Vache folle, listériose, concombre tueur... ces paniques alimentaires qui font chuter les ventes

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Lasagne au cheval, vache folle, poulet à la dioxine, fromage à la listériose, concombre ou graines à l'Escherichia coli ou encore soupçon d'intoxication mortelle chez Quick... les "crises" alimentaires, réelles ou fantasmées, se succèdent. Mais ont-elles vraiment suscité chez les consommateurs une panique susceptible de leur faire renoncer à ces produits? Et si c'est le cas, cette décision est-elle durable ? Eléments de réponses en quelques chiffres et graphiques.

Le scandale de la viande de cheval réveille une veille méfiance à l'égard des aliments vendus dans la grande distribution. De la vache folle à la fièvre porcine en passant par la tremblante du mouton ou la grippe aviaire, des années de crises sanitaires ont fait peser sur les assiettes des soupçons plus ou moins fondés.

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Ces craintes se sont à chaque fois traduites, dans les assiettes, par une raréfaction brutale des produits incriminés. Voici cinq cas de psychoses alimentaires choisis pour leur caractère emblématique et leurs effets concrets sur la consommation.

1996 - La "bombe" vache folle fait vaciller le marché de la viande

Le 20 mars 1996, éclate en Europe le scandale de la "vache folle". Le ministre de la Santé britannique de l'époque, Stephen Dorell informe le public que dix personnes ont été atteintes par une nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Parmi ces personnes, huit sont décédées. Le lien entre l'encéphalopathie spongiforme bovine [ESB] ou maladie de la vache folle et cette maladie humaine entraînant une dégénérescence du cerveau est établi. Dans les deux semaines qui suivent, la demande de b?uf chute d'environ 35% en France, selon une étude de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra). Celle-ci indique que dans la période précédant cette annonce, les ménages achetaient en moyenne 180 grammes de b?uf par semaine. La peur d'une contamination fait chuter ce chiffre à 130 grammes. Un niveau moyen qui cache des disparités. La crise "n'a pas conduit certains ménages à devenir végétariens", écrit Jérôme Adda, l'auteur de ce rapport. Ce dernier pointe un autre fait marquant: "la population la plus exposée au risque à laquelle le message était pincipalement destiné n'en a pas tenu compte". Par population exposée, il faut entendre celle qui a été le plus en contact avec la viande potentiellement dangereuse.

Des statistiques d'Eurostat indiquent toutefois que la véritable rupture a lieu sur le continent quelques années plus tard, entre 1999 et 2000 avec une chute quasi généralisée de la consommation de viande bovine par habitant.
Une tendance de plus long terme s'observe également dans toute l'Europe avec un décrochage marqué entre 1999 et 2000 (voire graphique ci-dessous).

 


A noter toutefois: d'autres facteurs entrent en compte pour expliquer, plus largement, une tendance de fond. Les évolutions "les plus brutales sont liées à des phénomènes conjoncturels, comme les crises sanitaires et économiques, mais les nouvelles habitudes alimentaires et les changements de mode de vie impactent également la consommation de façon plus structurelle", indique ainsi une note de synthèse de FranceAgriMer portant sur l'évolution de la consommation de viande en France depuis quarante ans. En clair : si des ménages consomment moins de viande depuis quelques années, c'est aussi sous l'effet des conseils nutritionnels divers et dans une moindre mesure de la prise de conscience des effets de la production de viande à grande échelle sur l'environnement. A noter également: parmi les récentes évolutions constatées figure le recul global des aliments préparés - ceux justement mis en cause dans l'affaire Findus - au profit du "fait maison".


1999 - Ou le vrai/faux "bug" de la listéria

Plusieurs cas de listériose ont été signalés, ou craints, en 1987 avec des bactéries détectées dans des vacherins suisses ou en 1992 dans de la charcuterie en France. Cette maladie potentiellement grave pour les femmes enceintes, les enfants et les personnes fragiles, se transmet par les produits laitiers, en particulier les fromages au lait cru mais aussi certaines charcuteries. Cas intéressant, en 1999, après quelques cas causés par de l'époisses, des soupçons se portent sur des camemberts. En trois mois, la marque qui la commercialise voit ses ventes s'effondrer de 30 à 40%. Mais deux semaines après l'alerte une contre-expertise prouve que ces produits ne contiennent pas la bactérie potentiellement mortelle. "Malgré cette information rassurante, la crise s'est prolongée durant encore 12 semaines", se souvient Sylvette Monier, chercheure à l'Inra et auteure d'une étude sur ce cas. "On observe là un phénomène étudié en économie du risque selon lequel les consommateurs réagissent moins vite à une information positive qu'à une information négative", ajoute-t-elle.

2004/2006 - La psychose de la grippe aviaire survole le monde

Venue d'Asie, la crise de la grippe aviaire présente la particularité de prendre rapidement une dimension mondiale. Des cas de maladies transmises de l'animal à l'homme sont détectés en 2004 mais le plus fort de la panique se fait sentir deux ans plus tard. La crainte d'une panzootie et d'une pandémie (diffusion mondiale de la maladie entre animaux et entre humains) pousse l'Organisation mondiale de la santé à donner l'alerte. Embargos, quarantaine et restrictions diverses sont mises en place au nom du "principe de précaution". Et bien que la contamination ne se fasse pas via l'ingestion de viande cuite, les produits de la volaille voient leur consommation baisser, comme le montre le graphique ci-dessous créé par l'agence FranceAgriMer à partir de données du Service Central des Enquêtes et Etudes Statistiques.

