Le retour sur investissement en R & D est au plus bas pour les big pharmas

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Le pic des ventes annuelles moyen d'un médicament devrait descendre à 394 millions de dollars, contre 816 millions de dollars en 2010, explique Deloitte.
Le pic des ventes annuelles moyen d'un médicament devrait descendre à 394 millions de dollars, contre 816 millions de dollars en 2010, explique Deloitte. (Crédits : Wikimedia Commons)
Les douze premières entreprises du médicament voient leur retour sur investissement dans la R et D atteindre un plus bas en six ans en raison de la pression sur les prix et des coûts grandissant de la recherche, selon Deloitte. Pourtant, certaines biotechs trustent les plus hautes places du classement des entreprises créant le plus de valeur.

Alors que des projections pour l'année 2017 soulignent une certaine morosité dans l'industrie pharmaceutique, l'année 2016 n'est pas fameuse en terme de retour sur investissement dans la R et D. C'est du moins ce qu'avance un rapport du cabinet de conseil Deloitte, publié mardi 12 décembre. Le rendement des investissements en recherche et développement pour les 12 premières sociétés pharmaceutiques (dont Sanofi) est attendu en baisse à seulement 3,7% cette année, au plus bas depuis 2010, explique ce dernier. Cette année-là, le chiffre grimpait à 10,1%.

En cause, toujours selon le cabinet d'audit, l'accroissement des pressions sur les prix et la hausse des coûts dans la recherche faisant baisser le pic des ventes annuelles moyen d'un médicament à 394 millions de dollars en 2016, contre 816 millions de dollars en 2010.

Pour le cabinet, le fait que les laboratoires mettent en moyenne 14 ans à lancer un médicament sur le marché (le brevet dure alors encore six ans avant de tomber en théorie, NDLR) soulèverait "de vraies questions au sujet de la productivité et des retours sur l'innovation", ajoute Colin Terry pour Deloitte.

Des biotechs dans le top de la création de valeur

Mais tout n'est pas sombre dans l'industrie du médicament. Pour rappel, le top 12 des entreprises du médicament comprend principalement des big pharma, souvent moins centré sur des médicaments à très forte valeur ajoutée -pouvant donc se vendre très chers- que les biotechs.

Or une étude BCG publiée en octobre place le secteur de la biopharma en tête du classement mondial de la création de valeur sur les cinq dernières années. Elles sont quatre biotechs à se classer dans le top 10. Et trois d'entre elles trustent les trois premières positions : Regeneron est le numéro 1. La biotech américaine a "multiplié par 12 chaque dollar investi sur la période 2011-2015", expose le cabinet de conseil.

Allergan arrive en deuxième position et Gilead complète le podium. Ce dernier a explosé en 2014, notamment avec la diffusion de son traitement curatif de l'hépatite C (le Sovaldi et le Harvoni ont généré plus de 19 milliards de dollars de revenus en 2015), et dépassé les 18 milliards de dollars de bénéfices l'année suivante. Sur les trois premiers trimestres de l'année 2016, ces molécules ont encore généré près de 12 milliards de dollars. Gilead avait frappé un grand coup en 2011 en rachetant pour 11 milliards de dollars Pharmasset, qui développait les traitements prometteurs contre l'hépatite C.

L'industrie pharmaceutique dopée à la création de valeur par la valorisation boursière

Elsy Boglioli, directrice associée au Boston Consulting Group, évoquait une autre problématique en mars : celle d'une industrie pharmaceutique accro à la création de valeur par la valorisation boursière.

Durant les années 2010-2014, "énormément de valeur a été créée pour les actionnaires, par des versements de dividendes et au travers de l'appréciation des actions". Et d'ajouter : "Sur les dix dernières années, toutes industries confondues, 70% de la création de valeur provient de la croissance des entreprises. Au sein de l'industrie pharmaceutique, cela a été l'inverse, ces dernières années. C'est relativement unique. Il n'y a pas eu de croissance, mais beaucoup de valeur a été créée au travers de la valorisation des capitalisations boursières."

Elle estimait que l'échec de la fusion Pfizer-Allergan dues aux mesures du trésor américain était un message des autorités étasuniennes envoyés aux sociétés pharmaceutiques : "S'ils veulent créer de la valeur, il ne faudra pas chercher celle-ci dans des montages fiscaux, mais plutôt dans des résultats tangibles, notamment pour les patients."

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Commentaires
a écrit le 14/12/2016 à 10:54 :
Logique, moins on investi et moins on a de retour sur investissement, pas étonnant de la part de boîte qui deviennent des sociétés financières se focalisant seulement sur les rentes liées aux brevets.

Encore un échec total du capitalisme dans la privatisation de la santé humaine.
a écrit le 14/12/2016 à 8:20 :
y a pas de secrets
quand y a pression sur les prix faut faire du cost killing, et limiter tres tres fortement le risque
ce qui va couter le moins cher ca sera de deporter le risque sur les biotechs et de racheter celle qui a un pdt susceptible de marcher
ca economise les cours sur les 99 autres projets qui ne marchent pas

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