Valeurs automobiles : jusqu'où s'arrêtera la dégringolade ?

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Les valeurs automobiles sont en chute libre depuis le 1er janvier, effaçant pour certains, les gains engrangés depuis plusieurs mois.
Les valeurs automobiles sont en chute libre depuis le 1er janvier, effaçant pour certains, les gains engrangés depuis plusieurs mois. (Crédits : CHINA DAILY)
Depuis le début de l'année, les valeurs des constructeurs et et équipementiers automobiles s'effondrent (-23% pour Valeo, -18% pour Faurecia, -23% pour PSA...). Les analystes sont partagés sur les raisons d'un tel mouvement baissier. Les résultats annuels devraient permettre d'y voir plus clair, mais les attentes des marchés sont d'ores et déjà très haut placées.

La note de Morgan Stanley publiée mardi 2 février a jeté le trouble sur le marché des équipementiers automobiles. La banque américaine a jugé que Valeo et Faurecia étaient survalorisés déclenchant immédiatement un accès de faiblesse des titres en Bourse (respectivement -4,96% et -4,75%). Sauf que, en y regardant de plus près, ces deux valeurs n'avaient pas attendu la recommandation de Morgan Stanley pour dévisser en Bourse. Depuis le 1er janvier, Faurecia a plongé de près de 18%, et Valeo a fondu de 23%.

Le secteur automobile dans le rouge, constructeurs compris

La vertigineuse contre-performance de ces deux valeurs contraste avec les gains engrangés depuis plusieurs années. Valeo affiche effectivement une hausse de 187% de son action sur 3 ans, pendant que le titre Faurecia grimpait de 146%. De plus, il se trouve que les deux équipementiers ne sont pas les seuls dans ce cas-là puisque PSA et Renault s'inscrivent également dans cette même tendance. Peugeot-Citroën efface ainsi une partie des gains cumulés en 2015 avec une baisse de 23% depuis le 1er janvier. Son rival et compatriote Renault déplore la perte de plus de 21% de sa valorisation. A qui la faute, alors?

Les analystes ne semblent qu'à moitié étonnés. Nicolas Chéron, de CMC Markets, estime que "la correction est à la hauteur des autres secteurs dans un environnement de baisse globale des marchés (...), il n'y a pas de focalisation baissière sur le secteur automobile", a-t-il expliqué à La Tribune. L'analyste juge toutefois que la correction pourrait être de courte durée jugeant que le secteur est soutenu par "trois banquiers centraux" (Europe, Japon et Chine).

Une "thématique défavorable"

Autrement dit, il s'agirait davantage d'une conjoncture que d'un retournement de tendance du secteur. Pourtant, s'il est vrai que les marchés s'affichent en berne depuis le début de l'année, le recul du CAC40 n'est que de 8%. "Il y a une thématique défavorable sur les valeurs automobiles", croit savoir un autre analyste "à l'image de ce qui avait été constaté au 2eme semestre 2015". "Le ralentissement chinois, l'affaire Volkswagen, les perspectives du marché américain qui a atteint un point haut en 2015... Tout cela a contribué à interroger les investisseurs sur les valeurs automobiles", résume-t-il.

Bertrand Rakoto, lui, fait part de son étonnement face à de tels mouvements baissiers, notamment sur les équipementiers. "Je ne vois pas de raisons; les équipementiers détiennent les clés de la recherche et l'innovation de l'industrie automobile", explique l'analyste de D3 Intelligence. "Même si le marché automobile mondial entre dans une phase de tassement, le potentiel de croissance est entre les mains des équipementiers", explique-t-il.

Il invite toutefois à la patience dans l'analyse du secteur à travers un autre prisme temporel : "Il faut donc se méfier des mouvements sur de courtes périodes, l'automobile est un secteur de cycle long qui nécessite de lourds investissements, ce n'est pas cohérent avec les cycles court-termistes des marchés financiers. ".

L'attente d'une consolidation

Il y a un an pourtant, une note de Goldman Sachs préconisait le secteur des équipementiers en anticipant un mouvement de consolidation. La banque américaine visait à l'époque... Valeo. Sauf que rien de tel n'est arrivé depuis. La consolidation des équipementiers pourrait essentiellement tourner autour d'échanges d'actifs qu'entre mariages de mastodontes. Seule l'acquisition de TRW par l'allemand ZF a eu un effet structurant. Depuis, les équipementiers se sont contentés de petites acquisitions comme Valeo qui a acquis les allemands Peiker et Spheros, ou Faurecia qui a cédé ses pare-chocs à Plastic Omnium. Il reste néanmoins l'inconnue Magnetti-Marelli dont le propriétaire, Fiat Chrysler Automobiles (FCA), ne cache plus sa volonté de le céder.

