La Marine nationale pulvérise son record de saisie de stupéfiants en 2021

La marine nationale a procédé l'année dernière à une saisie annuelle de 44,8 tonnes de produits stupéfiants sur tous les océans et mers du monde.
Michel Cabirol

7 mn

La saisie annuelle de stupéfiants de la Marine nationale représente près de 2 milliards d'euros qui ne financeront pas les flux financiers qui alimentent des réseaux criminels ou des réseaux terroristes, a précisé le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean.
La saisie annuelle de stupéfiants de la Marine nationale "représente près de 2 milliards d'euros qui ne financeront pas les flux financiers qui alimentent des réseaux criminels ou des réseaux terroristes", a précisé le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean. (Crédits : Ministère des Armées)

La marine nationale a pulvérisé en 2021 son record de saisie de stupéfiants. Elle a procédé l'année dernière à une saisie annuelle de 44,8 tonnes de produits stupéfiants sur tous les océans et mers du monde (Océan Indien, Golfe de Guinée, Polynésie, Antilles...). "Cela représente près de 2 milliards d'euros qui ne financeront pas les flux financiers qui alimentent des réseaux criminels ou des réseaux terroristes", a précisé le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean. En moyenne, entre 2006 et 2020, les saisies opérées par la marine annuelles oscillent entre 2 tonnes et 18 tonnes. En 2020, la marine avait saisi par exemple 8,6 tonnes de stupéfiants, en 2019, 16,6 tonnes. La saisie de 2021 représente plus du double du dernier record. En 2019, plus de 100 tonnes (100,8) de stupéfiants avaient été interceptées par les douaniers.

Des actes de narco-piraterie

Selon le MICA Center (Maritime Information Cooperation & Awareness Center), la problématique majeure de sûreté maritime dans la zone Amériques et arc des Caraïbes est liée au trafic de drogue. Dans son rapport annuel, le MICA Center note l'émergence de nouvelles préoccupations parmi lesquelles le phénomène de narco-piraterie en Amérique latine où les cartels adoptent des comportements de pirates pour introduire la drogue sur les navires. "La menace est double pour les navires et leurs équipages. D'une part, les cartels les abordent, à la manière des pirates, pour y introduire de la drogue et les utiliser comme vecteur de transport", explique le MICA Center.

Cette menace pèse essentiellement sur les porte-conteneurs opérant sur la côte ouest de l'Amérique latine, particulièrement dans les eaux de l'Équateur, du Pérou, de la Colombie et du Chili. Ainsi, les porte-conteneurs qui sont également susceptibles d'être la cible de trafiquants de drogue, sont ceux qui naviguent sur le canal de Guayaquil en Equateur. En outre, des navires sont victimes d'actes visant à les dissuader de naviguer dans cette zone, afin que les trafiquants puissent opérer sans témoins. Ce phénomène touche notamment l'est de l'arc antillais et du Brésil

Explosion de la production de cocaïne

Selon le CECLANT (Commandant En Chef pour l'Atlantique), cité dans le rapport du MICA Center, "la production de cocaïne explose et les flux vers l'Europe s'adaptent aux contrôles grandissant dans les Caraïbes". Ainsi, la route vers l'Europe via l'Afrique de l'Ouest puis la Méditerranée est désormais considérée par l'ONUDC (Office des Nations Unies contre les Drogues et le Crime) comme la principale artère de cocaïne. Toutefois, l'Afrique, longtemps épargnée, consomme de plus en plus de cocaïne en raison de la baisse de son prix. Une hausse de 40% de la consommation est attendue dans la décennie.

Dans la mer des Caraïbes, un trafic de cocaïne se développe depuis quelques années entre le plateau des Guyanes et le Cap-Vert ou le golfe de Guinée, observe le MICA Center. "Les trafiquants sont de plus en plus souvent lourdement armés. Cependant, aucun incident de sûreté n'est à déplorer avec ces bateaux qui restent par nature discrets", précise-t-il. Dans la nuit du lundi 16 au 17 juin 2021, la Frégate de surveillance Ventôse a arraisonné un go-fast en haute mer au sud de la République dominicaine. L'embarcation contenait dix-sept ballots de cocaïne pour un poids total estimé de cinq cent cinquante kilos. Ses deux membres d'équipage ont été appréhendés.