2011 :  Quick le fast-food qui tue

Janvier 2011 : un adolescent meurt à la suite d'un repas dans un Quick d'Avignon (Vaucluse). Quelques mois plus tard, Jacques-Edouard Charret, le président du directoire du groupe lui-même lie cet événement avec la chute du chiffre d'affaires enregistrée par son entreprise. Celui-ci a perdu 6,24% l'année du drame, un "repli directement lié" à l'impact de ce décès selon le patron de la chaîne. Dans la restauration, un autre cas avait fait grand bruit: celui de Buffalow Grill, qui dans les années "vache folles" avait été soupçonné d'avoir importé illégalement de la viande britannique pourtant sous embargo. Quelques années plus tard un restaurant de la chaîne situé à Opéra était épinglé pour avoir stocké de la viande avariée. En 2003, année où cette affaire à éclaté, le chiffres d'affaires du groupe s'effondrait de 23,6%.

Mai/juin 2011 :  Les concombres innocentés ont coûté cher à la filière légumes

2011, toujours, en mai, des décès dus à une intoxication alimentaire sont signalés en Allemagne. Des concombres espagnols sont rapidement soupçonnés se propage rapidement à toute l'Europe. Les cucurbitacées sont rapidement disculpées et ce sont finalement des graines germées de haricots de soja qui seront déclarées fautives.  Mais la panique a eu le temps d'affecter la filière fruits et légumes. A Rungis, les prix chutent ainsi brutalement :le concombre passe de 40 centimes à 12 centimes l'unité en une semaine et les ventes s'effondrent de 70%. L'association Légumes de France estime les pertes à plus de 1,5 million d'euros pour la production de concombres et de 3,3 millions pour la tomate.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2019 à 14:12 :
Il y a des fautes dans cet article...Je rêve du jour où je relirais un article sans erreur…
a écrit le 13/02/2013 à 14:26 :
Je viens de découvrir que Hollande avait une petite moustache.
a écrit le 13/02/2013 à 14:04 :

il fallait bien mettre un terme a la mondialisation de ces produits de la mal/bouffe

adieu profits // consommer regional *
a écrit le 13/02/2013 à 13:37 :
La baisse de consommation de viande s'est reportée sur le poisson en constante augmentation!!! et les problèmes portent ainsi sur tout le monde animal. Les animaux sont maltraités et le poisson qui n'a plus le temps de se reproduire se raréfie!!!!! Dans le domaine de la viande, on a déjà tout essayé pour produire plus en augmentant les profits:! Cochons auxquels on coupe la queue parce que, gavés aux protéines animales, ils finissent par se "bouffer" les uns les autres, poules en batteries, poussins traités comme des balles de ping pong, etc.... Lorsque l'humanité en est réduite à traiter les animaux qu'elle consomment de cette manière là, les gros ennuis ne sont pas loin!!!!! Et ça ce n'est pas de la psychose c'est le monde réel!!!!! Ce que cet article oublie c'est que les maladies évoluent et que pour empêcher cette évolution mieux vaut tirer la sonnette d'alarme avant que les mutations n?opèrent!!!!! Mais pour lutter contre ces maladies le meilleur remède reste encore une consommation responsable c'est à dire moindre et de meilleure qualité, une consommation d??ufs de poules, de cochons , de b?uf qui courent et mangent ce qui est approprié à leur état!!!!!
Réponse de le 13/02/2013 à 21:39 :
on peut se rendre compte de l'évolution d'une société, à la façon dont elle traite ses animaux " ! Mahatma Gandhi........on a tout compris !
a écrit le 13/02/2013 à 13:35 :
c'est bizarre, à suivre le graphique du haut, la consommation de boeuf des anglais n'a jamais autant augmenté que suite à la crise de la vache folle... Ce fut pourtant le pays le plus touché par cette maladie! Est ce qu'un critère économique (viande moins chère) aurait primé sur l'inquiétude sanitaire? Est il envisageable que la consommation de viande de boeuf des anglais évolue d'une année sur l'autre de 5 KG par habitant en moins puis en plus? Ou les statistiques anglaises seraient elle tout simplement bidon?
a écrit le 13/02/2013 à 13:26 :
Le problème est donc en réalité plus les médias, qui ont oublié leur rôle depuis longtemps, et courent frénétiquement de buzz médiatique en buzz médiatique, parce que ça fait vendre.
Réponse de le 13/02/2013 à 21:42 :
le POEPLE", c'est mieux et ça rapporte! sinon, traiter de certaines affaires, dénoncer, etc..être objectifs, ils savent plus faire, c'est fini, ils n'ont plus faim....!
a écrit le 13/02/2013 à 12:45 :
Comment ? Après la Vache Foll, voici le Chwal Foll ? :-)
a écrit le 13/02/2013 à 12:28 :
C'est le gavage des intermediaires et la recherche de profits excessifs qui creent ces "paniques alimentaires". Au consommateur de faire ses choix quand il fait ses courses et de sanctionner ces financiers de l'agro
Réponse de le 13/02/2013 à 12:53 :
Et vous pouvez vérifier ce qui est écrit en composition..?? Moi, pas.
Réponse de le 13/02/2013 à 18:25 :
Dans le doute il convient de s'abstenir d'acheter ces produits ago transformes, c'est du pur bon sens, chose qui manque a l'etre humain toujours pressé et hyper connecté du 21eme siecle mais qui ne sait pas s'alimenter correctement.
Réponse de le 13/02/2013 à 21:22 :
C'est pourtant facile d'apprendre à cuisiner. Mais bon, ça veut dire aussi s'organiser, changer ses modes de consommation, et oublier les grasses matinées jusqu'à 10h ou le cours de tennis. Tout est question d'arbitrage. Faire du fitness d'un côté et manger des produits dont la liste des ingrédients étranges fait 4 lignes de l'autre, ça s'appelle de la schizophrénie ou de la c...ie!

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