Lactalis contraint de lever le voile sur ses marges

 |   |  598  mots
Photo Richard Damoret / REA
Pas d'OPA sans transparence financière. Pour prendre le contrôle de l'italien Parmalat, le leader européen du fromage est obligé de dévoiler à ses concurrents, ses fournisseurs et ses clients, le niveau de ses marges. Une vraie révolution pour ce groupe français soucieux jusqu'alors de préserver le secret sur ses résultats financiers. La Tribune est néanmoins en mesure de révéler en avant-première que Lactalis dégage une marge d'exploitation supérieure à 8%.

L'OPA estimée à 3,3 milliards d'euros de Lactalis sur Parmalat entre dans sa dernière ligne droite. Dans les cinq jours, l'autorité boursière italienne va rendre public le prospectus financier de l'opération. Endettement, marge opérationnelle, résultat net... Tout sera dévoilé. Cette simple formalité dans la plupart des OPA représente une petite révolution pour Lactalis, qui a toujours refusé de donner ses chiffres. "Plutôt payer une amende que de renseigner concurrents et distributeurs", s'écriait souvent Michel Besnier, le père de l'actuel président, Emmanuel Besnier. Aujourd'hui encore, les chiffres seront à considérer avec précaution, tant le groupe organisé en holdings et multiples filiales peut décider de plus ou moins les consolider.

Le roi de l'optimisation fait deux fois mieux que Bongrain

Cependant, selon notre enquête, la marge opérationnelle affichée sera comprise entre 8 et 9 % du chiffre d'affaires (9,4 milliards d'euros en 2010). Soit le double du concurrent direct Bongrain. Et l'équivalent de celle de Bel, qui, lui, s'est spécialisé dans le fromage fondu (Vache qui Rit, Kiri) peu coûteux à fabriquer. "Lactalis est le roi de l'optimisation industrielle", affirme un des banquiers conseils du groupe. En effet, tandis qu'Entremont produit par exemple 120.000 tonnes d'emmental avec sept usines, Lactalis en produit 85.000 tonnes sur deux usines. Ici, l'Evangile se nomme contrôle de gestion. Il est mis en pratique tous les jours par des équipes organisées en lignes hiérarchiques courtes, qui gèrent la matière première, le lait, comme leur bien le plus précieux.

"Le lait entre pour 60 à 80 % dans la composition des différents fromages, toute économie de matière resurgit immédiatement sur la marge", explique un proche du groupe. Quand Lactalis lance son emmental Président en 1992, il le fait avec 60 % d'extrait de fromage sec (40 % d'eau), contre 62,5 % chez le concurrent Entremont. Cette audace lui vaut deux ans de procès, qu'il finit par gagner en 2000.

Les obstacles à l'OPA sont quasiment tous levés

L'intégration de Parmalat (4,3 milliards d'euros de CA) et ses 8,8 % de marge opérationnelle, en hausse de 2,6 %, devrait consolider les résultats du groupe mayennais. Selon sa principale banque conseil, la Société Générale, plus grand-chose ne peut entraver la bonne marche de l'OPA. Le très remonté ministre des Finances italien, Giulio Tremonti, s'est plié à l'attitude conciliante du président du Conseil, Silvio Berlusconi. L'essentiel des petits actionnaires de Parmalat, notamment les fonds, seraient, selon la Société Générale, d'accord pour apporter leurs parts.

Le numéro un italien du lait, via sa banque, Goldman Sachs, pourrait demander une hausse du prix de l'action de 2,6 à 2,8 euros (montant récolté par trois fonds le 22 mars lorsque Lactalis est passé de 14 à 29 % du capital). Mais Emmanuel Besnier semble prêt à la rallonge. Seule la Commission européenne, qui doit rendre son avis avant le 14 juin, pourrait faire traîner les choses. "Lors de la création de notre coentreprise avec Nestlé sur le yaourt en 2006, elle nous avait cherché des poux", se rappelle un ancien de Lactalis.

L'objectif du groupe est que tout soit prêt pour l'assemblée générale de Parmalat du 25 au 28 juin. Y compris l'entrée de la Caisse des dépôts et des prêts, garante du respect de l'italianité de Parmalat, à hauteur de 10 à 15 % du capital. Les négociations seraient en cours. Lactalis aurait même demandé à Intesa, UniCredit et Mediobanca de financer son opération. Il faudra ensuite regarder toutes les synergies possibles - industrielles, marketing et logistique - pour faire entrer Parmalat dans le "système" Lactalis.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/05/2011 à 13:46 :
Lactalis et Danone pourront sous peu acheter la division lait de Nestlé (numéro 1 mondial dans ce domaine avec environ 19 milliards d'euros en 2009). Danone pourra ainsi faire le spin off de son lait et créer la nouvelle société "Evian" alors que le Suisse veut aussi vendre sa division eau et Vittel... du mouvement en perspective qui donne toute son importance à l'exécution actuelle.
a écrit le 12/05/2011 à 8:02 :
Succulent de l'emmental Lactalis coupé à l'eau. Sans compter que le lait vient d'Ukraine ou de Roumanie, ca permet d'ameliorer les marges et d'avoir des controles plus laxiste sur la qualité de la matiere premiere et donc de la payer bien moins cher qu'aux fermiers francais.
Réponse de le 15/05/2011 à 19:51 :
La critique est aisée.
A votre avis, comment font les concurrents de Lactalis ....
a écrit le 12/05/2011 à 5:20 :
Maintenant, on sait qui fabrique le meilleur Emmental: votre producteur local (la ligne de production est encore plus courte).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :