Pétrole : la demande recule, les stocks se vident quand même
latribune.fr
La crise au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d'Ormuz continuent de pousser le marché pétrolier dans une zone de turbulences.
/FW1FP/Marguerita Choy - REUTERS - REUTERS - Dado Ruvic
En pleine guerre au Moyen-Orient, l’AIE prévoit pour 2026 une chute historique de la demande mondiale de pétrole, de 1,1 million de barils par jour, alors que les stocks des pays de l'OCDE tombent à leur plus bas niveau depuis 1990 et que les livraisons reculent pour la première fois depuis 2020.
L'AIE prévoit pour 2026 une chute historique de la demande mondiale de pétrole, de 1,1 million de barils par jour, alors que les stocks des pays de l'OCDE tombent à leur plus bas niveau depuis 1990 et que les livraisons reculent pour la première fois depuis 2020.
En début d'année, le scénario de référence voyait encore la demande mondiale de pétrole progresser en 2026, avec des projections autour de 0,8 à 0,9 million de barils par jour supplémentaires par rapport à 2025. Le dernier Oil Market Report inverse cette trajectoire : l'agence anticipe désormais une contraction de 1,1 million de barils par jour, soit un écart de près de 2 millions de barils par jour par rapport aux prévisions publiées quelques mois plus tôt.
Cette révision s'appuie sur le renchérissement durable des carburants, le ralentissement de l'activité dans plusieurs grandes économies et les effets cumulés de l'efficacité énergétique et de l'électrification, notamment dans les transports. Pour la première fois depuis la crise du Covid, la consommation mondiale de pétrole recule à l'échelle d'une année complète.
Comment les flux se sont grippés malgré l’accord sur Ormuz
La baisse de la demande ne suffit pourtant pas à expliquer la situation actuelle : c'est le choc Moyen-Orient qui a pris le marché à revers. Le détroit d'Ormuz, où transitent environ 20 % des flux mondiaux de pétrole, a été partiellement paralysé par la guerre, entraînant en mars une chute des exportations de la région évaluée à plus de 10 millions de barils par jour à son point bas.
L'accord qui doit être conclu ce vendredi entre les États-Unis et l'Iran rouvre la voie à une reprise progressive du trafic dans le détroit, mais l'AIE insiste sur les « contraintes opérationnelles et politiques » qui pèsent encore sur les flux. Les risques sécuritaires, les dégâts sur certaines infrastructures et l'incertitude réglementaire allongent les délais de réacheminement et compliquent l'assurance des cargaisons.
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Résultat : les livraisons de pétrole au deuxième trimestre 2026 auraient chuté de presque 5 % en glissement annuel, marquant la première baisse trimestrielle de volumes depuis 2020. Cette fois, la contraction tient autant aux contraintes physiques sur les routes maritimes et les capacités logistiques qu'au comportement des consommateurs.
Les stocks se vident alors que la demande recule
L'AIE recense une diminution d'environ 220 millions de barils des stocks observés sur les seuls mois d'avril et mai, avec une fonte particulièrement marquée dans les pays de l'OCDE.
Dans ces économies, les réserves commerciales sont retombées à leur plus bas niveau depuis 1990. Les stocks jouent un rôle d'amortisseur : ils compensent à court terme l'écart entre consommation et livraisons effectives, et c'est ce coussin qui se réduit lorsque les flux sont perturbés plus vite que la demande ne s'ajuste.
En pratique, une partie des volumes manquants liés au blocage d'Ormuz a été couverte en pompant dans les stocks, y compris dans certaines réserves stratégiques. Ce choix a évité une flambée immédiate encore plus violente des prix, mais il laisse les pays importateurs avec une marge de manœuvre beaucoup plus faible en cas de nouveau choc d'ici à 2027.
La gestion des coûts d'approvisionnement et des stratégies de couverture compliquée
Avant la guerre au Moyen-Orient, la plupart des scénarios pour 2026 envisageaient un Brent moyen compris entre 60 et 75 dollars le baril, avec un biais plutôt baissier en cas de ralentissement économique. La combinaison d'une demande en repli, de flux perturbés et de stocks au plus bas renverse la dynamique : le risque dominant devient celui d'une volatilité élevée, avec des pics de prix dès qu'une rupture logistique ou politique survient.
Pour les importateurs européens, cette situation complique la gestion des coûts d'approvisionnement et des stratégies de couverture. Les entreprises doivent intégrer non seulement le niveau du prix du baril, mais aussi la disponibilité physique des volumes, les délais d'acheminement et la concurrence asiatique sur des cargaisons reroutées hors du Golfe.
Les raffineurs et les distributeurs européens se retrouvent particulièrement exposés : leurs marges dépendent désormais davantage des contraintes logistiques que de la seule dynamique de demande. À court terme, la tentation est forte d'augmenter les stocks opérationnels pour se prémunir contre de nouvelles ruptures, au risque d'alimenter un réflexe de surstockage dans un système déjà fragilisé.
Répit pour les stocks ou nouveau régime de pénurie ?
Pour 2027, l'AIE esquisse un scénario où la demande mondiale de pétrole ne remonte que modestement, d'environ 2 millions de barils par jour, tandis que l'offre pourrait rebondir de près de 8 millions de barils par jour avec la remise en route de capacités existantes et l'arrivée de nouveaux projets. Sur le papier, cette configuration offrirait une fenêtre pour reconstituer progressivement les réserves de sécurité.
Mais cette trajectoire reste entourée de risques : concentration de la production sur quelques grands producteurs, incertitudes géopolitiques persistantes, arbitrages budgétaires des États entre investissements pétroliers, transition énergétique et contraintes climatiques. La destruction de demande liée aux prix et à la transition ne protège pas automatiquement contre des épisodes de pénurie si les flux physiques restent vulnérables.
L'économie pétrolière entre ainsi dans un régime où la question n'est plus seulement «combien consommons-nous?», mais «quelle marge de sécurité acceptons-nous de conserver dans un système plus tendu?».
La première baisse trimestrielle de livraisons depuis 2020
La chute d'environ 5 % des livraisons de pétrole au deuxième trimestre 2026 en glissement annuel constitue un repère structurant pour comprendre le choc en cours. C'est la première fois depuis 2020 qu'un trimestre se termine avec des volumes livrés en baisse, mais les causes diffèrent : la pandémie avait écrasé la demande, le conflit au Moyen-Orient fait aujourd'hui dérailler l'offre et les flux.
La baisse des livraisons intervient désormais dans une économie mondiale ouverte, mais soumise à un empilement de contraintes physiques et politiques sur la chaîne d'approvisionnement pétrolière. Ce contraste souligne la fragilité d'un marché qui, malgré une demande en recul, reste capable de produire des chocs de prix.
Comment les flux se sont grippés malgré l’accord sur Ormuz