L'Allemagne bloque l'exportation du missile Meteor de MBDA vers l'Arabie Saoudite

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Le missile air-air longue portée Meteor est opérationnel depuis décembre sur les Eurofighter.
Le missile air-air longue portée Meteor est opérationnel depuis décembre sur les Eurofighter. (Crédits : MBDA)
Berlin bloque les licences d'exportation de matériels allemands intégrés sur le missile air-air longue portée Meteor, vers l'Arabie Saoudite. Les Allemands fabriquent notamment le système de propulsion et les charges militaires.

Les temps sont durs pour MBDA... Le missilier européen est l'un des groupes de défense, qui joue le plus le jeu de la coopération européenne mais, revers de la médaille, il devient finalement très (trop?) vulnérable aux aléas politiques des pays où il confie de la charge de travail. Après les déconvenues en Egypte avec l'interdiction des Etats-Unis d'exporter de certains composants du missile de croisière Scalp vers Le Caire (réglementation ITAR) aujourd'hui en voie de résolution, MBDA doit faire face à une nouvelle interdiction d'exportation d'un de ses missiles.

Cette fois-ci, c'est au tour de Berlin de bloquer les licences d'exportation de matériels allemands intégrés sur le missile air-air longue portée Meteor, vers l'Arabie Saoudite. Contacté par La Tribune, MBDA n'a pas souhaité commenter. Ryad avait souhaité armer ses Typhoon vendus par Londres avec des missiles air-air Meteor. Ce missile, qui est opérationnel depuis décembre sur les Typhoon, a pour principale mission de détruire ou de neutraliser des cibles aériennes à longue distance. Un missile qui ne devrait pas être utilisé dans le cadre du conflit au Yémen. Cette décision de Berlin va sans douter sérieusement agacer Londres. Le Royaume d'Arabie saoudite et MBDA avaient signé en 2014 un contrat d'exportation du missile d'un montant estimé à 1 milliard de dollars.

Des matériels "German free"?

A l'image de la volonté des industriels français de développer des matériels ITAR Free pour éviter les interdictions américaines, certains d'entre eux se posent désormais la question de développer des matériels sans équipement allemand. Pour autant, les équipements allemands du Meteor, qui sont au cœur même du missile, peuvent être très difficilement dupliquer. Car il s'agit du système de propulsion (Bayern Chemie) et de la charge militaire (TDW) ainsi qu'à, un degré moindre, du système de mesures inertielles (Northrop Grumman LITEF GmbH). Bayern-Chemie et TDW sont des filiales de MBDA en Allemagne.

L'Allemagne complique sérieusement les programmes en coopération, surtout dans le cadre du SCAF (Système de combat aérien du futur) et du MGCS (Main ground combat system ou char du futur), deux projets franco-allemands de très grande envergure. Déjà le missile Meteor est l'un des programmes européens les plus emblématiques de l'industrie de défense avec la mise en place d'une coopération qui rassemble six pays. C'est également une réussite. Car le Meteor a des performances nettement supérieures à celles des missiles actuellement en service ou des missiles air-air à statoréacteur susceptibles d'être mis en œuvre à l'horizon 2020.

II est destiné à équiper les forces armées de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne, de la Suède et de la France d'un missile. Sous la maîtrise d'oeuvre de MBDA UK, il est conçu pour être utilisé à partir du Rafale, de l'Eurofighter et du JAS 39 Gripen. "Sans le missile Meteor, il serait très difficile d'exporter le Rafale", avait même expliqué en octobre 2008 l'ancien délégué général pour l'armement Laurent Collet-Billon.

L'Allemagne sur une ligne dure?

