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"La thérapie génique est arrivée à maturité" S. Braun, AFM-Téléthon

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 29 avril 2017 à 06:30 - Mis à jour le 23 juin 2017 à 12:43

Le Quotidien Numérique

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De plus en plus de laboratoires se lancent dans la thérapie génique (introduction d'un gène dans une cellule pour soigner des maladies). Serge Braun, directeur scientifique de l'AFM-Téléthon, évoque l'intérêt de cette stratégie thérapeutique, ses difficultés de développement, et la phase d'industrialisation qu'il juge proche pour le Généthon.

LA TRIBUNE - L'AFM-Téléthon mise beaucoup sur la thérapie génique. Les laboratoires du Généthon ont adopté cette stratégie thérapeutique dans les années 1990. Mais ils n'ont lancé aucun traitement sur le marché pour le moment...

SERGE BRAUN - Avant de se lancer dans la thérapie génique, le Généthon a publié des cartes du génome humain. A partir de 1996, le Généthon, sous l'impulsion des administrateurs de l'AFM - composée de malades et de parents malades-, a pris la décision de travailler sur la mise au point de vecteurs de gènes (une molécule nécessaire à la thérapie génique pour introduire des gènes, NDLR) et d'élaborer des pistes thérapeutiques pour les maladies rares. La mise au point des vecteurs a demandé beaucoup de travail, car ceux qui étaient disponibles à l'époque n'étaient pas suffisamment performants.

Par ailleurs, la durée des essais cliniques est longue dans la thérapie génique. Le Strimvelis de GSK, destiné à soigner les bébé bulles, a été lancé sur le marché au bout d'une vingtaine d'année. Le premier traitement en thérapie génique développé est encore récent: il date de 1989.

Les traitements basés cette stratégie thérapeutique ont également connu quelques ratés dans les années 2000...

Avec les bébés bulles, la première génération de vecteurs était imparfaite. Après plusieurs années, les malades traités pouvaient développer des lymphoprolifération, c'est-à-dire des leucémies. Cela a amené à développer une nouvelle génération de vecteurs.

Il y a aujourd'hui une forte exigence en termes de sécurité. Les traitements basés sur la thérapie génique sont uniques, appliqués une fois. Il est ensuite nécessaire de s'intéresser à la survie des malades atteints d'immunodéficiences, sur le long terme. Il est logique que les agences des médicaments réclament des données suffisamment robustes, d'autant plus que le nombre de malades est restreint dans les maladies rares.

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La thérapie génique peut-elle encore gagner en efficacité ?

Il faut rappeler que les premiers médicaments développés étaient issus d'une thérapie génique ex-vivo. Les cellules prélevées sur les malades étaient corrigées par thérapie génique puis ré-administrées. Il s'agit de la méthode la plus simple, mais elle n'est pas applicable à toutes les pathologies. Ensuite les recherches se sont focalisées sur les injections locales, dans la peau, le cerveau et l'œil. C'est la la deuxième vague qui arrive aujourd'hui, avec par exemple le traitement développé par Gensight, une biotech avec laquelle le Généthon collabore, contre la neuropathie optique héréditaire de Leber.

Généthon est impliqué dans cette stratégie d'administrations locale. Les méthodes concernant l'organisme entier prennent plus de temps, mais cela ne nous empêche pas de développer des vecteurs thérapeutiques performants, compatibles avec les myopathies.

On remarque un regain d'intérêt des grands laboratoires pharmaceutiques pour la thérapie génique, parfois délaissée au début des années 2000. Comment l'expliquez-vous ?

Il y a désormais plusieurs indications dans lesquelles la thérapie génique fonctionne: Les bébé bulles, l'adrénoleucodystrophie (maladie neurodégénérative), la bêta-thalassémie (maladie génétique de l'hémoglobine)..Aujourd'hui, on se dirige vers des succès dans l'optique. On a ravivé l'intérêt dans la thérapie génique. Elle a atteint un degré de maturité qui autorise son industrialisation.

