Airbus et Boeing relèvent leurs prévisions de marché à 20 ans

 |   |  1025  mots
(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Selon Boeing, les compagnies auront besoin de près de 40.000 avions neufs au cours des 20 prochaines années. La flotte mondiale devrait atteindre 45.000 appareils d'ici à 2035.

Airbus et Boeing ne voient pas de retournement de cycle. Pour eux, le marché aéronautique reste toujours aussi porteur et les besoins d'avions neufs des compagnies aériennes seront même supérieurs à ce qu'ils espéraient jusqu'ici.

Un marché de 5.900 milliards de dollars

Ce lundi, à l'ouverture des portes du Salon aéronautique de Farnborough, les deux principaux avionneurs ont en effet relevé leur prévision de marché à 20 ans. Boeing table sur plus de 39.600 livraisons d'avions neufs d'ici à 2035, 1.550 de plus que l'an dernier, un marché d'une valeur de 5.900 milliards de dollars. Airbus, qui, contrairement à son rival, ne comptabilise pas dans ses prévisions les avions de moins 100 sièges, estime quant à lui les besoins à 33.070 nouveaux appareils, contre 32.600 appareils l'an dernier. Un marché d'une valeur de 5.200 milliards de dollars.

Croissance du trafic

Aujourd'hui composée de 22.510 avions selon Boeing, la flotte mondiale est appelée à plus que doubler au cours des vingt prochaines années pour atteindre 45.240 avions en 2035. Un potentiel exceptionnel, dont peu de secteurs peuvent se prévaloir, surtout sur une aussi longue période.

«En dépit des récents événements qui ont affecté les marchés financiers, le secteur de l'aviation va poursuivre sa croissance sur le long terme avec un doublement de la flotte d'avions commerciaux», a déclaré Randy Tinseth, vice-président du marketing de la division Boeing Aviation Commerciale.

Ce doublement de la flotte coïncide avec la croissance attendue du trafic aérien de 4,8% par an en moyenne au cours des 20 prochaines années selon Boeing et de 4,5% selon Airbus. Une hausse du trafic qui sera tirée par la croissance de l'économie mondiale appelée à croître selon les prévisions du géant américain de 2,9% par an en moyenne. Et plus particulièrement par celle des pays émergents comme la Chine et l'Inde, qui favorisera une urbanisation croissante et l'essor d'une classe moyenne ayant les moyens de voyager en avion. Comme le rappelle à l'envi John Leahy, le directeur commercial d'Airbus, la classe moyenne va exploser à l'échelle de la planète au cours des vingt prochaines années. Selon Airbus, la classe moyenne en Inde et en Chine, va par exemple doubler d'ici à 2035, à 3,5 milliards de personnes.

40% des livraisons en Asie

L'effet sur l'industrie aéronautique est immédiat. Selon le constructeur américain, l'Asie va recevoir par exemple plus de 15.000 avions neufs au cours des 20 prochaines années. Soit quasiment 40% des livraisons d'ici à 20 ans selon Airbus. La flotte d'avions devrait tripler selon Boeing passant de 6.350 avions aujourd'hui à près de 16.000 en 2035. Ce boom de l'Asie sera tiré par les compagnies à bas coûts dont les besoins s'élèveront à 11.160 avions selon Boeing. Les négociations entre Airbus et Air Asia sur une commande de 100 A321neo traduisent ce dynamisme.

L'arrivée de nouvelles compagnies (notamment à bas coûts) témoignent de la libéralisation accrue du secteur. Celle-ci, qui se manifestera aussi par la multiplication des accords de ciel ouvert entre les pays, est également un puissant levier de croissance du trafic. Ce dernier n'est cependant pas le seul à booster les ventes d'avions. Aux commandes d'avions pour la croissance, s'ajoutent aussi les appareils pour le renouvellement des flottes des compagnies aériennes, notamment en Amérique du Nord.

Les craintes d'un retournement

Si le potentiel de marché de l'aéronautique à 20 ans n'est pas remis en cause, certains experts du secteur s'attendent néanmoins à quelques soubresauts au cours des prochaines années en raison notamment de la baisse du prix du pétrole qui pourrait pousser les compagnies aériennes à conserver plus longtemps leur avions actuels. Mais aussi de la concurrence à venir des avions de seconde. Certains experts craignent aussi les conséquences sur les carnets de commandes des ralentissements de l'économie de certains pays, en Asie notamment (plus particulièrement en Chine).