Le 21 septembre dernier, selon le Spiegel de fin octobre, l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, Nikolaus Meyer-Landrut transmettait à Berlin un long télégramme diplomatique dans lequel il relatait une réunion le même jour avec plusieurs hauts fonctionnaires français du ministère des Armées et du SGDSN (Claire Landais). Au cours de la réunion, la partie française a demandé des garanties à l'Allemagne pour que les futurs matériels en coopération puissent être exportés sans restriction. Faute de quoi, les investissements consentis dans les programmes en coopération seraient inutiles. La partie allemande estime que l'attitude dure de la France peut menacer l'existence même des projets. Pour l'heure, ces projets perdurent. Car les montants injectés dans la R&D restent encore modestes.

Ce débat à haut niveau entre la France et l'Allemagne a eu un écho en Allemagne où le SPD et les Verts ont clairement affiché leur volonté d'imposer à la France une politique restrictive en matière d'exportation. "Pour les projets d'armement communs, nous devons convenir de règles restrictives avec la France pour les exportations futures. Sinon, l'Allemagne ne peut pas participer à ces coopérations", a expliqué le porte-parole du SPD sur les questions de défense, Thomas Hitschler. Ainsi, le traité d'Aix-la-Chapelle ne règle rien pour le moment : l'article 4, alinéa 3, ne mentionne qu'une très timide "approche commune". La France souhaiterait de son côté un accord engageant le plus large possible mais n'exclut pas de négocier au cas par cas si les Allemands veulent en rester au stade des intentions. A suivre, mais l'exemple du Meteor n'incite pas à l'optimisme...