Les ports de la Manche sont impactés par le trafic de stupéfiants comme la plupart des ports d'Europe du nord par l'augmentation des flux par voie maritime. Mais le rapport du MICA Center met en lumière l'intensification des liaisons entre l'Amérique latine et le port du Havre, leader sur le trafic de conteneurs en France et cinquième port européen en terme de flux des marchandises. Ce qui fait du port du Havre "une cible privilégiée" des trafiquants de drogues, qui exercent des pressions sur les dockers, selon le COMNORD (commandant de la zone et de l'arrondissement maritimes de la Manche et de la mer du Nord). Les interceptions en mer, notamment dans la Manche, notamment à destination d'Anvers, sont nombreuses. C'est notamment le cas avec la saisie en mer par les douanes, en coopération avec la Marine nationale, de 1.127 kg de cocaïne à destination de la Belgique à bord du cargo Trudy le 1er octobre 2021.

Le trafic de stupéfiants a été marquée en 2021 par une baisse considérable du flux de voiliers, vecteurs traditionnels de transport de cocaïne entre l'Amérique latine et les pays d'Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande) du fait de la crise sanitaire, selon l'État-Major ALPACI (Amiral commandant les forces maritimes de l'océan Pacifique). Le trafic de stupéfiants par voie de plaisance reste ponctuel et les contrôles des conteneurs sont faits par les douanes à quai. Enfin, en Méditerranée, la problématique narcotrafic reste concentrée à proximité de Gibraltar et en mer d'Alboran. "Divers vecteurs peuvent être employés : des go-fast - dans une  logique de raid nautique - ou des unités de plus fort tonnage (navires de plaisance, pêcheurs, navires de commerce) dans une logique de dilution", se;lon le CECMED (Commandant En Chef pour la Méditerranée).

Saisies record dans l'océan indien

Depuis le début de l'année 2021, les bâtiments militaires agissant au sein de la CTF 150 (Combined Task Force 150 : Maritime Security Operations - Combined Maritime Force) réalisent des saisies record, mettant en évidence un flux important de drogues partant de la zone irano-pakistanaise vers le Mozambique, analyse dans le rapport du MICA Center l'État-major des FAZSOI (Forces Armées de la zone sud de l'océan Indien). En 2021, une seule opération NARCOPS s'est déroulée en zone maritime sud de l'océan Indien : le 24 janvier 2021, la frégate de surveillance Nivôse a saisi 27 kg d'héroïne et 417 kg de méthamphétamine au large du Mozambique. La marine américaine a quant à elle saisi en fin d'année de près de 400 kilogrammes d'héroïne d'une valeur d'environ quatre millions de dollars à bord d'un navire de pêche sans pavillon transitant en mer d'Arabie, près du Golfe arabo-persique.

Ainsi, Les itinéraires de trafic partant de la côte du Makran (Iran, Pakistan), où l'on trouve traditionnellement de l'héroïne et du haschisch, voient de plus en plus de saisies de méthamphétamine. Selon l'IFC IOR (Information Fusion Centre - Indian Ocean Region), les trafiquants cachent bien souvent la méthamphétamine dans des paquets dits de thé chinois dans l'est de l'océan Indien. "Les navires concernés sont essentiellement des navires de pêche, donnant du crédit au terme narcofish. Si les saisies indiquent que les drogues circulent sur de petits bateaux, ce qui est plus inquiétant, c'est l'utilisation de conteneurs à bord de navires de commerce pour le transport de drogues, ce qui met en péril ces navires et augmente les coûts des cargaisons légales provenant de ports fréquemment utilisés par les trafiquants", explique l'IFC IOR, cité dans le rapport du MICA Center.

En outre, il existe dans l'Océan Indien des traces d'un axe secondaire entre Madagascar et l'Île Maurice dont l'origine est probablement un rebond de la marchandise livrée sur le continent. Par ailleurs, à l'échelle locale de la Réunion, l'existence d'une filière de trafic entre la Réunion et l'Île Maurice sur la base d'échanges de produits de contrebande contre du cannabis est aujourd'hui confirmée, affirme l'État-major des FAZSOI. par ailleurs, avec la réouverture des frontières post-pandémie Covid-19, le trafic de stupéfiants effectué en Mer Rouge sur des navires traditionnels a connu une augmentation sensible cette année, observe ALINDIEN (Amiral commandant la zone maritime de l'océan).

Michel Cabirol

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