02/2019 à 11:12
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"Et en même temps" Rantanplan se bat pour céder notre siège au Conseil de sécurité à l'Allemagne ...

à écrit le 13/02/2019 à 11:12
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"Et en même temps" Rantanplan se bat pour céder notre siège au Conseil de sécurité à l'Allemagne ...

à écrit le 12/02/2019 à 16:49
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L'allemagne ? Son industrie auto + 56 % d'emplois en allemagne l'industrie auto francaise ? - 39 % Tout eddy Mitchel !

à écrit le 12/02/2019 à 14:24
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Il convient de voir "l'Europe telle qu'elle est, et non telle qu'on voudrait qu'elle soit" Les politiques nous vendent une Europe idéale, pleine de calineries que se font les différents pays entre eux alors que nous sommes dans une compétition qui r...

à écrit le 12/02/2019 à 13:13
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Le tandem USA-Allemagne fonctionne trop bien. Une mécanique bien huilée pour mettre notre pays au pas anglo-saxon. C'est le risque majeur de la mondialisation de nos outils de production. Avoir un marché ne suffit pas si nous perdons notre souveraine...

à écrit le 12/02/2019 à 11:53
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Bonjour, Ah l'allemagne et toujours l'allemagne. Quand va-t-on comprendre ? Merci à La Tribune Christian PIRE

à écrit le 11/02/2019 à 23:12
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Nicolas n'avait alors que Rheinmetall comme client? Si c'est le cas, Nicolas était au bord de la faillite depuis bien plus de temps. Tout simplement les produits français ne sont et n'étiont jamais vraiment compétitifs. Je ne connais AUCUNE entrepris...

à écrit le 11/02/2019 à 22:55
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Le responsable n'est pas l'allemagne, ils sont patriotes eux ! Vos élites ont décidé de se débarrasser de corps techniques intermédiaires, jugeant qu'en se concentrant sur de l'ingénierie de systèmes et devenir des intégrateurs de "haut niveau" perm...

à écrit le 11/02/2019 à 21:23
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Dans les cas de collaboration avec les Allemands, il ne faut jamais oublier que ce sont des planches pourries et qu'on ne doit jamais leur faire confiance. Au jeu de poker menteur ils sont très très frts. C'est une bonne nouvelle pour Alstom qui fe...

à écrit le 11/02/2019 à 20:19
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Ce n'est pas la première fois qu'une entreprise allemande, ici TII Gmbh, ferme sa filiale française pour la réinstaller dans un autre pays européen. Comme c'est bizarre?

à écrit le 11/02/2019 à 20:00
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Dàns tous les ças , le meteor est un missile anglais et je reste surpris que l'on ne puise par l'exporter lors du veto d'un pays ... Apres tout rien n'est irremplaçable .... Bon pour savoir s'y l'on dois armee l'Arabie seoudite , si nous ne vendons ...

à écrit le 11/02/2019 à 18:23
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c est beau le couple franco allemand il passe pas une semaine avec un article de Mr CABIROL sur la coopération comme si l Europe s arrêter a ces 2 nations

à écrit le 11/02/2019 à 18:06
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désolé pour les salariés de NICOLAS mais c est le prix a payer d une nation qui a peut d industries. lorsque on fabrique un véhicule roulant militaire est qu il faut acheter la plate forme etles moteurs a l ALLEMAGNE on n est a leurs merci il v...

le 12/02/2019 à 12:01
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Exact, mais l'Angleterre est sortie de l'europe allemande (Europe qui devait être l'Europe de la Paix pour mettre fin aux guerres répétitives avec l'allemagne) et l'Italie est persona non grata. Pas facile de s'y retrouver. Ah oui, j'oubliais l'alle...

à écrit le 11/02/2019 à 15:13
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Mauvaise gestion tout simplement. Dans ce type de commande on prend des garanties, de piement anticipés, de dédits financiers en cas d'annulation de commande. Enfin fabriquer du matériel militaire, ce n'est pas très moral.........

à écrit le 11/02/2019 à 12:43
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Doit-on armer l'Arabie Saoudite avec tous les risques que cela comporte? La réponse est surement non.

à écrit le 11/02/2019 à 11:25
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Les premiers effets du traité d'Aix-la-Chapelle... Et ce n'est que le début.

à écrit le 11/02/2019 à 10:59
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On a trop ou pas assez d'Europe. Soit on fonctionne seul, soit on fonctionne avec un gouvernement européen. Mais on ne peut pas fonctionner avec un système où chacun peut bloquer en fonction de ses envies du moment.

à écrit le 11/02/2019 à 10:58
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je veux pas etre mechant, mais c'est pas isole! quand on fait du materiel militaire exclusivement, on est effectivement un peu a la merci de ce qui se passe au niveau politique! je crois surtout que les dirigeants ont eu les yeux plus gros que le v...

à écrit le 11/02/2019 à 10:48
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Nous sommes de plus en plus face à un très grave problème géopolitique dont les buts, puis les conséquences, sont une Europe hyper-atlantiste sous contrôle US et aux basques de l'Allemagne devenue leur proconsul en Europe. Notre perte de souveraineté...

à écrit le 11/02/2019 à 10:34
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L ‘ analyse de M. Asselineau semble très éclairante pour comprendre en quoi cette situation était totalement prévisible et transforme donc les euro-dirigeants non plus en lâches ou en incompétents, mais plus simplement en traîtres. Dans une remarqua...

à écrit le 11/02/2019 à 10:06
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Il serait fou de se lancer dans ces deux programmes avec l'Allemagne en particulier le SCAF. Je travaille depuis 39 ans dans l'Industrie européenne aéronautique de Défense, avec les britanniques, espagnols, suédois, italiens, hollandais, allemands, b...

le 11/02/2019 à 19:53
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Tout à fait de votre avis avec le même perçu et le même vécu!

à écrit le 11/02/2019 à 9:34
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Il faut vraiment être naif ( comme tous nos dirigents ) pour ne pas comprendre que les gros industriels allemands, de l'industrie de pointe,sont en harmonie avec ces décisions du gouvernement allemand pour saper,éradiquer, l'industrie française.

à écrit le 11/02/2019 à 8:54
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Alors que si cela arrivait dans l'autre sens l'état français rembourserait rapidement l'entreprise. Vite un frexit ou bien mieux un gerxit.

à écrit le 11/02/2019 à 7:45
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C'est le risque si on dépend d'un seul client et d'un seul marché.

le 11/02/2019 à 16:46
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Comme le disait un de mes vieux professeurs, à la lecture de cette info, "Il y a de quoi se taper le derrière par terre jusqu'à ce que ça fasse du feu". Car enfin, des salariés français, sont les victimes de décisions allemandes, qui bloquent leur pr...

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