Rappels : General Motors risque-t-il le même scandale que Toyota ?

Par Alain-Gabriel Verdevoye  |   |  861  mots
La Chevrolet Cruze figure dans les modèles rappelés par GM
A peine remis de son sauvetage par l'Etat américain à coup de dizaines de milliards de dollars, GM est confronté à des rappels de plus de 5 millions de véhicules. Un scandale qui a entraîne des accidents et treize morts.

Ca s'aggrave pour GM. Le rappel massif du constructeur américain aux Etats-Unis  prend des proportions inquiétantes. Mais la NHTSA, agence américaine pour la sécurité des véhicules, ne sort pas blanchie non plusdes accidents ayant entraîné plusieurs morts. La NHTSA aurait manqué deux occasions d'ouvrir une enquête formelle sur les problèmes de commutateur d'allumage, selon une commission du Congrès américain.

Alors que plusieurs accidents mortels étaient liés à un défaut du commutateur d'allumage ayant empêché les airbags de se déployer, des experts de l'agence américaine ont conclu en novembre 2007 puis en 2010 que les accidents étudiés ne montraient pas une "tendance" permettant de conclure à une fabrication défectueuse, précise un mémorandum mis en ligne par la Commission de l'Energie et du Commerce de la chambre des Représentants.

Témoignage devant la Commission

C'est devant cette commission parlementaire que la nouvelle patronne de GM, Mary Barra, doit témoigner ce mardi pour expliquer pourquoi GM, qui était informé depuis 2001 du problème, a continué à équiper ses voitures de cette pièce défectueuse. Le directeur par intérim de la NHTSA, David Friedman, doit lui aussi témoigner. Le défaut détecté a été lié à une trentaine d'accidents qui ont provoqué la mort de 13 personnes, selon un décompte du constructeur.

Pour éviter tout risque, GM recommande d'enlever tous les porte-clé ou tout accessoire ajouté à la clé de contact. GM a présenté ses excuses publiques et mène une enquête interne. Un site dédié aux rappels, actualisé régulièrement, a été créé et un "Monsieur Sécurité" chargé notamment des rappels a été nommé.

General Motors (GM) a porté vendredi à plus de 5 millions au total le nombre de ses véhicules rappelés pour des raisons diverses. Un mois seulement après un premier train de 1,6 million de Chevrolet Cobalt rappelées pour un défaut du commutateur d'allumage, la pièce qui reçoit la clef de contact, le groupe de Detroit va rappeler 971.000 véhicules supplémentaires dans le monde pour le même problème.

Ce rappel de Chevrolet Cobalt, Saturn Ion, Sky, Solstice et Pontiac G5 produites entre 2008 et 2011 concerne principalement les Etats-Unis. GM expliquait en février qu'il arrivait que la clé de contact se mette inopinément en position "arrêt" alors que le véhicule était en marche. Dans ce cas, les coussins gonflables de sécurité peuvent ne pas se déployer. Par ailleurs, GM a annoncé tard vendredi soir un nouveau rappel de 490.000 pick-up et grosses cylindrées Chevrolet Silverado, Suburban et Tahoe et GMC Sierra, Yukon et Yukon modèles 2014 et 2015. Des fuites du liquide de refroidissement ont été constatées sur certains de ces véhicules mais aucun accident n'a été signalé, a précisé le constructeur automobile.

Rappels en cascade

Enfin GM, qui avait suspendu jeudi soir la vente de sa populaire Cruze sans expliquer pourquoi, a rappelé vendredi 172.000 de ces véhicules déjà vendus.L'essieu avant droit de ces véhicules pouvait se casser pendant la conduite. Le conducteur ne risque pas de perdre le contrôle de son véhicule, mais la voiture perdrait de la vitesse et finirait par s'arrêter, selon GM.

Si l'on ajoute le rappel à la mi-mars de 1,8 million de véhicules pour des problèmes de circuit d'alimentation du carburant et de non-déploiement d'airbags, le nombre de véhicules concernés atteint 5,03 millions.

Le groupe américain, qui a perdu sa couronne de numéro un mondial au profit de Toyota et même sa deuxième place au profit de Volkswagen, assure faire son possible "pour assurer la sécurité et la tranquillité d'esprit de nos clients" et réaffirme son engagement "à régler ce problème d'une manière qui mérite leur confiance".

Dans l'affaire des rappels liés aux clés de contact, GM, l'ex-allié de PSA,  risque une amende de 35 millions de dollars, un montant certes faible comparé à son chiffre d'affaires annuel de 155 milliards. Mais la crise risque surtout de nuire à sa réputation, tout juste reconstruite après sa mise sous protection de la loi sur les faillites en 2009.

Précédent de Toyota

Toyota avait connu une crise majeure en 2009 et 2010, lors d'un rappel en urgence de près de 9 millions de voitures dans le monde, notamment aux Etats-Unis, à cause de problèmes de pédales d'accélération pouvant se bloquer et de freins réagissant tardivement. Une affaire, gonflée par les politiques et médias américains qui se vengeaient ainsi indirectement du succès de Toyota aux Etats-Unis, alors que GM et Chrysler étaient au bord de la faillite. Ce rappel massif avait nuit terriblement à l'image du groupe nippon outre-Atlantique.

Ce précédent reste dans les esprits. Même si, dans le cas de GM, il n'y a pas d'enjeu patriotique. A peine remis de sa quasi-faillite de 2009 et du sauvetage par l'administration fédérale à coup de dizaines de milliards d'euros, GM n'avait pas besoin de cette nouvelle affaire qui, aux Etats-Unis, peut prendre d'énormes proprotions.