Autrement dit, la question de la consolidation reste encore d'une vive actualité chez les équipementiers. Faut-il croire comme le suggère Morgan Stanley que ces sociétés sont survalorisées ? Là encore, la question fait débat. Un analyste nuance la note de la banque américaine estimant que les équipementiers sont valorisés huit fois leur Ebit "là où historiquement ils affichent un multiple de 9,5".

Le risque de fortes attentes

Enfin, il existe un dernier scénario où les investisseurs auraient pris prétexte de la baisse des marchés pour engranger des bénéfices après des années de forte hausse.

Pour les analystes, les investisseurs attendent désormais les publications de résultats annuels pour prendre position. Là encore, le marché formule de fortes attentes puisqu'il anticipe de très bons résultats. Un véritable risque pour ces entreprises, y compris si leurs résultats sont seulement "bons".

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a écrit le 08/02/2016 à 20:27 :
Le mieux placé est celui qui voit la demande exploser dans les pays émergents et qui sait y répondre, le reste suivra en se trainant dans ce monde dénué de pitié.
a écrit le 08/02/2016 à 16:07 :
Fortiche, VW et ses logiciels truqués auront mis le feu au secteur...
a écrit le 08/02/2016 à 13:27 :
"Jusqu'où IRA la dégringolade " ou "Où s'arrêtera la dégringolade".
a écrit le 06/02/2016 à 12:27 :
Moins les gens ont d'argent et moins ils peuvent acheter, c'est tout de même incroyable que tout ce stupides spécialistes et autres économistes de pacotille que l'on entend dans tous les médias de masse aboyer la parole de leurs maîtres actionnaires soient incapables de le voir hein, même une classe de cp y arriverait à le comprendre.

Ah mais ils le font peut-exprès du coup non ? Ben oui ils veulent faire revenir la croissance en continuant d’appauvrir les gens ces fous furieux là...

Heureusement qu'ils ne sont pas pompiers sinon ils arroseraient les incendies avec de l'essence.
Réponse de le 08/02/2016 à 13:32 :
Il n'y a pas assez d'argent pour consommer parce que la production de richesses est trop faible en France. Les gens s'appauvrissent non parce qu'on ne leur donne pas assez d'argent (ou encore qu'on leur en reprend trop) mais parce que, individuellement et collectivement, ils ne travaillent pas assez. Et s'ils ne travaillent pas assez c'est qu'ils coûtent trop cher en regard de la valeur ajoutée qu'ils dégagent. Baissons les salaires, en particulier le SMIC, et on aura la surprise de voir les gens ne pas être plus pauvres, et probablement l'être moins.
Réponse de le 08/02/2016 à 15:14 :
Avec 5 millions de chômeurs et donc une quantité de travail dramatiquement limitée comment pouvez accuser les gens d'être la cause de la chute de la consommation ?

Qui plus est les gens n'ont pas assez d'argent et vous voulez leur en enlever pour qu'ils consomment plus ?

Un peu de sérieux je vous prie, merci.
Réponse de le 08/02/2016 à 15:17 :
Economist, I presume? Encore un effort et les mathématiques rendront grâce.
Réponse de le 08/02/2016 à 20:48 :
Jusqu'au début des années 2000, les constructeurs battaient records sur records en terme de nombre de véhicules vendus. Il y avait déjà un tassement des salaires, mais le crédit ''assurait'' et masquait le problème. Forcément, le crédit c'est réduit, il faut bien rembourser un jour, sauf si c'est la fuite en avant. La crise des subprimes en est l'image fracassante. Est-ce que les banques européennes ont été prudentes ou n'ont eut le temps de suivre le modèle américain? Nouvelle stratégie de certains constructeurs, le low cost, cela permet de coller aux produits des organismes de crédit qui acceptent des risques plus grands mais sur des sommes moindres. Prochaine étape encore baisser les salaires: plus de smic ( l'Angleterre est pleine de travailleurs ''riches'' qui consomment à tour de bras). Les organismes de prêts (banques ou filiales) devraient suivre pour l'achat d'un vélo. Des vélos pour tout le monde en Europe contre un rêve de voitures pour tous les Chinois... On aura au moins gagné sur les émissions de CO2

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