Valeurs automobiles : vers un nouveau rallye boursier ?

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La dynamique de plan produit des constructeurs automobiles français va soutenir les ventes mais également les marges, et donc le cours des actions.
La dynamique de plan produit des constructeurs automobiles français va soutenir les ventes mais également les marges, et donc le cours des actions. (Crédits : © Arnd Wiegmann / Reuters)
L’année 2016 s’est terminée sur une hausse soutenue des valeurs automobiles françaises, malgré un début d’année très baissier. Si les constructeurs affichent un beau potentiel, les équipementiers automobiles ont également des atouts à faire valoir. Les résultats financiers viendront confirmer ou non la réalité de cet optimisme, avant d’entrer dans le vif du sujet d’une année 2017 qui s’annonce très agitée…

À quelques jours des résultats financiers, il est temps de jeter un coup d'œil sur le rétroviseur sur les performances boursières des valeurs automobiles françaises. L'année 2016 avait très mal commencé pour ces valeurs, que ce soit pour les constructeurs (PSA ou Renault) ou les équipementiers automobiles (Valeo, Faurecia, Michelin, Plastic Omnium).

Sur le premier mois de l'année 2016, Faurecia avait ainsi chuté de 18% et Valeo de plus de 23%. PSA et Renault faisaient également la grimace avec des valeurs en chute d'environ 22%. En réalité, ces chutes ont permis d'atteindre un point bas avant d'enclencher un redressement, puis un véritable rallye haussier sur le quatrième trimestre.

Les équipementiers ont superformé les constructeurs

Ainsi, Valeo qui a touché un point bas de 36 euros début février 2016, culmine aujourd'hui à 58 euros. Chez Faurecia, la progression est moins spectaculaire, mais le titre est tout de même passé de 27 euros mi-février, à 41 euros aujourd'hui, avec une nette accélération depuis novembre. Michelin a tracé une courbe plus accidentée, mais la valeur de son action est passée de 78 euros à 103 euros. Enfin, Plastic Omnium a traversé quelques fortes secousses, notamment en juillet avec une vraie chute du titre, mais celle-ci tourne actuellement autour de 32 euros alors qu'elle n'en valait que 26 en février dernier.

Côté constructeur, la performance sur l'année a été moins flagrante, même si, en partant du mois de février toujours, ils se retrouvent aujourd'hui avec de belles performances. L'action Renault oscille aujourd'hui sur un titre à 85 euros après avoir tourné autour de 69 euros en février. PSA est passé de 12 à 17 euros sur cette même période. À l'instar de Faurecia, les deux constructeurs automobiles français ont enregistré un passage à vide aux alentours de juillet avant d'entamer un rallye qui s'est accéléré à partir de décembre.

Un beau potentiel chez Renault, PSA et Faurecia

Pour Xavier de Buhren, gérant de fonds chez Mirabaud AM, les valeurs automobiles ont souffert de lourdes incertitudes qui se sont peu à peu levées en fin d'année, ce qui explique ces rallyes haussiers.

"La fin de l'année a été meilleure, car un certain nombre d'incertitudes ont été levées. Comme la stabilisation d'importants marchés comme le Brésil ou la Russie, la reconduction des incitations gouvernementales chinoises qui ont soutenu le marché... Mais il y a aussi l'Iran, l'Inde, les marchés européens et américains tiennent mieux le coup qu'attendu. Tout cela est positif. On le voit d'ailleurs dans le discours des constructeurs qui est moins prudent qu'en septembre, ce qui laisse présager de bonnes perspectives pour l'année 2017".

D'autant que certaines valeurs restent encore sous-valorisées et offrent un beau potentiel. "Les valeurs des constructeurs restent très peu chères en termes de PER. Renault est très en-dessous de sa moyenne historique. Idem pour PSA", analyse Xavier de Buhren.

Les deux constructeurs ont effectivement le vent en poupe. L'un et l'autre ont annoncé d'excellents résultats commerciaux en début d'année. Renault, lui, a enregistré une année record avec 3,18 millions de voitures vendues, en hausse de 13,3%. PSA, lui, se fait souffler la place de deuxième constructeur automobile européen par son compatriote, mais ses ventes culminent également à un haut niveau. Mais, le véritable enjeu pourrait se nicher ailleurs et les résultats financiers devraient les mettre en lumière. PSA revendique une vraie dynamique sur le niveau de finition de ses nouvelles voitures. Peugeot a ainsi annoncé plus de 86% de finition 3 et 4, soit les finitions les plus chères sur le nouveau 3008 dont les ventes auraient, par ailleurs, dépassé les objectifs. Renault, lui, n'a pas précisé quel niveau de finition a atteint ses derniers modèles notamment les Espace et Talisman qui visent une cible plus haut de gamme. La marque s'est contentée de préciser avoir fait bien mieux que la génération précédente en termes de mix-produit.

