Ce que l'IA change dans l'auto : l'ère de la voiture autonome

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Le chantier de l'intelligence artificielle est colossal puisqu'il donnera, à qui la maîtrisera, la main sur un nouvel univers de services autour des mobilités mais également des contenus. Selon certains analystes, c'est sur ces deux piliers que la valeur va se déplacer dans les quinze prochaines années, en laissant peu à la voiture en tant qu'objet. (Photo : une Citroën Picasso autonome en cours d'expérimentation.)
Le chantier de l'intelligence artificielle est colossal puisqu'il donnera, à qui la maîtrisera, la main sur un nouvel univers de services autour des mobilités mais également des contenus. Selon certains analystes, c'est sur ces deux piliers que la valeur va se déplacer dans les quinze prochaines années, en laissant peu à la voiture en tant qu'objet. (Photo : une Citroën Picasso autonome en cours d'expérimentation.) (Crédits : PSA)
Les enjeux de l'intelligence artificielle dans l'automobile portent autant sur la modélisation économique de la voiture autonome que sur ses « process » industriels. La France dispose d'atouts majeurs, mais ne doit pas sous-estimer la concurrence internationale qui s'intensifie dangereusement.

L'industrie automobile française n'a pas attendu le gouvernement pour agir, mais elle est néanmoins ravie des recommandations du rapport Villani... Et heureusement, car la question de l'intelligence artificielle constitue un enjeu majeur, s'il en est, pour cette industrie en proie à une profonde transformation de modèle. L'avènement de la voiture autonome est désormais considéré comme le but ultime de tout groupe automobile qui souhaite avoir une visibilité au-delà de 2025. Les constructeurs automobiles français l'ont bien compris et travaillent sur l'intelligence artificielle depuis plusieurs années. Ils ont annoncé des délais tout à fait conformes à ceux annoncés par la concurrence internationale, à savoir des modèles 100 % autonomes autour de 2021-2025.

Le grand atout des constructeurs français, c'est qu'ils disposent d'un écosystème d'équipementiers extrêmement impliqués dans l'intelligence artificielle, au premier rang desquels Valeo et Faurecia. Cet atout pourrait être un avantage compétitif primordial puisque ces deux équipementiers sont des fournisseurs majeurs de constructeurs automobiles aussi prestigieux que sont les premiums allemands, ou des groupes américains, ils sont donc dans une démarche de leadership mondial. Ils sont d'autant plus stratégiques qu'ils maîtrisent une grande partie du hardware (les composants en dur) nécessaires pour la voiture autonome. Valeo est ainsi l'un des leaders mondiaux des capteurs, scanners et autres lidars capables de renseigner la voiture sur son environnement direct.

Un campus pour la recherche fondamentale

Le groupe emmené par Jacques Aschenbroich a ainsi fondé début 2017 un campus de recherche fondamentale sur l'intelligence artificielle afin d'attirer les meilleurs talents. Plus récemment, une alliance d'entreprises très diverses a permis l'émergence du projet Prairie, un institut tourné sur ce thème. C'est un véritable patchwork d'entreprises puisqu'on retrouve autant d'industriels (PSA, Valeo, Faurecia) que de Gafa (Amazon, Google, Facebook), et même Microsoft ou Nokia Bell Labs, mais également des universitaires comme le CNRS ou l'Inria.

Le rapport Villani reconnaît d'ailleurs que la France n'est pas à plaindre dans ce domaine :

« La France dispose d'atouts forts, portés par ses filières historiques. »

Il admet néanmoins que les enjeux existent, et égrène les différents points à résoudre : « Détection et suivi des autres usagers, contextualisation, détection signalétique, reconstitution et compréhension de scène, localisation, processus de décision complexe, modification du mode d'interaction avec l'usager, autodiagnostic... »

Décider d'une action en fonction d'un grand nombre d'aléas

Le chantier de l'intelligence artificielle est colossal puisqu'il donnera, à qui la maîtrisera, la main sur un nouvel univers de services autour des mobilités mais également des contenus. Selon certains analystes, c'est sur ces deux piliers que la valeur va se déplacer dans les quinze prochaines années, en laissant peu à la voiture en tant qu'objet.

