Martin Shkreli, ou la chute d'un "bad boy" de l'industrie pharmaceutique

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Martin Shkreli encourt jusqu'à 20 ans de prison.
Martin Shkreli encourt jusqu'à 20 ans de prison. (Crédits : Reuters)
Martin Shkreli a été jugé coupable de fraudes lorsqu'il dirigeait deux fonds d'investissement spécialisés dans la santé, et de manipulations sur les actions de la biotech Retrophin. Retour sur le parcours sulfureux de ce financier ancien dirigeant de sociétés pharmaceutiques.

Le verdict d'un des procès les plus médiatiques de ces derniers mois a été rendu vendredi 4 août par la justice américaine. Martin Shkreli, 34 ans a été jugé coupable de trois chefs d'accusation sur huit: avoir fraudé sur les titres de deux fonds d'investissement alternatifs (hedge funds) qu'il a fondés et gérés (MSMB Capital Management et MSMB Healthcare Manageme). Mais aussi, d'avoir manipulé des actions du laboratoire pharmaceutique Retrophin qu'il a également créé et dirigé pour renflouer les deux fonds. Le trentenaire encourt jusqu'à 20 ans de prison. Comment ce financier spécialisé dans les investissements en valeur santé, qui a gagné le surnom "d'homme le plus détesté des Etats-Unis", en est-il arrivé là ?

Un financier précoce

La première partie de l'histoire de Martin Shkreli ressemble au parfait rêve américain. Fils d'immigrés albanais et croate tous deux travaillant dans la conciergerie, il grandit dans le quartier ouvrier de Brooklyn. Il s'intéresse à la finance dès son plus jeune âge suite à la rencontre d'un homme appelé Marty avec lequel il joue régulièrement aux échecs, raconte Martin Shkreli lui-même. L'homme lui apprend les rudiments du monde de la finance. Le jeune garçon est fasciné. A à peine 12 ans, il achète ses premiers titres: une action Compaq, société concevant des ordinateurs, puis un titre Amazon en 1997, peu après l'introduction en Bourse de la société d'e-commerce. Martin Shkreli intègre ensuite la Hunter College High School, une école new-yorkaise pour laquelle il se montrera, par la suite reconnaissant, lui octroyant un don d'un million de dollars.

Pourtant, il n'en ressort pas diplômé. Il la quitte à 16 ans pour  travailler à Wall Street, et réussi à être engagé pour travailler dans le hedge funds (fonds spéculatif) Cramer, Berkowitz & Company. A l'âge adulte, il passe ensuite par UBS et Intrepid Capital Management.

Plusieurs années de montages frauduleux

En 2006, il crée son premier hedge fund, Elea Capital Mangement, et connait son premier échec retentissant. Il perd la totalité des sommes du fonds en pariant à mauvais escient sur la chute de plusieurs titres. Elea Capita se retrouve en grande difficulté. Le financier est en outre condamné par la justice américaine à payer Lehman Brothers 2,3 millions de dollars pour couvrir les pertes subies par la banque. Mais heureusement pour Martin Shkreli, la crise de 2008 entache la banque et provoque sa disparition la même année. Le financier ne lui remboursera jamais la somme.

Martin Shkreli crée alors MSMB Capital, en 2009, levant 3 millions de dollars auprès d'une poignée d'investisseurs qu'il séduit par son prétendu "instinct en finance" et à qui il fait surtout croire que sa structure dispose déjà de 35 millions de dollars. Il renoue avec la stratégie d'Elea Capital Mangement et parie sur la chute des titres d'Oxygen Therapeutics, une société pharmaceutique, à tort une nouvelle fois. Son broker (courtier), la banque Merrill Lynch, perd 7 millions de dollars, qu'elle réclame à Martin Shkreli. Le fonds d'investissement de ce dernier ne peut couvrir la somme, et se retrouve en grande difficulté. Martin Shkreli lance alors, en 2011, MSMB Healthcare, un nouveau fonds d'investissement, pour lequel il réussit à collecter cinq millions de dollars, en vantant un retour sur investissement important pour son précédent fonds d'investissement, alors que ce dernier était en pertes... Il en profite pour puiser 900.000 dollars de MSMB Healthcare afin de rembourser en partie la banque américaine, et crée la biotech Retrophin pour deux millions de dollars. Il ferme ses deux fonds et propose aux investisseurs lésés, de les payer en cash ou en parts de capital de Retrophin.

Martin Shkreli cherche alors un retour sur investissement rapide pour sa société pharmaceutique. Il acquiert les droits du Thiola, molécule contre les calculs de cystine, et multiplie le prix de ce traitement par 20: la pilule est vendue 30 dollars, contre 1,5 dollar auparavant. Mais fin 2014, Martin Shkreli est mis à la porte par les dirigeants de la société. Ces derniers l'accusent d'irrégularités sur l'utilisation des actions de la société avec un montage à l'allure de "chaîne de Ponzi". En clair, le financier a utilisé illégalement les actions de la société pharmaceutique pour rembourser les investisseurs lésés de ses fonds d'investissement.