Le défi de la montée en cadence

Une telle croissance du marché aéronautique pose de nombreux défis. Il oblige tout d'abord les avionneurs à augmenter les cadences de production pour livrer le plus vite possible leurs avions afin d'éviter que l'ampleur des carnets de commandes ne soit un frein aux ventes d'avions. Aujourd'hui, au rythme actuel de production, une compagnie aérienne qui passe une commande doit attendre près de 10 ans avant de recevoir son appareil. D'où les plans de montée en cadence lancée par Airbus et Boeing qui permettront de livrer jusqu'à 2.000 avions d'ici à 2020.

Cette montée en cadence met sous tension la chaîne des fournisseurs (supply chain), dont un grand nombre est engagé sur plusieurs programmes. La défaillance d'un seul sous-traitant peut en effet dérégler l'ensemble  de la machine. Si cette montée en cadence est bénéfique pour l'emploi, elle pose aussi la question de la formation et du recrutement. La pénurie existe par exemple dans les métiers de la production.

La construction mondiale d'avions progressera également avec l'arrivée d'ici à la fin de la décennie des industriels chinois (Comac) et russes (Irkut) sur le marché des avions de plus de 150 places, un préalable pour eux au lancement, à plus long terme, de gros-porteurs plus difficile à maîtriser.

500.000 nouveaux pilotes

La croissance du trafic constitue énorme un énorme défi pour toute la chaîne du transport aérien. Les aéroports tout d'abord devront accroître la capacité de leurs aérogares et de leurs pistes. Dubai, Istanbul, Singapour, sans oublier la kyrielle de projets en Chine ou en Inde, partout les constructions d'infrastructures gigantesques se multiplient dans les pays émergents, alors qu'elles se raréfient dans les pays matures sous l'effet conjugué du manque d'investissements, des perspectives de croissance plus faibles qu'ailleurs et de l'hostilité des riverains et des mouvements écologistes à toute nouvelle construction.

De leur côté, les services de navigation aérienne devront faire passer en toute sécurité plus de vols dans le ciel. En 2015, 52 avions décollaient toutes 60 secondes dans le monde.

La croissance du trafic pose enfin la question de la pénurie des pilotes et de leur formation. Selon Airbus, il faudra en effet former 500.000 pilotes au cours des vingt prochaines années.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/07/2016 à 10:31 :
"la classe moyenne va exploser à l'échelle de la planète au cours des vingt prochaines années"...Peut-être...En tout cas, actuellement on n'en prend pas le chemin.
Quant à utiliser l'avion pour faire voyager des foules de "touristes" autour de la planète, ça ne me semble pas écologiquement raisonnable, ni économiquement supportable en raison des incertitudes (dont on ne parle pas) sur la source d'énergie qui fait avancer les avions.
Réponse de le 13/07/2016 à 10:37 :
Des essais ont déjà été effectués pour faire voler des avions aux agrocarburants, ça fonctionne. Et non, désolé, le tourisme de masse ne se fera plus en vélo ou en tandem comme en '36, mais en avion. Entre les transports de biens et de personnes devenus faciles et peu coûteux et les télécoms, le monde devient un village... en attendant le tourisme spatial.
a écrit le 12/07/2016 à 7:39 :
juste qu'à ce que le pétrole monte à 150 Euros le baril, et là , badaboum!
Réponse de le 13/07/2016 à 10:21 :
Ben non , le pétrole est déjà monté plusieurs fois à 150$ sans qu'il y ait de badaboum. Légère répercussion sur le prix des billets et mise en ligne d'avions plus modernes donc moins gourmands par passager transporté sont les solutions, comme on l'a déjà vu.
Réponse de le 24/06/2017 à 16:39 :
??? 150 € ???
a écrit le 11/07/2016 à 17:46 :
Encore plus d'avions pour encore plus de pollution.
Réponse de le 13/07/2016 à 10:32 :
Plus d'avions mais plus modernes donc plus économes et moins polluants au voyageur transporté.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :