Stellantis, Volkswagen, Renault... la pénurie de puces fait chuter la production de voitures

Les constructeurs automobiles mondiaux voient leur livraison de véhicules chuter une nouvelle fois au troisième trimestre, faute de puces disponibles. La crise des semi-conducteurs pourraient entraîner des milliards d'euros de pertes en 2021, après une année 2020 déjà morose.

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(Crédits : Reuters)

Les chiffres vertigineux continuent de s'accumuler et celui de 600.000 est bien la donnée du jour pour symboliser les conséquences de la pénurie de semi-conducteurs qui frappe le secteur automobile. Le géant allemand de l'automobile Volkswagen ainsi que le quatrième constructeur mondial Stellantis ont annoncé que les défauts d'approvisionnement de ces puces essentielles à l'électronique des véhicules leur ont coûté chacune 600.000 livraisons de voitures au troisième trimestre 2021.

Le groupe Stellantis issu de la fusion PSA (Peugeot-Citroën) et FCA (Fiat-Chrysler) a vendu 1,1 million de véhicules entre juillet et septembre, soit une baisse de 27% sur un an. Stellantis avait déjà été empêché de produire 700.000 véhicules au premier semestre et devrait perdre plus de 1,4 million de véhicules sur l'année, a confirmé Richard Palmer, directeur financier du groupe. Au troisième trimestre, le constructeur réalise un chiffre d'affaires net de 32,6 milliards d'euros, en baisse de 14 % par rapport à la même période l'an dernier.

Des livraisons en berne chez les grands constructeurs

De son côté Volkswagen annonce un recul de ses livraisons de 24% sur la période par rapport à 2020, année déjà faible dans les ventes. Résultat, son bénéfice opérationnel a baissé de 12% au troisième trimestre sur un an, à 2,8 milliards d'euros.

Le groupe installé à Wolfsburg revoit par conséquence ses objectifs de ventes sur l'année à la baisse : le nombre de voitures vendues se situera "dans l'ordre de grandeur" de 2020 (année marquée par de nombreux confinements et des ventes en berne) alors que le groupe prévoyait jusqu'ici une hausse "sensible". Le groupe maintient tout de même sa prévision de marge entre 6,0% et 7,5%.

De son côté, Renault annonce un retard de livraison de 170.000 véhicules au troisième trimestre, et table désormais sur un manque annuel d'environ 500.000 véhicules. Renault a vendu 365. 934 véhicules dans le monde, soit une baisse de 24,4 % par rapport au 3e trimestre 2020.

Les difficultés touchent toute la filière et les impacts économiques pourraient être très importants. Le cabinet IHS Market avait jugé que la croissance ne dépassera pas les 1,6% en comparaison annuelle, alors qu'il tablait initialement sur une croissance du marché automobile de 8,5% cette année. Autrement dit, l'année 2021 sera à peine meilleure que l'année catastrophique 2020 marquée par la crise sanitaire, laquelle avait enregistré une baisse de 17% des ventes par rapport à 2019. Avec un objectif de 75 millions de voitures neuves en fin d'année, il manquera, selon IHS Markit, près de 10 millions de voitures...

Jusqu'à 180 milliards d'euros de pertes estimées

Le cabinet Alix Partners a estimé pour sa part en septembre que l'impact des pénuries s'élèverait à 7,7 millions de voitures, contre une prévision de 3,9 millions dans sa précédente étude publiée en mai dernier. La crise des semi-conducteurs devrait coûter près de 210 milliards de dollars (180 milliards d'euros) à l'industrie automobile en 2021, poursuit le cabinet.

Lire aussi 3 mnAutomobile: la crise des semi-conducteurs s'emballe et pourrait coûter 210 milliards de dollars

Après avoir bien résisté en début d'année, les usines automobiles ont enchaîné les journées de fermeture au troisième trimestre, paralysées par la pénurie de certaines pièces, notamment ces semi-conducteurs produits principalement en Asie, et les dysfonctionnements de la logistique mondiale. De nombreuses usines étaient à l'arrêt cet été en Allemagne, en France, en Turquie, et certaines resteront fermées jusqu'à fin 2021. Au Royaume-Uni, la production a chuté en septembre de 41,5% sur un an, son plus bas niveau pour ce mois depuis 1982. Les sous-traitants sont également impactés : les équipementiers comme Bosch, Michelin ou Plastic Omnium ont aussi vu leur chiffre d'affaires ralentir.

"Cette baisse [de construction de véhicules] est largement menée par l'Europe", précisait mi-octobre le cabinet IHS Markit. La Chine, premier producteur mondial d'automobiles, "donne l'impression d'avoir atteint le creux de la vague, ce qui donne de l'espoir aux optimistes". Toutefois, chez Renault, selon la directrice financière Clotilde Delbos, le mois de novembre sera critique, puis la situation devrait rester "tendue sur le premier semestre" prochain et "un peu moins fin 2022".

Aux Etats-Unis, la situation reste également tendue. Le chiffre d'affaires de GM a baissé de presque 10 milliards d'euros au troisième trimestre à 26,78 milliards contre 35,46 milliards sur la même période en 2020.

La situation est toutefois plus positive chez Ford, même si ses résultats continuent à reculer. Son chiffre d'affaires a baissé de 5% entre juillet et septembre pour atteindre 35,7 milliards de dollars. Son bénéfice net a reculé de 25%, à 1,8 milliard de dollars. Mais le constructeur historique estime qu'une amélioration est à venir sur le front de l'approvisionnement en semi-conducteurs. "Il reste compliqué de s'approvisionner en semi-conducteurs mais la situation s'est clairement améliorée par rapport au deuxième trimestre", a expliqué le directeur financier de Ford, John Lawler. Mais celui-ci reste prudent pour les prochains mois, affirmant que les livraisons de semi-conducteurs "resteraient probablement limitée en 2022, voire en 2023. "C'est très mouvant (...). On fait tout ce qu'on peut pour mettre la main sur autant de puces que possible", a remarqué John Lawler.

Tesla, en contre-exemple

Les constructeurs automobiles historiques, en plus d'affronter cette crise conjoncturelle, sont engagés dans une profonde mutation de leur modèle industriel pour répondre aux attentes réglementaires. Ils se sont engagés dans des programmes massifs d'investissement afin de basculer leur production vers des véhicules non-thermiques. Des modèles électriques qui nécessiteront également de nombreux semi-conducteurs.

Pendant ce temps, l'entreprise américaine Tesla - pionnière du 100% électrique - multiplie les records, aussi bien au niveau des livraisons - elle a su sécuriser ses approvisionnements en puces et modifier ses logiciels internes - que des profits. Sa valorisation boursière a atteint cette semaine les 1.000 milliards de dollars.

(avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 29/10/2021 à 13:21
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ca c'est l'avant gout de ce qu'il se passera quand la chine refusera de donner acces a ses batteries car l'europe n'aura pas obtempere a ses oukases....... avec la benediction des politiciens, dont il faudra publier nom et adresse, histoire qu'ils s'...

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