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Commentaires
a écrit le 06/02/2019 à 14:44 :
Au lieu d'en faire un nouveau sujet de pinaillage franco-allemand, ouvrons les yeux : l'Allemagne a bien raison, car on n'a déjà que trop vendus d'armes à des pays qui ne sont pas vraiment des amis de l'Europe.
Surtout celui qui finance le salafisme dans nos villes (et les GJ dans nos campagnes ?)
a écrit le 06/02/2019 à 10:03 :
Je precise mon post anterieur. Mot-clef: MdCN
Allez. Cheers.
a écrit le 06/02/2019 à 9:55 :
Mr. Cabirol, c'est la réponse de l'Allemagne au refus français de laisser TKMS équiper ses sous-marins classe 212 pour la pologne (programme ORCA). Il est trés probable que les allemands profitent du fait que c'est l Arabie Saoudite de retorquer aux français. Mais bon. C'est vous le journaliste. Je vous laisse l intégration des news.
a écrit le 06/02/2019 à 5:46 :
D'accord avec la réalité
Les partenariats comme çà, il faut oublier d'urgence
a écrit le 05/02/2019 à 14:22 :
après avoir dit "nein" à la limitation de vitesse sur autobahn (gratuites et sans radars), l'Allemagne nous rappelle qu'elle domine économiquement l'UE et qu'elle peut se permettre d'interdire (et d'autoriser) ce qu'elle veut. Quand les taux vont remonter et que la France sera ruinée (par ses élus inconséquents), elle nous parlera comme à la Grèce.
Réponse de le 05/02/2019 à 17:01 :
On peut aussi raisonner autrement et sans doute plus justement. La France n'est pas obligée de dépendre de l'Allemagne et peut trouver des accords avec d'autres de la Scandinavie à l'Espagne. Question de politique industrielle et de défense.
Réponse de le 06/02/2019 à 16:26 :
c'est vrai, mais les alliances dans l'armement sont soumis à nos élus qui, à commencer par Macron, ne raisonnent qu'en fonction de l'Allemagne. L'accord sur la R&D franco-allemande SCAF est signé, mais si vous voulez les convaincre, bonne chance !
a écrit le 05/02/2019 à 13:48 :
On ne peut que respecter la position allemande, mais pour la France le peu qui reste de son industrie militaire est tout ce qui reste de son industrie. C'est donc une question de survie, parce que nous ne somme plus leaders dans aucune technologie et donc condemnés à subir. Au lieu de mutualiser avec d'autres pays il faudrait donc accepter d'investir au moins dix milliards par an de plus en technologie militaire et civile, pour developper des nouvelles excellences.On peut très bien baisser les allocations familiales de ce montant pour financer les investissements necessaires.
Pour reduire les risques d'étatisme dans un pays deja opprimé par le trop-état, il faut baisser massivement les dépenses courantes et augmenter l'investissement.
Réponse de le 05/02/2019 à 15:43 :
En cette période de grogne sociale, je pense que la nation n'est pas prete a faire un sacrifice pour développer des créneaux d'excellence dans l'industrie (et surement pas militaire). Nos compatriotes veulent des retraites, des allocs, des aides, des services publics, des maisons de retraites, des hopitaux, des APL, des universités gratuites pour tous aussi longtemps que souhaités, des stades de foot...
Réponse de le 05/02/2019 à 22:02 :
La France reste un acteur industriel majeur mais très spécialisé. Numéro unmondial dans l'automobile, numéro un mondial dans l'aviation avec le consortium aiirbus, Numéro un mondial dans le spatial avec Ariane, Numro deux mondial dans l'aviation militaire avec Dassault, Numéro 4 mondial dans le ferroviaire, Numéro deux mondial dans l'industrie pharmacetutique, N°1 mondial des gazs industriels avec Air Liquide, N°4 mondial dans le pétrole et j'en passe des meilleurs ... . Bref la France reste dans le top 10 des grandes puissances industrielles sur 240 pays ... . C'est pas si mal pour 67 millions de français non ?
Réponse de le 06/02/2019 à 9:43 :
@Marousan. autant je suis d'accord avec vous sur 90% de votre post . Autant le numéro 1 mondiale de l'automobile m'a fait sourire... Les numéros 1 restent les américains, les japonais et les allemands. Certes le groupe Renault vend beaucoup de voiture mais hélas les 3/4 quarts de ces véhicules sont du low cost ou de la petite/moyenne gamme ! Bref, des véhicules auquels les marges ne sont pas extra contrairement aux allemands qui se gavent à l'exportation ...Sinon, pour le reste on est bine d'accord. Hélas, notre industrie n'est pas assez diversifié et surtout nos PME ne sont pas assez performantes et d'une taille conséquente pour vendre à l'étranger contrairement aux autres pays industrialisé anglo-saxon.
Réponse de le 06/02/2019 à 11:44 :
@Jason Bourne Renault Nissan Mistsu, l' Alliance est numéro mondial de l' automobile et ça vous vous fait rire jaune! Rappelez-nous les chtiotes marges de VW comparativement à Renault pour rigoler ensemble ?
a écrit le 05/02/2019 à 13:32 :
Si l'on souhaite vraiment multiplier les coopérations au sein de l'Europe il faut changer de paradigme. Un pays ne peut empecher les exportations d'un autre sous prétexte de licence refusée.
