"Tous ceux qui travaillaient dans une centrale nucléaire se souviennent exactement du lieu où ils étaient au moment de la catastrophe de Fukushima. Moi je travaillais à la centrale de Chinon. J'ai croisé le directeur. On comprenait qu'il s'était passé quelque chose de grave, mais on ne se doutait pas des conséquences. Les exploitants nucléaires font partie d'une grande famille et même si ce qui se passait pouvait paraître très lointain, ça nous touchait directement", se souvient Pierre Boyer, aujourd'hui directeur de la centrale nucléaire du Bugey, située à quelques dizaines de kilomètres de Lyon.
Rappelez-vous. Il y a presque dix ans jour pour jour, le 11 mars 2011, un séisme sous-marin de magnitude 9 ébranle le nord-est de l'archipel. Quelques instants plus tard, le Japon est frappé par un terrible tsunami qui entraîne la mort et la disparition de dizaines de milliers de personnes. Un mur d'eau de près de 15 mètres de haut franchit les digues de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, située juste en face de l'océan. La centrale est alors privée de courant et ses groupes électrogènes de secours, noyés, ne fonctionnent plus, provoquant la fusion de trois réacteurs. C'est la plus grave catastrophe nucléaire après l'accident de Tchernobyl survenu en 1986. L'onde de choc se propage rapidement jusqu'en France et ses 58 réacteurs.
"En 2011, quand l'accident survient, l'ASN (l'Autorité de sûreté nucléaire, ndlr) demande instantanément une évaluation complémentaire de sûreté des réacteurs. L'idée est de réaliser des stress tests (inspirés du secteur de la finance, ndlr) sur les réacteurs tels qu'ils sont, en partant du postulat qu'ils vont subir une agression qui va bien au-delà des hypothèses de catastrophes sur lesquelles ils ont été construits", retrace Régis Clément, aujourd'hui directeur adjoint, division production nucléaire d'EDF.
L'ASN donne une première appréciation dès 2011 : globalement les réacteurs français disposent d'un haut niveau de robustesse, mais des améliorations supplémentaires doivent être réalisées pour tirer tous les enseignements de la catastrophe de Fukushima. Elles doivent répondre à trois grands objectifs. EDF doit être capable de faire face à une situation où plusieurs réacteurs d'un même site sont affectés simultanément par une perte totale de refroidissement et une perte totale d'alimentation électrique. Le scénario catastrophe qui s'est justement déroulé à Fukushima. La deuxième demande consiste à avoir une organisation de crise capable de gérer simultanément plusieurs réacteurs accidentés. Enfin, EDF doit être en mesure d'éviter des conséquences irréversibles et durables sur l'environnement.