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Entreprises & FinanceAutomobile

PSA: est-ce le bon moment pour l'Etat pour sortir du capital?

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Nabil Bourassi

Publié le 27 mai 2016 à 05:30

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Les rumeurs se multiplient sur l'imminence d'une sortie de l'Etat du capital du constructeur automobile français. Si la puissance publique est assurée d'une confortable plus-value sur sa mise de départ, la question du timing se pose toutefois puisque le consensus table sur une progression de 31% dans les 12 prochains mois. Même si de nombreuses inconnues pèsent sur le titre...

L'Etat est-il un bon gérant de portefeuille ? Un vrai dilemme pour l'Agence des participations de l'Etat partagée entre deux doctrines : les intérêts politiques et l'optimisation de la gestion des actifs. L'actualité est un cas d'école typique. D'un côté, le gouvernement s'est engagé à sauver ses filières énergétiques en promettant en tout 7 milliards d'euros de recapitalisation à Areva et EDF. De l'autre, l'Etat dispose de participations dans des sociétés dont elle a toujours assuré que celles-ci n'avaient pas vocation à rester figer. Autrement dit, ces participations seront des variables d'ajustement, à condition de ne pas perdre de l'argent.

La rumeur du jour, c'est une cession de la participation de 14% détenue par la puissance publique dans le capital de PSA. L'Etat était entré dans le capital du constructeur automobile français au printemps 2014 en misant 800 millions d'euros. Deux ans plus tard, le titre s'est redressé et l'Etat pourrait retirer 1,4 milliard d'euros de cette cession. "Une excellente performance", juge Nicolas Chéron, stratégiste action chez CMC Markets.

Un gros potentiel de hausse?

En deux ans, l'action a effectivement grimpé de 29%. Mais, depuis le début de l'année, elle a fondu de 15%, soit cinq fois plus que le Cac 40 qui se contente d'un recul de 3% depuis le 1er janvier. Si on regarde encore plus précisément, l'action a cependant entamé un redressement effaçant une partie des pertes. En février, nous analysions la baisse des actions automobiles, et nous remarquions la chute de 23% du titre PSA. Aujourd'hui, le cours progresse de 3% sur trois mois, laissant espérer que la dépréciation est endiguée.

Xavier de Buhren, gérant de fonds actions françaises chez Mirabaud AM, rappelle : "Le consensus des analystes fixe le prix cible à 18,11 euros, soit 31% de plus que le cours actuel de 13,8 euros. JPMorgan va jusqu'à 24 euros...". Soit, un potentiel de cash autrement plus important pour l'Etat si celui-ci décidait de patienter.

Car le groupe PSA est à l'offensive. Fort du succès de son plan "Back to the Race" et d'excellents résultats financiers obtenus en 2015, Carlos Tavares a annoncé un nouveau plan stratégique ambitieux avec près de 28 nouveaux modèles en cinq ans. Le rebond du marché européen plaide également en faveur du constructeur automobile, même s'il profite moins que les marques Premium du marché des flottes, vrai moteur du rebond.

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Un titre sous pression

Mais il demeure certaines inconnues. "Le titre PSA a du potentiel, mais il manque de visibilité en raison du ralentissement chinois mais également de l'inconnue du Brexit", explique Xavier de Buhren. Nicolas Chéron, lui, se montre encore plus pessimiste. "De plus en plus d'indicateurs indiquent que nous allons vers un retournement macroéconomique, et l'automobile serait en première ligne comme en 2008 lorsque Renault était passé de 115 à 15 euros", anticipe-t-il.

"L'action a un important béta sur les indices, donc si le Cac 40 chute, l'action PSA baisserait beaucoup plus", lâche Nicolas Chéron. "Toutes les bonnes nouvelles sont déjà intégrées dans le titre, l'Etat aurait potentiellement intérêt à prendre tout ou partie de ses bénéfices", ajoute-il.

Et il se pourrait que le potentiel de hausse soit totalement gelé. Pour Xavier de Buhren, "l'éventualité d'une sortie de l'Etat pèse sur le cours comme une épée de Damoclès". En clair, les investisseurs anticipent un afflux majeur d'actions qui tirerait le titre à la baisse, ce qui limite le potentiel de hausse du cours aujoud'hui.

L'Etat doit aussi assurer son "après"

L'autre enjeu d'une telle opération concerne l'avenir du capital de PSA. La part de l'Etat va-t-elle finir dans du flottant ? Ou les deux autres plus importants actionnaires, la famille Peugeot et Dongfeng Motors (environ 14% chacun), vont-ils négocier un nouveau pacte qui les autoriserait à monter dans le capital ? Augmenter la part du flottant exposerait le titre à davantage de volatilité. Les marchés opteraient plutôt pour un nouveau pacte d'actionnaires équilibré, confie un observateur du secteur.

Mais rien ne dit que la famille Peugeot trouvera le cash nécessaire pour reprendre une partie de la participation de l'Etat. Ni même qu'elle le voudra. La holding familiale est engagée dans un processus de diversification de ses actifs. D'ailleurs, elle vient récemment de s'allier avec l'australien Macquarie pour participer à l'appel d'offre pour la privatisation de l'aéroport de Lyon. A l'inverse, laisser Dongfeng Motors monter seul dans le capital de Peugeot Citroën sera difficile à faire accepter à l'opinion publique. L'Etat est forcé de prendre en compte ces considérations avant tout retrait.

Un actionnaire "encombrant"?

La sortie de l'Etat pourrait toutefois produire un effet positif sur le cours. D'après Xavier de Buhren, cette action "enlèvera la décote politique qui pénalise aussi le titre". Les investisseurs anglo-saxons se méfient des entreprises où la puissance publique est un actionnaire de référence, et appliquent sur leur titre une dépréciation.

À lire également

  • Valeurs automobiles: jusqu'où s'arrêtera la dégringolade?
  • PSA trébuche en Bourse sur des rumeurs d'une cession de la part de l'Etat

Il est vrai qu'en la matière, le gouvernement a déjà montré qu'il restait un actionnaire politique actif. Dans le cas de Renault, Emmanuel Macron est monté au créneau à plusieurs reprises pour imposer les droits de vote double, ou encore sur l'affaire du salaire de Carlos Ghosn (y compris sur celui de Carlos Tavares). En la matière, l'Etat vient en fait de montrer qu'il pouvait aussi agir en passant par la case législation... Actionnaire ou non !

Nabil Bourassi

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