a écrit le 05/02/2019 à 12:15 :
Berlin devrait commencer par bloquer ses propres livraisons d'arme à l’Arabie saoudite avant de bloquer les exportations française. Ainsi, les industrielles allemands continue de livrer des armements à Ryad par l'intermédiaire des filiales étrangères de ses groupes industriels.
Allemagne faisait nettement moins d'histoire lorsqu'il s'est agit de vendre 72 l'Eurofighter a Ryad, il y a quelques année.
Réponse de le 05/02/2019 à 12:26 :
Berlin est tout, sauf idiot.
a écrit le 05/02/2019 à 12:01 :
La solution au problème : contourner le blocage allemand à l'exportation. La France achète directement à l'industriel les matériels voulus, puis une fois réceptionnés les réexporte au client final dans le cadre d'un contrat d'Etat à Etat, sur le modèle des contrats FMS américains... l'honneur des allemands sera sauf, les industriels seront contents, et nous améliorons notre balance commerciale...
a écrit le 05/02/2019 à 12:00 :
Et pourquoi ne pas interdire les exportations de Mercédés BMW et Audi vers Arabie Saoudite ?
Quand les allemands ne sont les premiers vendeurs dans un domaine, tous les moyens sont bons pour nuire aux concurrents.
a écrit le 05/02/2019 à 11:56 :
L’inconsistance politique de l'Allemagne sur ce sujet Défense (ils ne sont pas les seuls) et leur incompétence industrielle vont faire que tous ces projets : SCAF, Drone Européen, Char du futur, Futur avion de patrouille maritime...) vont tomber à l'eau. C'est une chance unique qui nous est offerte pour renforcer nos alliances opérationnelles et industrielles avec les gens avec lesquels nous faisons la guerre tous les jours "épaule contre épaule" UK et US.
a écrit le 05/02/2019 à 11:32 :
S'il fallait une preuve de plus que le traité d'Aix-la-Chapelle est une trahison...
a écrit le 05/02/2019 à 11:22 :
L’europe de la defense sera Franco Anglaise ou ne sera pas .
Les fausses pudeurs politiques allemandes ne trompent personne .
Les exportations vers ce pays sont en plein boum !
a écrit le 05/02/2019 à 11:07 :
La France ne cesse de vendre ses bijoux de famille depuis 30 ans. Idéologie socialiste oblige. L' Europe de la défense suppose que elle ne vende pas ses meilleures armes à un acquéreur qui pourrait les retourner contre elle. Souvenons nous que la France a vendu beaucoup d'armes très modernes à Saddam Hussein avec les conséquences que l'on sait.
Réponse de le 05/02/2019 à 12:17 :
De quelles conséquences parlez-vous?
a écrit le 05/02/2019 à 10:32 :
Etats-Unis et Allemagne, même combat ?
Aux ordres des américains, ou à son initiative pour protéger ses affaires avec Israël ?
Ou du chantage pour peser sur un autre dossier, parce que les Picsou allemands ne changeront jamais ?
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Ca remet vraiment tous les projets en cause, c'est à dire que pour chaque missile il faudrait dès le départ penser à une sortie de secours. Ni économe, ni coopératif, ni amical.
a écrit le 05/02/2019 à 9:15 :
Sans union politique il ne peut y avoir d'Europe. Certains parlent d'un noyau dur européen mais pour quoi faire? Cette décision allemande conforte les partisans du Frexit car il n'y a pas d'entente possible si il n'y a pas d'honneteté dans les partenariats.
Les Français sont décidement bien naifs, on devrait faire plus d'histoire à l'ENA.
a écrit le 05/02/2019 à 9:12 :
On va bien s'amuser avec le futur Scaf et le blindé franco allemand lorsqu il s'agira de les vendre à l'étranger...
a écrit le 05/02/2019 à 9:07 :
Bel exemple de souveraineté nationale française.
a écrit le 05/02/2019 à 9:05 :
Encore et toujours plus d' UE qu' ils disaient, qu' est-ce qu' o n se marre !
Tout ce que l'UE touche se désagrège et part en purée.
a écrit le 05/02/2019 à 8:54 :
Les allemands, vous savez envers qui les dirigeants politiques et économiques français ont fait allégeance, obéissent aux USA, par ailleurs il semblerait qu'ils aient encore fait n'importe quoi sur le plan international, du coup ils sont punis par les américains et donc étroitement surveillés et c'est toute l'UE qui une fois de plus paie les pots cassés par les germains.

Vite un frexit.
a écrit le 05/02/2019 à 8:34 :
A un moment il faut être logique, si on combat une philosophie mortifère il ne faut peut être pas leur refiler des armes offensives. Commerce sans conscience n'est que ruine de l'âme..
Réponse de le 05/02/2019 à 12:22 :
Qui a vendu pour 100mds de $ des armes à l’Arabie Saoudite? Ne serait-ce pas Trump? Qui vend des BMW aux USA et aux Saoudiens? Ne seraient-ce pas les allemands? Qui veut évincer les européens des marchés Saoudiens? Qui a dit Trump!?!
Qui veux garder ses marchés de bagnoles tandis que les autres peuvent aller se faire voire?
Ce deal est tellement limpide... et vous venez nous parler « d’humanisme? » Cynique!

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