Scandale du prix d'un traitement et provocations

Malgré ses échecs successifs, le financier ne baisse pas les bras. Martin Shkreli lance en 2015 Turing Pharmaceutical et met la main sur les droits de plusieurs molécules. Toujours dans une logique de retour rapide sur investissement, il acquiert les droits du Daraprim aux Etats-Unis auprès d'Impax Laboratories en août 2015. Il augmente de 5.000% le prix de ce médicament (qui passe à 750 dollars la tablette) pour les malades du paludisme et du sida, agissant contre la toxoplasmose, une infection parasitaire. Pourtant, la molécule a été lancée six décennies auparavant, et son brevet est tombé depuis longtemps. Turing avance l'argument du financement de nouvelles thérapies contre le VIH. Mais Martin Shkreli et sa société pharmaceutique sont cloués au pilori et l'affaire est médiatisée à l'international.

Aux Etats-Unis. Hillary Clinton annonce en septembre 2015, dans un tweet, un plan contre les excès dans la fixation des prix en réagissant à l'augmentation brutale du prix du Daraprim. Avec, pour effet, de faire perdre des milliards de dollars en Bourse pour les biotechs américaines, les plus à même de vendre des médicaments innovants et onéreux.

En décembre, tout s'accélère pour Martin Shkreli. Il est arrêté par le FBI suite aux accusations des différents investisseurs de ses anciens fonds d'investissements. Il démissionne alors de Turing Pharmaceucial. A partir de ce moment-là, et en attendant son procès, Martin Shkreli stoppe les nouvelles aventures financières. Mais il continue à faire parler de lui, multipliant les provocations. Il dit ne pas regretter les augmentations drastiques du prix  du Daraprim assurant qu'il était "largement sous estimé". Surnommé alors "l'homme le plus détesté des Etats-Unis", il met aux enchères le droit de lui donner un coup de poing. Durant la campagne présidentielle américaine, il s'affiche en soutien de Donald Trump et lance des rumeurs sur la santé Hillary Clinton qu'il juge touchée par la maladie de Parkinson. Début 2017, il se fait bannir de Twitter après avoir harcelé Lauren Duca, une journaliste américaine. Après tant de frasques, il semble peu probable que Martin Shkreli retrouve la confiance des investisseurs et des industriels de la santé...

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Commentaires
a écrit le 08/08/2017 à 16:59 :
"suite à la rencontre d'un homme appelé Marty"

Il n'avait pas une Delorean par hasard ?
a écrit le 07/08/2017 à 22:37 :
"prix du Daraprim assurant qu'il était "largement sous estimé"" ben non, une fois le brevet expiré, les profits associés disparaissent, sauf si on est le seul à la fabriquer et on fait ce qu'on veut (pas de labo génériqueur ?). Le produit lui même ne doit pas coûter des sommes folles vu qu'avant ça convenait à tout le monde.
J'avais lu qu'on payait les produits dix fois leur coût pendant le brevet (pour avoir de quoi faire de la recherche sur de nouvelles molécules), et une fois tombés dans le domaine public, on peut les trouver moins chers.
a écrit le 07/08/2017 à 17:50 :
Le marché pharmaceutique est en mutation, ça ne sera plus jamais comme avant, mensonges, ventes intensives mondiales et grosses fortunes, c'est fini ça, car les populations se sont réveillés à ce sujet, on revient à la médecine naturelle. Fini les lobbys... Bye bye
Réponse de le 08/08/2017 à 13:22 :
Lobbys n'existe pas, si vous utilisez l'anglais faites-le correctement. Lobby au pluriel, c'est lobbies.
a écrit le 07/08/2017 à 17:45 :
Vous magouillez, ça passe, vous magouillez un peu plus ça passe, vous magouillez encore plus ça passe, pas étonnant que certains soient tentés d'aller encore plus loin.

Dans un système économique qui érige la ruse et la manipulation comme forces et le respect des lois et la sensibilité humaine comme faiblesses il ne peut qu'y avoir des dérives
Réponse de le 07/08/2017 à 18:14 :
Les gens ont la haine contre lui pour avoir voulu prendre les malades en otage en les coinçant sur un médicament vital et sans concurrent,pas pour ses fraudes.J'éspère qu'il sera condamné a 20 de prison,et qu'on lui fera nettoyer les toilettes de la prison pendant toute sa peine
Réponse de le 07/08/2017 à 18:49 :
"Les gens ont la haine contre lui pour avoir voulu prendre les malades en otage en les coinçant sur un médicament vital"

Parce que c'est pas une fraude ça ?
Réponse de le 07/08/2017 à 19:05 :
Il a un parcours professionnel dans la finance.
Finance et santé ça fait pas bon ménage.
C'était une maladie orpheline, il a augmenté le prix multiplié par 20.
Une financier ne peut pas faire du social et de la santé c'est contraire à son fonctionnement neuronale.
Ça reste quand même quelqu'un de pas tolérant ou empathique face à la maladie d'autrui.

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