Or, cette technologie s'annonce d'une complexité extrême. Il s'agit de donner à un logiciel le moyen de décider d'une action en vertu d'un nombre quasi infini d'aléas totalement exogènes à l'automobile, comme la réaction inattendue d'un piéton ou d'un cycliste. Il faudra donc ajouter à la puissance de calcul et des algorithmes une modélisation des typologies décisionnelles.

Mais l'industrie française n'est pas seule dans la course. Bien sûr, il y a les grands constructeurs automobiles comme Volkswagen, Mercedes ou BMW, et également les Gafa... Mais il y a aussi les pays, comme la Chine qui s'est donné une feuille de route dans cette discipline et plus spécifiquement dans l'industrie automobile, rappelle le rapport Villani. La France aussi s'apprête à publier une feuille de route, avec la remise prochaine du rapport confié à Anne-Marie Idrac, ancienne ministre des Transports chargée de coordonner la stratégie nationale sur le véhicule autonome. Le sujet sera aussi à l'ordre du jour du projet de loi sur les nouvelles mobilités préparé par Élisabeth Borne, avec notamment la possibilité d'étendre les expérimentations de conduite autonome sur les routes.

L'IA pour aller encore plus loin dans les process industriels

L'intelligence artificielle ne sera pas seulement un prétexte pour créer de nouveaux modes de transports, de nouveaux usages en termes de mobilité et de nouveaux univers de vie à bord... L'enjeu est également de tirer le meilleur de l'intelligence artificielle pour aller encore plus loin dans les process industriels. Là encore, les bénéfices sont immenses : maintenance prédictive, autodiagnostic, robotisation plus poussée encore, assouplissement des lignes pour produire divers produits, circulation plus fine des AGV (ces petits véhicules qui apportent diverses pièces entre les lignes...). Le sujet fait déjà partie des progrès de l'industrie 4.0, mais les ingénieurs veulent aller encore plus loin grâce à l'intelligence artificielle. Il s'agit ici de creuser l'écart avec les autres pays en matière de productivité et de coûts de revient.

Là encore, le sujet a été pris très au sérieux par les constructeurs mais également les équipementiers qui investissent énormément dans l'industrie 4.0. Valeo et Faurecia convertissent leurs usines à des process internalisés, tandis que PSA lance des concours pour intégrer les meilleures pratiques en matière d'industrie du futur. Le constructeur automobile français voudrait faire de l'usine de Kénitra (Maroc), en cours de construction, une usine-modèle dans l'industrie 4.0.

Recruter et former les meilleurs talents

Pour le gouvernement français, ces questions revêtent divers enjeux : celui de la localisation de la valeur ajoutée, mais également des emplois. Pour les industriels, il est toutefois nécessaire que le gouvernement fournisse un effort plus volontaire sur la formation et la recherche fondamentale. Valeo comme Faurecia multiplient les initiatives pour recruter les meilleurs talents, en France ou ailleurs. Selon eux, l'enjeu compétitif se résumera à la capacité d'une entreprise (ou d'un pays) à recruter et à former les meilleures expertises. Or, à ce jeu-là, les Gafa disposent d'un capital sympathie extrêmement fort face à l'image dégradée de la vieille industrie que représente encore l'automobile auprès des jeunes diplômés... Les industriels tentent donc de les attirer à travers des incubateurs de startups. Ils fournissent ainsi locaux, fonds et assistance juridique, et éventuellement une petite part dans le capital, afin de garder à portée de main les jeunes pousses les plus innovantes. Avec l'intelligence artificielle, l'industrie automobile espère retrouver de l'attractivité auprès des ingénieurs, mais également auprès des consommateurs.

