Chez Solvay, on n'en fait pas mystère : l'innovation est plus que jamais au coeur de la stratégie de création de valeur du groupe chimique. Sa feuille de route établie pour la période 2012-2016 est même particulièrement claire sur ses intentions : l'innovation doit contribuer pour 30% à la croissance de son ebitda (earnings before interest, taxes, depreciation and amortization), autrement dit à son résultat brut d'exploitation. Avec désormais les défis à relever du développement durable comme axe majeur de recherche.
Le chimiste belge, qui a acquis le français Rhodia en septembre 2011, est décidé à y être sur tous les fronts. Par exemple, la conception de solutions et matériaux permettant de contribuer à l'allègement et à la « recyclabilité » des produits, mais aussi à l'efficacité énergétique, au stockage de l'énergie. Et demain à la dépollution de l'air des bâtiments
Ce n'est donc pas complètement un hasard si Solvay est devenu le principal partenaire de « Solar Impulse », l'avion expérimental imaginé par Bertrand Piccard, capable de voler de nuit comme de jour, sans carburant ni émission polluante, avec des moteurs électriques alimentés à 100% par l'énergie solaire.
Celui-ci a déjà investi 12 millions dans l'avion monoplace, en cours d'amélioration pour un tour du monde, prévu en 2015. Mais quel rapport peut-il bien y avoir entre la chimie et l'aéronautique verte ? Oui, bien sûr, le chimiste s'est sans doute offert une part de rêve. Et cet étonnant engin lui assure aussi une formidable et emblématique vitrine. Mais pas seulement...
Le Solar Impulse est en effet un de ces programmes transversaux, risqués au départ, mais riches de promesses - « high risk, high reward », selon la formule anglo-saxonne -, directement managés au niveau central du groupe.
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À l'instar de... l'électronique organique (encore désignée sous le vocable électronique plastique) utilisant des matériaux semi-conducteurs dont la formulation est basée sur la chimie organique. Peuvent ainsi être imaginés, à l'horizon de cinq à dix ans, des films absorbant les rayons solaires sur les toitures des bâtiments, ou, dans un autre domaine, des écrans de télévision pliables sans limite de taille.
Autre exemple de programmes à long terme : les matériaux dits avancés, large famille incluant les matériaux intelligents, les nanomatériaux ou encore les composites aujourd'hui réservés, car trop onéreux, à la Formule 1, entre autres, et qui à l'avenir entreront dans les transports classiques pour alléger le poids des automobiles, des trains, des bateaux et... des avions.
Si les projets à long terme sont donc gérés au niveau du groupe, celui-ci leur consacrant 20% des ressources de R&D (300 millions d'euros au total, 1.900 chercheurs et 300 brevets déposés en 2012), la priorité pour l'innovation chez Solvay est cependant donnée au terrain. Ses quinze centres de profit (business units), fonctionnant comme de petites entreprises internationales, se partagent les 80% restants.
Chaque business unit peut être amenée à collaborer avec les autres. Chacune a pour objectif de voir ses activités figurer dans le trio de tête mondial. Engineering Plastics se consacre aux plastiques techniques et de haute performance ; Fibras aux fibres à base de polyamide ; Coates aux solvants oxygénés, etc.
Dévolu aux arômes destinés à l'industrie, Aroma Performance a mis au point le Govanil, élu en 2013 par l'ICIS (principal fournisseur d'information pour la chimie) meilleure innovation de l'année.
Le procédé industriel proprement dit a été développé en s'appuyant sur Axelera, le pôle de compétitivité chimie verte dont Solvay est un des membres fondateurs.
De fait, à l'instar de beaucoup de grands industriels, Solvay pratique l'innovation ouverte. On la retrouve avec les quatre unités mixtes de recherche : à Lyon (matériaux polymères composites), à Bordeaux (chimie végétale), aux États-Unis (formulation liquide et récupération des gaz), en Chine (chimie verte).
Les start-up sont un autre levier sur lequel mise Solvay pour stimuler son innovation. Le groupe leur affecte 85 millions d'euros. La firme intervient ainsi indirectement dans les jeunes pousses à travers sept fonds de capital risque corporate.
En 2011, le chimiste a rejoint Aster 2, lancé par les groupes Schneider et Alstom, mais s'est aussi invité dans des fonds américains ou encore coréens. Histoire de disposer d'un poste d'observation planétaire sur ce monde des jeunes pousses dans lesquelles elle peut prendre des participations, en direct.
Par exemple, Solvay a déjà misé sur cinq start-up, telles Plextronics et Polyera et tout dernièrement Aonix, à Ottawa.
Comme quoi de la métallurgie à la chimie, il peut n'y avoir qu'un pas qu'une petite révolution fait vite franchir.
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