GSK, Pfizer, ou encore Novartis investissent dans ce domaine. La thérapie génique intéresse de plus en plus les grands laboratoires pharmaceutiques, également parce qu'elle pourrait s'appliquer aux maladies les plus fréquentes. Si l'on traite des maladies génétiques de l'œil, on utilise des outils qui pourraient être utilisés pour la DLMA (dégénérescence maculaire liée à l'âge, Ndlr). Si l'on traite des pathologies rares touchant le cerveau, demain la thérapie génique pourra permettre de lutter contre la maladie de Parkinson. Ou encore, quand on s'attaque à des pathologies rares touchant les muscles, cela intéresse les big pharmas, car le muscle peut fabriquer des hormones et des substances thérapeutiques.

Le Généthon développe une douzaine de médicaments exploitant cette méthode thérapeutique. A quel horizon espérez-vous lancer vos traitements sur le marché ?

Aujourd'hui, nous n'en sommes plus à quinze ans de développement. On divise ce temps par deux. Selon les résultats que nous obtiendrons pour notre traitement du syndrome de Wilscoot Aldrich (déficit immunitaire, Ndlr), on espère une autorisation de mise sur le marché à très court terme. Idem pour la  granulomatose chronique, une maladie du système immunitaire, dont le traitement est actuellement en phase I/II..

Disposez-vous de moyens financiers suffisants pour cela ? Les essais cliniques peuvent coûter jusqu'à plusieurs centaines de millions d'euros rien que pour une phase III...

Pour les maladies rares, les essais cliniques sont beaucoup moins onéreux, le nombre de patients est moindre. Le Strimvelis, par exemple, a été testé sur une douzaine de patients. Nous avions toutefois besoin d'augmenter les surfaces de production.. Pour y parvenir, nous avons créé Yposkesi (un acteur industriel dédié à la production de thérapies géniques, notamment, Ndlr). Il s'agit d'un partenariat avec l'Etat et l'association AFM Téléthon. Le fonds d'investissement SPI injecte 84,5 millions d'euros pour ce projet, et l'AFM Téléthon y investit  34,5 millions d'euros. Nous nous dotons ainsi du plus important outil d'Europe pour les essais cliniques et la commercialisation des thérapies géniques et cellulaires. Il est par ailleurs mis à disposition de la communauté, et nous permet de recevoir des financements de laboratoires tiers qui y conçoivent des produits.

Vous avez également des partenariats financiers avec d'importants laboratoires pharmaceutiques. N'y a-t-il pas de risques d'abandons de projets et donc de nouveaux coups durs pour la thérapie génique ?

S'il s'agit d'un projet dans lequel nous sommes impliqués et qui vaut le coup, il y a des aspects non négociables. Si le partenariat s'arrête, on récupère tout: le savoir-faire et le projet en question.

Par exemple, nous avons créé une molécule, l'olesoxime, pour combattre l'amyotrophie spinale maladie qui entraine l'atrophie les muscles, Ndlr). Cela a donné lieu à la création de la biotech Trophos, en 2000 et à 23 millions d'euros d'investissements dédiés aux développement de la molécule, dont nous avons la licence exclusive.  Roche a racheté Trophos et termine le développement de l'olesoxime. Si le laboratoire cesse de la développer, il doit nous céder tous ses droits.

Mais vous ne pouvez pas fixer le prix du traitement. Or, les rares traitements basés sur la thérapie génique lancés défraient la chronique de part leur prix. le Strimvelis est vendu plusieurs centaines de milliers d'euros. UniQure réclamait près d'un  million d'euros pour son traitement...

À lire également

  • La France, une championne de la thérapie génique ?

On s'est entendu avec nos partenaires sur le prix pour qu'il ne constitue pas un frein à l'accès aux malades. C'est un engagement de principe. Les prix de nos traitements ne rejoindront pas ceux qui font polémiques. Ce principe-là, nous le figeons dans tous nos accords.

Jean-Yves Paillé

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