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Commentaires
a écrit le 03/05/2018 à 7:56 :
Si l'IA pouvait nous permettre de nous passer de tout ces véhicules et instruments inutiles, cela serait intelligent!
a écrit le 03/05/2018 à 7:53 :
Si l'IA pouvait nous permettre de nous passer de tout ces véhicules et instruments inutiles, cela serait intelligent!
a écrit le 02/05/2018 à 16:42 :
Qui voudra être responsable d'un algorithme du type "Si je détecte des piétons imprudents qui traversent la route, alors que ma voiture n'a pas la possibilité de s'arréter à temps, dois je sacrifier les piétons dont je ne connais rien, ou bien diriger la voiture sur le bas-côté, sacrifiant ainsi les passagers alors que je sais qu'il y a un chirurgien à bord ?"
Vous avez 3 heures, 3 mois ou 3 ans...
Réponse de le 02/05/2018 à 17:33 :
+1! Merci.
Réponse de le 02/05/2018 à 19:00 :
cet «  argument » est dépassé suite aux accidents mortels ( voiture IA en test)
la problématique est «  ailleurs »
incroyable que vous ne le saisissez pas.
a écrit le 02/05/2018 à 14:48 :
Rien n'est plus réel que l'intelligence, le reste n'est que du marketing...S'agissant de la voiture, à quand une voiture de type Renault 5 limité à 110 km/h et qui ne consommerait que 2,5 litres? Bref, la seule grande invention de la bagnole c'est la roue.
a écrit le 02/05/2018 à 11:52 :
qu’est ce que la vie humaine vivante dans un environnement vivant ?
ce sont des mouvements synergiques concentrées ancrées selon plusieurs paramètres ( des milliards de processus) sur plusieurs systèmes internes externes sous internes et sous externes eux même dans un interaction dynamique synergiques au delà des 360 degré que l’on connait tous
la j’ai juste détaillé un peu le complexe de l’humain vivant

après il y a le complexe environnemental qui aussi complexe que l’humain.

donc ce n’est pas demain la veille pour l’automobile «  intelligent ,artificiel et sans conducteur « 0 accident et 0 victime

il est «  temps » de retrouver une conscience humaine «  responsable et respectueux » si ce n’est pas trop demander a ceux qui ont trop d’argent et qui ne savent pas trop quoi faire avec .
a écrit le 02/05/2018 à 9:56 :
Intelligence artificielle

Attention danger et pas seulement pour l'automobile.

Pour tous ce qui est répétitif et "immuable" pas de problème c'est d'une réelle utilité.

Le numérique repose d'abord sur des logiciels et des bases de données issues du passé qui ne peuvent pas prévoir ce qui résulte d'une évolution plus rapide.

Cela devient anti-productif et peut souvent conduire à des blocages et à de l'absurde ou encore à un certain immobilisme pour ce qui est plus nouveau et mieux différencié et pour lequel il n'y a pas les cases pour les décrire et/ou pour en tenir compte.

Et de bien prendre conscience que ce qui est innovant créatif rationnel plus pertinent ne peut plus être exprimé assez rapidement et dont les milieux financiers ne sauront pas tenir compte. C'est bien comme cela que l'on peut mener à la ruine les sociétés industrielles qui exploitent des produits et des solutions plus complexes du fait qu'elles seront alors toujours en retard sur d'autres qui auront su être plus dynamiques et qui disposeront de solutions nouvelles mieux appropriées.

Et dans ces cas là, ce qui devient dramatique , c'est quand il n'y a plus de "pilote dans l'avion" pour compenser les insuffisances et que c'est la machine mal programmée qui impose ses décisions.
Arrêtons de faire du numérique une nouvelle religion, sachons faire état de plus de bon sens, et de plus de réalisme et de plus de discernement. Sachons faire la différence dans ce qui est plus nouveau et plus technoscientifique entre l'illusoire et ce qui est concret et pertinent surtout quand les choses deviennent plus compliqué

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