L'enjeu de la marge opérationnelle

La marge opérationnelle pourrait ainsi être l'enjeu de ces résultats financiers. L'année dernière, PSA avait surpris en annonçant une marge de 5% pour l'année 2015, achevant avec deux ans d'avance le plan de redressement Back to the Race. À la fin du premier semestre, le groupe emmené par Carlos Tavares affichait une rentabilité insolente de 6,8% pour la division automobile, tournant définitivement la page de la crise. Renault n'est pas en reste puisqu'il a atteint une marge de 5% en 2015, et de 6,1% à la fin du semestre. Mais la marge de la branche automobile n'est ressortie qu'à 4,7% au premier semestre.

Pour la suite de l'année, les constructeurs automobiles français pourraient profiter d'un ciel dégagé qui sera fondé sur la montée en charge en Iran, la stabilisation des marchés sud-américains et russes. Ils vont également profiter de l'arrivée en vitesse de croisière de nouveaux produits majeurs lancés en 2016. Il faudra aussi compter sur de nouveaux produits qui seront lancés en 2017. Renault va ainsi commencer le renouvellement de sa gamme Dacia avec son best-seller mondial, le Duster. PSA, lui, va installer ses 3008 et 5008 pour la marque Peugeot, tandis que Citroën attend beaucoup de sa nouvelle C3. La marque aux chevrons fonde également d'immenses espoirs avec l'arrivée, enfin, d'un premier SUV entièrement dédié à sa marque et enfin se positionner sur ce segment très dynamique.

Les deux groupes sont toutefois susceptibles d'être agités en bourse en fonction des velléités de l'État de céder tout ou partie de leur capital. Certes cela s'inscrira dans deux contextes différents (l'État a promis de revendre les 5% de parts achetées chez Renault, mais ne s'est pas engagé sur son rôle chez PSA au nom de l'équilibre entre les grands actionnaires), mais ce sujet reviendra nécessairement sur la table avec les élections présidentielles en France.

Il faudra également surveiller chez Renault la contribution de Nissan qui pourrait être impactée par le rachat de Mitsubishi en 2016, mais également la consolidation plus ou moins heureuse des comptes d'Avtovaz, le groupe automobile russe.

N'oubliez pas les équipementiers...

Les équipementiers automobiles, eux, seront à apprécier au cas par cas. Xavier de Buhren, relève que Valeo est déjà bien valorisé : "il est peut-être proche d'un plus haut historique sur son PER. Mais cette valeur détient encore des sous-jacents très porteurs, notamment sur la voiture autonome et la voiture électrique". Une opportunité est toutefois possible sur Faurecia. Cet équipementier "est un peu à la traîne au niveau de sa rentabilité, mais rattrape son retard et dispose de bonnes perspectives", nous indique l'analyste de Mirabaud AM.

Les équipementiers devront cependant gérer un changement de paradigme de leur environnement de marché : la hausse des matières premières. "Les équipementiers n'avaient pas totalement répercuté la baisse des matières premières, et cette fois, ils pourront difficilement intégrer la hausse de celles-ci, notamment celle de l'acier", estime Xavier de Buhren. Michelin vient ainsi d'annoncer une hausse pouvant aller jusqu'à 8% de ses prix pour compenser la hausse du prix du caoutchouc, du butadiène et du pétrole.

L'année 2017 sera une année très chargée pour le secteur automobile français. Si les nuages se dissipent, il faudra néanmoins sélectionner les plus belles opportunités et ne pas négliger d'éventuels éléments perturbateurs : de nouveaux développements dans le Brexit, dans les scandales des diesels truqués, mais également les effets de change, les matières premières, un retournement de situation en Iran avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, et bien sûr, les élections présidentielles françaises qui, plus que tout autre facteur, a perdu toute visibilité et où désormais tous les scénarios sont possibles.

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