Selon nos informations, l'électricien historique émet de fortes réserves sur les conclusions du rapport de l'ancien président d'ArcelorMittal France, qui propose des pistes pour que les industries électro-intensives bénéficient d'un prix du nucléaire le plus attractif possible pour rester compétitifs. EDF est en désaccord avec le niveau de tarif évoqué et s'oppose à la formation de nouveaux consortiums.[MAJ] Article publié initialement le 25 mai 2023 à 14h12, mis à jour le 30 mai 2023 à 11h50, avec les réactions de Philippe Darmayan.
Systématiser les contrats d'approvisionnement de très long terme des industriels électro-intensifs tricolores pour leur permettre de rester compétitifs face à leurs concurrents internationaux. C'est l'une des principales préconisations du rapport que Philippe Darmayan, ex-président d'ArcelorMittal France, a récemment rendu au gouvernement. Si le document demeure confidentiel, son auteur en a partagé les principales conclusions devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, le 17 mai dernier. Or, selon nos informations, une grande partie de ces conclusions irrite profondément EDF.
Sur le fond, l'électricien historique, lui aussi, est favorable au déploiement de contrats de long terme noués directement auprès des industriels les plus gourmands en électricité, dans un contexte où les grands consommateurs, tout comme les producteurs d'électricité, ont un criant besoin de visibilité. EDF souscrit ainsi à la nécessité de sortir de la logique actuelle qui consiste à vendre l'électricité nucléaire soit au prix de marché, soit dans le cadre du mécanisme de l'Arenh, qui le contraint à céder un certain volume de son productible à 42 euros le mégawattheure. Un prix qui ne reflète plus ses coûts de production et qui a largement contribué à la dégradation de sa santé financière.
EDF prêt à négocier avec Engie et TotalEnergies
Concrètement, il s'agit de développer des contrats à travers lesquels les consommateurs industriels s'engagent à soutenir les investissements nécessaires au parc nucléaire existant, en échange d'un prix de l'électron attractif. « Les consommateurs amènent du cash pour soutenir des investissements et bénéficier d'un prix qui soit déconnecté du marché », a résumé Philippe Darmayan lors de son audition.
Plus étonnant, selon une source proche du groupe, EDF est également disposé à négocier avec Engie et TotalEnergies pour qu'ils puissent, eux aussi, vendre de l'électricité nucléaire dans le cadre de contrats de long terme, comme le recommande l'ancien président du géant de la sidérurgie. Une option que n'écarte pas non plus le ministère de la Transition énergétique. Les deux grands fournisseurs alternatifs achèteraient ainsi une partie de la production nucléaire d'EDF à un prix préférentiel pour le revendre à des industriels qu'ils ont en portefeuille. Ce schéma d'intermédiation permettrait notamment de décrocher le feu vert de Bruxelles, très à cheval sur le respect des règles de la concurrence.