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La France, une championne de la thérapie génique ?

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 21 décembre 2016 à 05:32

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Plusieurs biotechs françaises pourraient lancer un traitement en thérapie génique dans les années, voire les mois à venir. Pour le moment, rares sont les sociétés pharmaceutiques à avoir réussi à lancer un produit dédié à cette stratégie thérapeutique prometteuse dans les cancers et les maladies rares.

2016 aura été une bonne année pour la France dans la thérapie génique, cette stratégie thérapeutique consistant à délivrer un gène fonctionnel pour remplacer un gène défectueux afin de soigner, voire guérir, des maladies rares et des cancers. Ainsi, l'AFM-Téléthon et Bpifrance ont annoncé en novembre le lancement de la société YpsosKesi, future grande plateforme industrielle pour le développement et la production à grande échelle de produits de thérapies géniques et cellulaires. Présentée comme "le premier acteur industriel pharmaceutique français dédié aux maladies rares", la société va s'appuyer sur une usine construite à Evry. Son objectif sera de lancer sur le marché "des lots de thérapie génique pour des maladies du muscle, du sang, du système immunitaire".

Par ailleurs, plusieurs biotechs françaises ont connu une année 2016 faste.

  • Gensight développe GS010, un candidat-médicament en phase III (le recrutement de patients est engagé jusqu'au premier semestre 2017) contre la maladie de Leber, une pathologie héréditaire pouvant entraîner la cécité. Elle fait partie des rares sociétés développant un traitement ophtalmique à un stade clinique avancé et basé sur la thérapie génique. Elle espère lancer ce traitement dans deux ans sur le marché. Mardi 20 décembre, la société a publié les résultats de ses phases I/II pour ce traitement: elle évoque pour chacun d'entre eux un gain d'acuité visuelle à 78 semaines de suivi. Et cette année, Gensight est devenue la première société de thérapie génique cotée en Europe.
  • Dans le domaine ophtalmique, Gensight concurrence une autre biotech française : Horama. Créée en 2014 par des chercheurs de l'Inserm et du CHU de Nantes, cette dernière cherche également à combattre la cécité par le biais de l'injection de gènes sains. Elle a levé 4 millions d'euros en 2016 pour développer un traitement contre la rétinite pigmentaire, ainsi qu'un produit s'attaquant à la rétinite ponctuée albescente ou encore un traitement contre l'amaurose congénitale de Leber.
  • Les Français se distinguent également dans la thérapie génique en oncologie avec Cellectis et l'utilisation des CAR-T. Le docteur Michel Sadelain, un des pionniers de cette stratégie thérapeutique, la définit comme une méthode associant thérapie cellulaire et thérapie génique. Il s'agit de lymphocytes T reprogrammés pour s'attaquer aux cellules tumorales. Grâce à l'UCART19, la biotech française est parvenue à guérir une petite fille de onze mois atteinte d'une leucémie qui résistait à tous les traitements en 2015. Dans le cadre de sa phase 1, en 2016, un premier patient a été traité d'une leucémie lymphoblastique avec cette méthode thérapeutique.
  • On peut également citer Brainvectis, qui a levé un million d'euros en septembre et  tente de développer un traitement contre la maladie d'Alzheimer basée sur la thérapie génique.
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Le plus grand laboratoire pharmaceutique français, Sanofi, travaille aussi sur des traitements utilisant cette stratégie thérapeutique contre la DMLA et la maladie de Parkinson. Ces derniers sont à des stades de développement peu avancés, pour le moment.

Échec et retour de la thérapie génique

Mais l'épopée de la thérapie génique a connu ses "hics". L'Hexagone, que l'Inserm place parmi les leaders mondiaux dans ce domaine thérapeutique, a certes apporté les premières preuves d'efficience dans la thérapie génique. Au début des années 2000, en association avec le Royaume-Uni, la France avait traité des enfants bulles par le biais de cette thérapie. Mais sur les neuf premiers enfants traités en France, l'un d'eux était mort d'une leucémie, développée certainement à cause de complications de la thérapie génique, montrant les risques induits par cette stratégie thérapeutique.

En outre, des sociétés françaises, qui ont nourri de grands espoirs dans ce domaine, ont décidé de déplacer leur curseur. C'est le cas de Transgène, la plus ancienne biotech cotée à Paris. Elle a développé des solutions de thérapie génique pendant ses premières années avec l'AFM, puis s'est réorientée vers l'immunothérapie.

La thérapie génique en France et dans le monde a connu de nombreux échecs lors des essais cliniques, puis s'est trouvée en perte de vitesse en termes de recherches scientifiques. Comme le rapporte la revue scientifique Nature, le nombre de publications scientifiques a décru au milieu des années 2000, avant de connaître une recrudescence au début des années 2010.

Pas de traitement français sur le marché

Si la thérapie génique revient en force aujourd'hui, la France ne concrétise pas : elle n'est pas encore parvenue à lancer un traitement sur le marché. Elle n'est néanmoins pas en retard dans l'industrialisation de ces produits : rares sont les traitements basés sur la thérapie génique à passer la barrière du marché. On en compte trois :

  • Gendicine, utilisé contre les cancers cervico-faciaux et approuvé en Chine en 2004, un traitement conçu par Shenzhen SiBiono GeneTec.
  • Egalement, le Glybera, créé par la biotech hollandaise Uniqure, a été approuvé en Europe fin 2012 pour soigner le déficit familial en lipoprotéine lipase.
  • En septembre, le Strimvelis de GSK, qui s'attaque à une rare maladie immunitaire, a reçu le feu vert européen.

Nature estime néanmoins, que cette stratégie thérapeutique, pour laquelle plus de 2000 essais cliniques sont en cours, se dirige vers de multiples lancements sur le marché dans les années à venir, après une série de déboires dans les années 2000.

Une quinzaine de sociétés cotées aux Etats-Unis

Autre "hic" pour la France : elle ne dispose pas de la force de frappe financière des sociétés américaines, capables de lever beaucoup d'argent en Bourse outre-Atlantique.

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En effet, il existe une quinzaine de sociétés spécialisées dans la thérapie génique aux Etats-Unis, chacune est cotée plusieurs centaines de millions de dollars. L'une d'entre elles, Spark Therapeutics, pourrait devenir en 2017, la première société américaine à lancer un traitement basé sur la thérapie génique, avec son produit en cours de phase III contre des maladies rétiniennes héréditaires.

Jean-Yves Paillé

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